L'affrontement fécond

 

Qui que nous soyons en Occident, que nos réactions traduisent l'incroyance ou la foi, nous n'échappons pas à l'emprise de notre histoire. Et celle-ci est marquée de l'affrontement d'extrême différence. La gestation de l'Occident à travers un radical affrontement devient paradigme d'universelle fécondité des Alters. Quelque chose de décisif (pour l'humain universel) s'est jouée en Occident. C'est-à-dire la plus grande rencontre d'extrême différence.

La rencontre de différence est féconde

La rencontre d'extrême différence est infiniment féconde. C'est ainsi que se rencontrent Athènes et Jérusalem. La plus gigantesque rencontre de différence imaginable !

Si le
même reste clos sur lui-même, jamais rien d'autre ne sera. La nouveauté est enfant de la différence qui s'affronte dialectiquement. Nulle part ailleurs autant de différence ne s'est étreinte qu'en notre Occident. Nulle part ailleurs ne fut libérée une plus grande dynamique.

Pourquoi l'Occident ? Pourquoi l'extraordinaire dynamique de cette aventure ? Il ne semble y avoir qu'une seule réponse. C'est la dynamique
dialectique du défi réciproque, de l'affrontement et de l'inter fécondation de gigantesques différences entre la com-posante païenne et l'ex-posante chrétienne.

L'homme occidental ne se comprend pas lui-même s'il méconnaît les gigantesques différences qui se sont affrontées et inter-fécondées pour lui donner naissance. Il n'est pas né par parthénogenèse ! Il est né de père et de mère. Sa mère est païenne. Son père est judéo-chrétien. Tous les meurtres du père, périodiquement et rituellement perpétrés, ne pourront rien contre cette évidence première.


Singulière aventure de l'Occident

Quelque chose de décisif (pour l'humain universel) s'est joué en Occident. C'est-à-dire la plus grande rencontre d'extrême différence. Singulière aventure que celle de l'homme occidental. L'aventure de la modernité conquérante. Une aventure qui s'affirme en même temps paradigmatique de l'humain plus universel.

La modernité, sans doute, ne signifie rien de plus essentiel que la
montée d'une gigantesque euphorie. Fondée sur l'homme. Fondée sur le possible de l'homme. Fondée sur la puissance et la gloire de l'homme. Rien ne semble impossible et immenses semblent les raisons d'espérer...

Extraordinaire aventure...
Mais paradoxale aussi ! En ses profondeurs ne se joue-t-il pas quelque chose comme une négative théologie négative ?

Le moteur de cette étreinte d’extrême différence est
dialectique. Le génie grec avait réussi à boucler en harmonie la boucle des naturelles valeurs et significations ’païennes’. Thèse parfaite de la plénitude immanente de l’humain. Or c’est cette positivité de la perfection ’thétique’ qu’affronte la négativité ’anti-thétique’ des significations judéo-chrétiennes.

A partir de cette interfécondation des acquis thétiques de la révolution néolithique et des exposantes antithétiques de la révolution judéo-chrétienne naîtra, après une très longue gestation, un extraordinaire déploiement de croissance et d’accélération. Tout se passe comme si les ’mécanismes’ néolithiques se mettaient à fonctionner de façon exponentielle. L’outil produisant l’outil qui le dépasse, une masse d’outilité gonfle et déborde. L’invention provoque l’invention de plus en plus hardie. De plus en plus énormes se suivent les vagues technologiques.
 

Europe, Occident, Modernité


Les trois se joignent. L'Europe comme espace géo historique devenu terre natale et foyer de la culture occidentale. L'Occident en tant que projet de civilisation et de culture qui, historiquement, déborde l'Europe. La Modernité qui traduit la pertinence `occidentale' dans l'actualité d'aujourd'hui.

Le reste du monde, de gré ou de force, pour son bonheur ou pour son malheur, n'est resté et n'a pu rester étranger à cette aventure. Qu'on le regrette ou qu'on s'en réjouisse, c'est un fait de l'Histoire.

C'est par la `force' des choses que l'Occident s'est imposé en `conquérant' le monde et en imposant son
modèle. Par les armes. Par les techniques. Par les séductions. Pourquoi l'Occident? Pourquoi les Chinois, inventeurs de la boussole, ne l'ont-ils pas utilisée pour la découverte du monde? Et pourquoi, ayant inventé la poudre à canon, ne s'en sont-ils pas servis pour dominer par la force?

