Le 'sacré' pro-vocateur



L'homme n'est possible qu'à partir d'un animal en crise. En crise face à l'altérité pro-vocante qui le défie au dépassement. Longue et progressive histoire d'un certain vivant à travers une suite indéfinie de crises différentielles. Il faut à ce processus un grand pro-vocateur.


L’homme, un vivant bizarre


Proprement anormal selon les normes de la vie simplement biologique. Négativité au cœur de la massive affirmation vitale. Et que proteste Nietzsche avec toute la modernité ! Nous ne bouclons la boucle de l’animalité qu’en nous trahissant nous-mêmes.

Paradoxale fécondité de cette béance ! L’humain n’est réellement qu’à travers sa crise. Il se trouve en plénitude dans la traversée de l’extrême différence.

La différence sacrale

Le monde est moins que le monde. Le monde est plus que le monde. L’homme est moins que l’homme. L’homme est plus que l’homme. Le sacré commence avec l’expérience première de cette étrange
différence effrayante et fascinante en même temps.

L'homme est défié par le sacré qui le provoque à sacrifier son animalité. Nous ne savons pas quand cela a commencé. Personne ne le saura jamais. Mais l’accession d’un certain primate à l’humanité reste incompréhensible autrement. Il fallait le fascinosum et le tremendum sacral pour disloquer l’animalité et pour ouvrir en ce primate la béance de l’infini. Le fini n’était pas suffisant pour le défier ! Le même non plus. Il lui fallait l’autre. La grande négativité dialectique. L’autre infiniment autre. La grande différence pro-vocatrice.

Par la suite, l'histoire de l'homme est inséparable de l'histoire de ses dieux. De son Dieu. L'homme est toujours à l'image de son Dieu. Plus il se divinise, plus l'homme s'humanise.

Le divin ouvre la différence à travers laquelle l'humanité advient. Différence et différence de la différence. Mais déjà le `divin' lui-même s'ouvre à la différence pour accéder progressivement, dialectiquement, à la plénitude. Des esprits élémentaires aux divinités minérales, végétales et animales... Des divinités agraires au dieu cosmique... Des idoles au Dieu invisible... Des dieux familiaux, tribaux, nationaux au Dieu universel... Du dieu démiurge au Dieu Créateur... De la Divinité au Dieu-Personne...

Exode de l'homme vers l'humain. Accession de l'homme à la conscience de plus pleine humanité, à la conscience morale, à la liberté créatrice et historique, à la personne. Exode. Théorie. Procession vers le divin.


Axe différentiel vertical


Cette béance du monde, cette gratuité béante au cœur de la nécessité, désigne à sa manière l’universelle sacralité. L’
axe sacral est l’axe différentiel fondamental de la distance et de la différence qu’est l’homme. Il est l'axe différentiel vertical sur lequel s’articule la possibilité dialectique.


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La grande différence pro-vocatrice

Le sacré est crise du monde pour qu’émerge l’humain. L’humain s’enfante à travers cette crise. C’est le sacré qui signifie cette crise. L’homme naît en tant qu’homme dans la crise sacrale de la vie. Tant que la vie coïncide simplement avec elle-même elle n’est qu’animale. C’est la non-coïncidence de la vie avec elle-même, de l’instinct avec lui-même, du vouloir-vivre avec lui-même qui est chance de l’émergence du spécifique humain.


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La culture commence avec l’originaire culte

Si archaïque soit-il, le rite cultuel est archéologique praxis d’humanisation. Continuation, réactualisation efficiente dans le hic et nunc terrestre du drame bio-cosmique sacral qui garantit l’ultime consistance ontologique. C’est le culte qui célèbre et rythme la différence entre la nature et la culture. Entre la nécessité et la liberté, entre l’ordre des choses et la création. Le culte actualise rituellement le drame bio-cosmique et la victoire de la vie sur la mort. Très profondément, l’homme n’est-il pas cet animal capable d’offrir en sacrifice son animalité pour s’enfanter humain ?
 
Réactualisation de la victoire originaire où la vie passe par la mort pour revivre plus immortelle. L’homme émerge avec le savoir inconscient de cette victoire originaire. Son culte, si 'primitif' soit-il, participe de l’originelle
bio-gonie et en actualise l’efficace. Le sacrifice, dans toutes ses formes, témoigne de cet inconscient savoir que la vie ne peut être pleinement vie qu’à travers sa "négation" sacrificielle.

Béance

La différence sacrale creuse l’infinie béance qui fissure les milieux pour les livrer aux extrêmes de l'Autre.


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Le sacré est crise du monde pour qu’émerge l’humain. Il est la grande négativité au cœur des faciles positivités. Il est l’originaire différence qui provoque le dialectique déploiement du monde nouveau d’humanité.

Avant même que ne s’établisse la distinction entre le profane et le sacré, avant donc que l’homme n’en puisse parler, déjà agit ce fondamental et fondateur acte de la différence. Et même dans les espaces les plus désacralisés, il est encore omniprésent. Qu’un morceau d’étoffe, par exemple, puisse devenir plus que chiffon pour être drapeau !

Le sacré est source active du symbole. Il informe en ses profondeurs les puissances symbolisantes à la racine de tout symbole symbolisé. Là où toute moitié témoigne de l’autre moitié qui toujours se dérobe dans l’infinie différence pour s’y reconnaître quand même. Fascinosum de l’originaire identité d’avant la brisure. Tremendum de la différence béante infiniment.

L’axe sacral est l’axe différentiel fondamental de la distance et de la différence qu’est l’homme. Il est l’axe différentiel vertical sur lequel s’articule la possibilité dialectique.


L'autre possible


Entre les désirs que manifeste le fondamental vouloir-vivre et ses naturels objets, le sacrifice manifeste, ouvre et instaure une béance. Il ouvre ainsi un espace du différé, de la distance, de la différence où l’autre peut advenir. D’autres fins. D’autres valeurs. D’autres formes. Le désir lui-même s’y sublime. En même temps il s’intensifie et se diversifie. C’est ce désir autre, sublimé, intensifié qui appelle ce monde nouveau du spécifique humain.

Toujours la même dynamique si profondément humanisante libérée par ce qui instaure distance et différence. Le renoncement sous toutes ses formes. La profonde dynamique pédagogique de l’humain. Non. Pas encore. Pas tout de suite. Non-coïncidence. Distance. Différence.

Ouverture d’un espace négatif, en quelque sorte un anti-espace par rapport à l’espace naturel, un espace dialectiquement antithétique, où la création nouvelle se fait non pas d’abord par comblement mais par vide aspirant, par appel, par exigence. Le sacré est instaurateur d’un tel espace. Cet espace appelle. Il exige. Il pro-voque au sens premier et fort du terme.

Dans cet espace se signifient originalement les articulations et s’articulent de façon toujours nouvelle les significations. Le sacré ouvre l’antithèse de la dialectique promotion du nouveau humain. Ainsi donc, avant les valeurs constituées du nouveau monde de l’humain il y a la béance constituante, dialectiquement constituante, de cette nouvelle création.


Instaurateur de différence


L’acte religieux est essentiellement dialectique et fondamentalement – bien avant sa constitution en ‘religion’ – contemporain indissociable de l’acte dialectique d’hominisation et d’humanisation. L’acte fondamental religieux est
instaurateur de différence. Tout commence avec Eros, ce dynamisme tendanciel qui s’identifie à la vie en son multiple foisonnement et en sa prolixe différence structurelle.

Chez l’animal, Eros reste à la mesure de son ‘Umwelt’ qui, lui-même, est à la mesure d’éros. En l’animal, la boucle biologique se boucle sur elle-même. Tant que la vie coïncide parfaitement avec elle-même elle reste simplement animale.

Un certain animal peut devenir homme parce que la boucle purement biologique ne se boucle plus sur elle-même. Cela implique une crise d’éros. le surgissement d’une disproportion entre la démesure d’Eros et son Umwelt.
Le ‘il y a’ du simplement ‘donné’ ne suffit plus pour loger Eros en sa béance. Un ‘ailleurs’ s’ouvre. Jamais ‘autre’ chose que la stricte animalité n’aurait pu être si éros n’avait été provoqué dialectiquement par quelque chose comme une négation de la simple animalité.