Aucune culture humaine n'a jamais connu quelque chose approchant une telle exaltation explosive de la liberté humaine. Partout ailleurs, même chez les Grecs, reste trop absolu le fatum divin ou cosmique. Ici, par contre, la liberté humaine est ouverte infiniment, à l'image et à la ressemblance de la liberté de Dieu lui-même.


Embarqués dans l'Histoire

En cet unique espace culturel, par l'irruption de la nouveauté judéo-chrétienne, l'homme a été pro-voqué, défié, à devenir créateur d'Histoire, créateur d'historicité. Le seul espace culturel également où l'angoisse ait profondément pénétré. 

L'humain est projeté hors de lui-même. Hors de ses sécurités. Il lui reste à
risquer l'aventure... Il se trouve irrémédiablement embarqué dans l'histoire.

Voici que se rompent les ataviques mécanismes de défense contre l'urgence temporelle. Voici qu'il faut affronter l'ancestrale peur humaine devant l'aventure et le risque. Voici que se brise le cercle sécurisant de l'éternel retour. Cela peut être exaltant. Cela ne peut manquer d'être en même temps infiniment angoissant. Désormais l'homme est devenu
responsable de son présent et de son avenir ! Et personne n'écrit plus l'histoire à sa place.

Désormais c'est à l'homme d'écrire l'histoire des dieux ! Avec Dieu sans doute. Mais dans un rapport personnel qui laisse responsable l'autonomie humaine, et ouvert le risque. Tâche infiniment exaltante mais en même temps infiniment angoissante. La grande peur humaine principiellement vaincue. Mais l'angoisse exacerbée. Les mécanismes de défense brisés. Le cercle fatal rompu. L'homme est pro-voqué par l'Autre. Vers l'Autre. L'en-avant de la Terre Promise. A travers la rupture de l'Exode.

L'homme ose s'embarquer dans l'Histoire. Assumer l'Histoire. Créer l'Histoire. Et par elle se créer lui-même. Paradoxalement non dans l'in-sistance sur l'être mais dans le risque du non-être ouvert à l'autre être. Risquer l'aventure...

L'intelligibilité de l'histoire est identiquement intelligibilité de l'homme. L'humain est ex-posé dans l'histoire. Il est en même temps fils de l'histoire. L'histoire propulse l'homme dans sa liberté. L'histoire est l'espace de son é-ducation, de sa culture, de son exode.


 


Ruptures
 

Nous risquons parfois de croire un peu naïvement que ces acquis qui se trouvent à l'avant-scène de notre modernité nous viennent en ligne directe, par évolution continue, de la problématique païenne. Or ils impliquent tous une gigantesque rupture. Car ces concepts-clés vivent aujourd'hui d'une `ouverture' qu'ils ne pouvaient acquérir qu'à travers un affrontement avec leur `autre'. Il fallait des générations d'hommes - aujourd'hui peut-être méconnus - pour les penser dans leur différence.

Le temps entre création et parousie. L'histoire entre temps et éternité. La personne entre individu et acte créateur. L'existence entre être et création. La liberté entre essence et existence. L'expérience entre intelligible et réel (physique et mystique). La destinée entre fatum et grâce. La faute entre destin et péché...

En fait il s'agit non seulement d'un élargissement de l'espace de rationalité mais de l'élargissement de la raison elle-même. Dans une lettre à Charlemagne, Alcuin d'York ne cache pas son enthousiasme
d'édifier en Francie une Athènes nouvelle, plus brillante que l'ancienne, puisqu'elle sera l'Athènes du Christ. Une Athènes nouvelle. Une raison nouvelle. Né cinq siècles après Alcuin d'York, Ramon Lulle (+1316) ne vivra que pour un tel idéal: établir sur terre la `catholicité' de la raison et de la foi. Une catholicité missionnaire dans l'exigence de l'universel.


 


Extraordinaire aventure

Singulière aventure que celle de l’Occident ! Le reste du monde, de gré ou de force, pour son bonheur ou pour son malheur, n’est resté et n’a pu rester étranger à cette aventure. Qu’on le regrette ou qu’on s’en réjouisse, c’est un
fait. Un fait de l'Histoire.

Extraordinaire aventure que celle de
l’homme occidental. Devenue spectaculaire à travers l’aventure de la modernité conquérante. Une aventure qui est en même temps paradigmatique de l’humain plus universel. Singulière aventure, en effet, que celle de l’Occident ! Le reste du monde, de gré ou de force, pour son bonheur ou pour son malheur, ne pouvait rester étranger à cette aventure. C’est par la ‘force’ des choses que l’Occident s’est imposé ‘universel’ en conquérant le monde. Par les armes. Par les techniques. Par les séductions. Par les modèles. Pourquoi l’Occident ? Pourquoi les Chinois, inventeurs de la boussole, ne l’ont-ils pas utilisée pour la découverte du monde ? Et pourquoi, ayant inventé la poudre à canon, ne s’en sont-ils pas servis pour dominer par la force ?