Dans cette ouverture se constitue le spécifique humain. La ‘culture’ par opposition à la ‘nature’.
Ouverture d’un espace nouveau d’articulation et de signification dans leur réciprocité. Longue et progressive histoire d’un certain vivant à travers une suite indéfinie de crises différentielles. Différence qui pro-voque l’effort de ce vivant à combler sans cesse cette béance, donc à dépasser son stade précédent.


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Crise sacrale

Le sacré est proprement
crise d’enfantement de l’humain. C’est à travers la crise sacrale que naît l’homme en tant qu’homme. Personne ne sait à quel moment précis de l'évolution cela a commencé. Personne ne le saura sans doute jamais. Mais l’accession d’un certain primate à l’humanité reste incompréhensible autrement.

La grande différence originelle qui coupe en deux le monde. L’homme n’est possible qu’à travers cette coupure. Sans elle, l’indifférence lui ferait côtoyer dangereusement le précipice du néant et de la mort. Cette originaire division sacrale de l’être traverse le monde verticalement, marque sa radicale axiologie et le sauve du néant. Il s’agit là de bien plus que de simples ‘qualités’. Ce sont des forces. Et ces forces sacrales peuvent être activement antagonistes, s’affronter et lutter. Le pur doit être victorieux. La force sacrale détermine et régit les niveaux ontologiques. Mais cette force est toujours conquête. Sur fond de menace permanente.

Pour
quoi, pour qui, l'homme est-il prêt à mourir ? Les désignations peuvent être variables. Mais au fond se tient toujours une réalité posée au-dessus de tout le reste et qui nous dépasse d'une certaine façon. Et cette réalité est d'ordre sacral. Dieu, et tout ce qui se pare de `divin'. La religion, et tout ce qui prend une valeur `religieuse'. Le sacré, et tout ce qui au monde se défend comme `sacré'. René Girard montre de quelle violence le sacré est capable.


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L'homme, un animal en crise

L’homme n’est possible qu’à partir d’un animal en crise. Tant que la vie coïncide avec elle-même, elle n’est qu’animale. C’est dans la
distance de la vie avec elle-même que gît la chance de l’émergence de l’humain. C’est dans la béance qu’elle est pro-voquée au dépassement. Longue histoire d’un certain vivant défié à travers une longue suite de crises différentielles. Cela n’allait pas sans un grand pro-vocateur. Seul le fascinosum et le tremendum sacral pouvaient disloquer l’animal et ouvrir en ce primate la béance de l’infini. Le même était incapable de le défier. Il lui fallait l’autre. Il fallait la grande différence sacrale pour provoquer l’homme à sacrifier son animalité.

C’est donc dans la crise sacrale de la vie que naît l’homme en tant qu’homme. Par la suite, l’histoire de l’homme est inséparable de l’histoire de ses dieux. De son Dieu dont il se sait l’image. Dès lors ce n’est plus qu’en se divinisant que l’homme s’humanise.

Qui d’autre que Dieu pouvait provoquer l’
exode de l’homme vers l’humain ?


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Dans l’espace judéo-chrétien l’homme occupe une place unique parmi tous les êtres de l’univers. Cette place lui est refusée aujourd’hui. Celui qui jusque là était aussi citoyen d’ailleurs va perdre son statut d’exterritorialité. Cet animal de l’embranchement des vertébrés et de la classe des mammifères, apparu évolutivement dans l’histoire naturelle de la vie, n’est plus marqué de l’intouchable mystère sacral. Il ne se comprend plus que ramené dans les strictes limites naturalistes d’un scénario de la continuité. Fils seulement du hasard et de la nécessité.


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Pour Feuerbach et pour Marx, la religion ne peut être qu’une aliénation parce qu’elle instaure une dualité entre le ciel et la terre. Une telle dualité n’est cependant ‘aliénante’ que dans la perspective mécaniste de l’objet brisé. Dans une perspective authentiquement dialectique, la division est chance. L’acte fondamental religieux est instaurateur de différence. Créateur de dualité. Crise. Mais l’irruption de l’autre nouveau est à ce prix.

L’acte religieux est essentiellement dialectique et fondamentalement – bien avant sa constitution en ‘religion’ – contemporain indissociable de l’acte dialectique d’hominisation et d’humanisation.


Il faut à ce processus un grand pro-vocateur

Il faut qu’intervienne un facteur de crise permanente qui interdit à la boucle biologique de se boucler en naturelle animalité pour l’ouvrir indéfiniment à l’altérité nouvelle à travers laquelle l’homme advient et ne cesse d’advenir comme homme.

Or cette crise pro-vocatrice est essentiellement le ‘sacré’. Cette grande négativité dialectique. Cette grande différence pro-vocatrice et pro-motrice. La non-coïncidence critique faisant irruption au cœur de l’animalité pour pro-mouvoir l’humanité.

L’histoire de l’homme est inséparable de l’histoire du ‘divus’. Négativité au cœur de la massive affirmation vitale. Négativité dialectiquement motrice.

L’homme ne devient homme qu’à travers cette crise. La richesse de l’humain, rançon de sa béance. Paradoxe de la fécondité dialectique de la négativité et de la béance. Défi. L’homme ne devient homme réellement que provoqué par le défi du sacré.

La
crise sacrale. Le clivage introduit dans la nature. La distance. La différence.

La première praxis humaine dans sa mytho-magie est déjà praxis sacrale. le spécifique humain se conquiert dialectiquement à travers cette praxis. Sans l’originaire ‘magie’, il n’y aurait jamais eu ‘science’ !

A sa manière le rite introduit la division, le clivage, dans la nature. La culture commence avec l’originaire culte. Le rite cultuel est archéologiquement culture d’humanisation. L’outil est d’abord rituel. Et le ‘sacrifice’ détruit avant de rassembler.


La culture commence avec l’originaire culte


Si archaïque soit-il, le rite cultuel est archéologique praxis d’humanisation. Continuation, réactualisation efficiente dans le hic et nunc terrestre du drame bio-cosmique sacral qui garantit l’ultime consistance ontologique. C’est le culte qui célèbre et rythme la différence entre la nature et la culture. Entre la nécessité et la liberté, entre l’ordre des choses et la création. Le culte actualise rituellement le drame bio-cosmique et la victoire de la vie sur la mort.

L’homme n’est-il pas cet animal capable d’offrir en sacrifice son animalité pour s’enfanter humain ? Les
rites structurent l’espace, le temps, l’être et l’action cohérente des hommes. Ainsi les rites de passage qui président au devenir personnel et aux fonctions sociales. Ainsi les rites de la végétation qui donnent naissance à l’agriculture. Ainsi les rites totémiques qui président à la domestication des animaux. Ainsi les rites du feu sans lesquels la métallurgie n’aurait jamais commencé.



Gratuité


L’outil préhistorique de l’Acheuléen qu’on appelle ‘amande’ est d’emblée un caillou différent des autres galets de la nature. Il est ‘signe’ de culture, signe d’humanité. Il a été incontestablement fabriqué en vue d’une utilité technique. Sa forme d’outil s’impose en quelque sorte de façon logique; elle s’explique, se justifie et se comprend en fonction de son utilité même. Cette forme pourrait n’être que cela. En fait elle est beaucoup plus. Cette forme en ‘goutte d’eau’ est harmonieuse. Elle est belle. Ce plus est là comme ça, pour rien, pour le plaisir, gratuitement.

Ce mystérieux plus est à partir d’un moins. Il vient dans la béance de l’utile, inutile. Il vient dans la négation. Il vient dans la différence. Il vient de surcroît. Il est gratuit, c’est-à-dire que sa valeur est ailleurs.
L’humain ne se manifeste jamais sans cette dimension de gratuité par laquelle un autre plus émerge, dans la rupture, au creux d’une béance. Là où la logique ne boucle plus sa clôture mais laisse jubiler le logos. Dire autrement l’indicible. Poïésis. Grâce. Cette béance du monde, cette gratuité béante au cœur de la nécessité, désigne à sa manière l’universelle sacralité.