La modernité, sans doute, ne signifie rien de plus essentiel que la
montée d’une gigantesque euphorie. Fondée sur l’homme. Fondée sur le possible de l’homme. Fondée sur la puissance et la gloire de l’homme. Rien ne semble impossible et immenses semblent les raisons d’espérer...

Substituts, désormais, de la Foi, de l’Espérance et de la Charité: la ’Science’, le ’Progrès’ et le ’Bien-être’.
 

L'étreinte d'extrême différence


La rencontre de différence est féconde. La rencontre d'extrême différence est infiniment féconde. C'est ainsi que se rencontrent Athènes et Jérusalem. La plus gigantesque rencontre de différence imaginable ! Défi réciproque, affrontement, inter fécondation... De l'étreinte de ce maximum de différence naît l'Occident.

Si le
même reste clos sur lui-même, jamais rien d'autre ne sera. La nouveauté est enfant de la différence qui s'affronte dialectiquement. Nulle part ailleurs autant de différence ne s'est étreinte qu'en notre Occident. Nulle part ailleurs ne fut libérée une plus grande dynamique.

L'homme occidental ne se comprend pas lui-même s'il méconnaît les gigantesques différences qui se sont affrontées et interfécondées pour lui donner naissance. Il n'est pas né par parthénogenèse ! Il est né de père et de mère. Sa mère est païenne. Son père est judéo-chrétien. Tous les meurtres du père, périodiquement et rituellement perpétrés, ne pourront rien contre cette évidence première.





 


Nulle part ailleurs autant de différence ne s’est étreinte qu’en notre Occident. Nulle part ailleurs ne fut libéré une plus grande dynamique. L’étreinte dialectique entre COM-posantes et EX-posantes. De son héritage maternel, il tient ses ‘composantes’. De son héritage paternel, ses ‘exposantes’. Tous les meurtres du père, périodiquement et rituellement perpétrés, ne pourront rien contre cette évidence première.


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Interfécondation

De l’interfécondation des acquis thétiques de la révolution néolithique et des exposantes antithétiques de la révolution judéo-chrétienne naîtra, après une très longue gestation, un extraordinaire déploiement de croissance et d’accélération. Le moteur de cette étreinte d’extrême différence est dialectique. Le génie païen avait bouclé en harmonie la plénitude immanente de l’humain. C’est cette positivité de la perfection ’thétique’ qu’affronte la négativité ’anti-thétique’ des significations judéo-chrétiennes.

A partir de cette interfécondation des acquis thétiques de la révolution néolithique et des exposantes antithétiques de la révolution judéo-chrétienne naîtra, après une très longue gestation, un extraordinaire déploiement de croissance et d’accélération.

Tout se passe comme si les ’mécanismes’ néolithiques se mettaient à fonctionner de façon
exponentielle. L’outil produisant l’outil qui le dépasse, une masse d’outilité gonfle et déborde. L’invention provoque l’invention de plus en plus hardie.

De plus en plus énormes se suivent les vagues technologiques. Substituts, désormais, de la Foi, de l’Espérance et de la Charité: la ’Science’, le ’Progrès’ et le ’Bien-être pour tous’.


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De l'
étreinte d'un maximum de différence naît l’Occident. Elle libère une dynamique singulière qui ne sera cependant pas immédiate, ne se faisant réellement explosive qu’à partir du douzième siècle. 


 


 


Dialectique


Elles sont nombreuses les lectures historiques qui pèchent contre la
dialectique. On reste insensible aux différences qualitatives énormes entre les valeurs et les enjeux de l'Antiquité et ceux de la modernité. On refuse de mesurer concrètement le poids des obstacles épistémologiques et pragmatiques. On reste aveugle aux dynamismes pro-vocateurs. On privilégie de façon perspectiviste un faisceau de vecteurs historiques en faisant l'économie de leurs antithétiques conditions de possibilités. On perçoit fallacieusement en continuité ce qui n'est intelligible qu'en rupture à travers un affrontement.

La dynamique interne de la modernité reste inintelligible sans l'affrontement et l'inter fécondation
dialectiques de gigantesques différences. L'homme occidental n'est pas né par parthénogenèse ! L'Occident est né de père et de mère. De père et de mère différents ! Notre mère est païenne. Notre père est judéo-chrétien.

L'extrême simplicité d'une telle assertion risque de cacher l'extraordinaire complexité parallèle, le dense réseau avec ses enchevêtrements de lignes d'ascendance, de descendance et de collatéralité. Du côté maternel et du côté paternel... Indo-européens, Celtes, Germains, Slaves, Sémites, Arabes... Dans l'improbable rencontre entre une telle mère et un tel père deux mondes différents allaient s'affronter. Deux mondes humains ayant chacun sa langue, son histoire, ses valeurs, ses principes, ses articulations logiques, ses systèmes de représentation, ses formes de perception, ses codes régulateurs, ses types d'organisation, ses options fondamentales, ses prégnances, ses finalités. Deux espaces culturels différents jusqu'à la contradiction.

L'homme occidental ne se comprend pas lui-même s'il méconnaît les gigantesques différences qui se sont affrontées et inter fécondées pour lui donner naissance. De son héritage maternel, il tient ses `composantes'. De son héritage paternel, ses `exposantes'. Tous les meurtres du père, périodiquement et rituellement perpétrés, ne pourront rien contre cette évidence première.


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De l'inter fécondation des acquis
thétiques de la révolution néolithique et des exposantes antithétiques de la révolution judéo-chrétienne naîtra, après une très longue gestation, un extraordinaire déploiement de croissance et d'accélération.

Le moteur de cette étreinte d'extrême différence est
dialectique. Le génie païen avait bouclé en harmonie la plénitude immanente de l'humain. C'est cette positivité de la perfection 'thétique' qu'affronte la négativité 'anti-thétique' des dynamiques judéo-chrétiennes.

Tout se passe comme si les 'mécanismes' néolithiques se mettaient à fonctionner de façon
exponentielle. L'outil produisant l'outil qui le dépasse, une masse d'outilité gonfle et déborde. L'invention provoque l'invention de plus en plus hardie.

De plus en plus énormes se suivent les vagues technologiques. Substituts, désormais, de la Foi, de l'Espérance et de la Charité: la 'Science', le 'Progrès' et le 'Bien-être pour tous'.

En profondeur, très essentiellement, cette étreinte promise à tant de fécondité dialectique est celle entre le
même et l'autre. La radicale nouveauté judéo-chrétienne pose l'autre avec une priorité ontologique, logique, axiologique, génétique, sur le même. Le même païen se trouvant ainsi radicalement pro-voqué vers son propre dépassement.

Antithèse

Beaucoup ne voudraient voire dans l'impact chrétien qu'une contradiction stérile, voire néfaste. Il faut cependant se rendre à l'évidence qu'elle est
antithèse. C'est-à-dire dynamique dont l'irruption met radicalement en question.

La massive et 'naturelle' cohérence de la thesis païenne tend à se poser en absolu logique et rationnel. Cette naturelle tentation totalitaire refuse toute anti-position, toute anti-thèse, venant de l'autre d'elle-même. Elle pourra bien accepter l'antithèse issue de son propre sein et nourri de son propre lait, l'antithèse faite à sa mesure et finalement assimilable et digestible par son propre corps totalisant. Mais laisser mettre en question sa propre totalité totalisante... Voilà son allergie maximale ! Et scandaleuse. Alors il lui est facile de reléguer l'autre chrétien dans les zones obscures du 'religieux' et de l'irrationnel. Comme non-pertinence dans l'espace strictement philosophique. Comme congénitalement inhabilitée à prendre part aux débats de l'Agora.

En profondeur, très essentiellement, cette étreinte promise à tant de fécondité dialectique est celle entre le
même et l'autre. La radicale nouveauté chrétienne pose l'autre avec une priorité ontologique, logique, axiologique, génétique, sur le même. Le même païen se trouvant ainsi radicalement pro-voqué vers son propre dépassement.
 

Traumatisme de naissance de l’Occident


En cet unique espace culturel, par l’irruption de la nouveauté judéo-chrétienne, l’homme a été pro-voqué, défié, à devenir créateur d’histoire, créateur d’historicité. Le seul espace culturel également où l’angoisse ait profondément pénétré !

Désormais c’est à l’homme d’écrire l’histoire des dieux ! Avec Dieu sans doute. Mais dans un rapport personnel qui laisse responsable l’autonomie humaine et ouvert le risque.

Tâche infiniment exaltante mais en même temps infiniment angoissante. La grande peur humaine principiellement vaincue. Mais l’angoisse exacerbée. Les mécanismes de défense brisés. Le cercle fatal rompu. L’homme est pro-voqué par l’Autre. Vers l’Autre. L’en-avant de la Terre Promise. A travers la rupture de l’Exode.