Rite sacrificiel

C’est dans le rite
sacrificiel – sacrum facere – que la crise sacrale s’actue de façon extrême. Dès ses formes les plus archaïques se rejoue la crise sans laquelle l’humain ne serait pas. Ici se révèle la profonde dialectique sacrale. La traversée de la négation vers l’autre. Du bon est détruit pour qu’un meilleur soit. De la valeur est immolée pour que dans sa béance se manifeste une autre et plus grande valeur. On sacrifie de la vie pour vaincre la mort. Dans l’extrême rupture advient une plus extrême plénitude. Dans la tension paroxysmale de la lutte et de l’étreinte hiérogamique sous le signe d’éros et de thanatos. Le sacrifice actualise cette mystérieuse dialectique à travers laquelle la libre mise à mort d’un vivant devient victorieuse de cette mort elle-même.

Réactualisation de la victoire originaire où la vie passe par la mort pour revivre plus immortelle. L’homme émerge avec le savoir inconscient de cette victoire originaire. Son culte, si ‘primitif’ soit-il, participe de l’originelle bio-gonie et en actualise l’efficace. Le sacrifice, dans toutes ses formes, témoigne de cet inconscient savoir que la vie ne peut être pleinement vie qu’à travers une ‘négation’ sacrificielle. On retrouve toujours la même dynamique si profondément humanisante du
non. Distance. Différence. Non... Pas encore... Pas tout de suite... Plus loin... Plus haut... Un espace négatif s’ouvre. Le sacré est instaurateur d’un tel espace dialectiquement antithétique. Un espace où les vides sont plus pertinents que les pleins. Un espace de l’appel et de la pro-vocation.

Fils de la différence


L'humain est fils de la
différence. Le 'sacré' ouvre le nouvel espace de l'humain en instaurant les grandes différences fondatrices.
Entre sacré et profane. Entre absolu et contingent. Entre haut et bas. Entre valeur et non-valeur. Entre bien et mal. Entre pur et impur. Entre permis et défendu...


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L'espace du 'sacré' est coextensif à la totalité de l'espace humain

La mentalité schizoïde ambiante, soucieuse d'expulser le 'sacré', voudrait reléguer celui-ci dans une sacristie. Avec une bonne étiquette le cantonant en sa troublante exception et croyant libérer ainsi une normalité profane.


N'en déplaise à Auguste Comte, l'état `positiviste' n'est pas moins `théologique' que les états précédents. Il est même plus théologique que jamais. Mais autrement. L'état `théologique' marquait encore les différences. L'état `positif' les supprime, puisque c'est l'homme, désormais, qui se fait Dieu à la place de Dieu. Il n'est plus de science `humaine' qui ne soit en même temps science `divine'. Cette subtile réciprocité se voit sans cesse occultée. Elle joue sur fond de rivalité conflictuelle qui ne se dit pas. L'obscure dramatique de quelque chose comme une théomachie. L'
anthropos n'a pas fini de régler ses comptes avec le theos.

L’humain n’est qu’à travers la différence sacrale. Dès lors l’homme ne peut pas ne pas ‘sacraliser’. Le sacral étant si intimement inhérent à l’humain, où va-t-il se loger lorsqu’une ‘culture’ particulière, une ‘époque’, se veut démystificatrice ? A moins d’être repris par l’
autre interpellant de la Foi, le sacré se trouve investi ou réinvesti dans ses mille et un avatars: Raison, Nature, Vie, Histoire, Parti, Science, Evolution, Révolution... Tant il est vrai qu’un dieu ne se chasse qu’au nom d’un autre ! C’est plus fort que l’homme. Que reste-t-il à l’art, à la philosophie, à la science même - la science dans son projet - sans leur dimension si profondément ‘religieuse’ ? Faites l’analyse sémantique de n’importe quel discours ‘athée’. Vous serez stupéfaits de l’investissement sacral et religieux, là même où il est si vivement refoulé.