L’homme ose s’embarquer dans l’histoire. Assumer l’histoire. Créer l’histoire. Et par elle se créer lui-même. Paradoxalement non dans l’in-sistance sur l’être mais dans le risque du non-être ouvert à l’autre être. Risquer l’aventure...

Singulière aventure

Singulière aventure que celle de l'homme occidental. L'aventure de la modernité conquérante. Une aventure qui s'affirme en même temps paradigmatique de l'humain plus universel.

La modernité, sans doute, ne signifie rien de plus essentiel que la
montée d'une gigantesque euphorie. Fondée sur l'homme. Fondée sur le possible de l'homme. Fondée sur la puissance et la gloire de l'homme. Rien ne semble impossible et immenses semblent les raisons d'espérer...

Extraordinaire aventure...
Mais paradoxale aussi ! En ses profondeurs ne se joue-t-il pas quelque chose comme une négative théologie négative ?

Rupture de l'Alliance

Vous serez comme des dieux ! L'euphorie occulte alors ce qui un jour, nécessairement, adviendra. C'est écrit:
Ils virent qu'ils étaient nus... Les dessous du jeu du Prince de ce monde n'ont probablement jamais été autant soupçonnés qu'en nos jours où cette folle aventure commence à tourner mal.

L'acte de naissance de la modernité scelle la rupture de l'Alliance. Cela émerge, quasi imperceptible, quelque part autour de l'an 1100. Cela débute par un `innocent' péché contre le Logos, qui, alors, ne peut plus être simplement celui des Grecs. La nominalistique tentation commence par susurrer cette simple question: lorsque tu parles, lorsque tu penses, est-il nécessaire qu'il y ait un garant autre que toi-même pour assurer la consistance fondamentale de ta parole et de ta pensée ?

Ce doute chuchoté se fera clameur, amplifié par les mille échos de la caverne. Cinq siècles plus tard, de ce doute procédera l'affirmation fondatrice -
je pense donc je suis - de notre plus récente modernité.


La démesure verticale explose à l'horizontale


Huit siècles d'histoire seraient à reprendre pour montrer comment, à partir d'innocentes émergences, la démesure judéo-chrétienne va courir son aventure en autonomie. Comment par une série de ruptures de plus en plus audacieuses
cette démesure s'horizontalise dans l'immanence païenne jusqu'à l'athéisme. Comment toute l'aventure de la modernité n'est essentiellement, quant à son énergie et sa fécondité, que la poursuite de l'expérience judéo-chrétienne, mais sans l'Autre, sans Dieu. Comment les plus dynamiques des valeurs de notre modernité ne sont fondamentalement, malgré les apparences trompeuses, que des valeurs judéo-chrétiennes, mais tournant en 'roue libre', devenues 'folles', parce que hors de la source de leur sens. Comment c'est chaque fois la plus grande hardiesse contre l'Alliance qui se fait acclamer sur la scène du monde en se faisant passer pour la plus 'libératrice'. Comment, ce faisant, les 'mauvais rôles' à jouer incombent quasi fatalement aux tenants de l'Alliance. Comment la dynamique 'révolutionnaire' de leur foi leur est ravie, récupérée sans la foi, et même tournée contre eux. Contre l'Alliance.

Malice du 'Prince de ce monde'... Ironie de l'histoire... Humour de Dieu...

L'homme divinisé par grâce veut devenir 'dieu' sans Dieu. Le fils de l'Autre veut devenir fils de soi-même. L'acte de naissance de la modernité rompt la communion originaire et instaure l'homme dans son autonomie anthropocentrique.


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L'explosivité judéo-chrétienne ne reste pas indéfiniment contenue. L'homme révélé divin par grâce veut devenir dieu sans le Père. L'homme manifesté divin à travers l'expérience judéo-chrétienne veut poursuivre seul cette expérience sans Dieu.

La judéo-chrétienne démesure, jusque là verticalisée, rompt la 'mesure' de l'Alliance et, chargée d'une dynamique qui lui vient de l'Autre, se reprend en autonomie et explose en horizontalité. Alors commence l'aventure de la grande schizoïdie qui boucle le divin possible de l'homme sur lui-même et le déploie, anthropocentrique, en son immense caverne d'Utopie. Le fils de la mère païenne revendique
pour soi l'héritage paternel.

L'
acte de naissance de la modernité rompt la communion originaire et instaure l'homme dans son autonomie anthropocentrique. La schizoïdie des filles et des fils de Dieu n'a cessé de nouer sa cohérence dans l'autistique constitution d'un espace de pure immanence.