Les surgissements



L'altérité radicale surgit en rupture. Elle n'est pensable qu'à la limite. Les Alters naissent là où se rompent les cercles, là où éclattent les bulles, là où les boucles ne se bouclent pas.


Rupture

La tendance naturelle de l'esprit humain va du côté des continuités. Elles seules sont assimilables et intégrables en raison. Les ruptures, elles, sont par nature indociles. L'esprit moderne y est particulièrement allergique sans cependant pouvoir les nier radicalement. Elles résistent  scandaleusement. Elles restent incontournables. 



 


Il s'agit fondamentalement de la rupture du même pour que surgisse l'autre. C'est-à-dire la radicale et originale nouveauté. Rupture donc des continuités et des nécessités logiques avec leurs enchaînements déductifs ou inductifs. Rupture des "longues chaînes" par lesquelles la raison  tend à boucler et à intégrer le réel pour en devenir "maître et possesseur". Rupture des 'évidences' de la caverne et des habitudes mentales congénitales. Rupture des 'étiquettes' et des stéréotypes qui veulent absolutiser le ron-ron de l'ordre des choses.

Révolution... Une explosion suivie d'une rupture. Surgissement abrupt de différence. Emergence d’un radical ‘non’ au cœur d’un ‘oui’ préalable. L’ouverture d’un espace nouveau du pensable et du possible.

Le surgissement de l'existence


Ex-sister. Sortir du rang comme nouveauté originale. Les existentialismes soulignent justement l’irréductible antagonisme entre l’
essence et l’existence. Entre ce que sont les choses et le fait qu’elles soient. Le ‘ce que’ – ce qu’est un cercle, par exemple, – s’explique et se définit. On peut le déduire et le réduire. Il est en quelque sorte logiquement nécessaire une fois donnée sa définition. Le ‘que’, au contraire, ne s’explique ni ne se définit. Il surgit ‘là’. Comme une insulte à la logique.




Exister, c’est surgir en rupture. Gratuitement. Tout questionnement sur l’exister reste donc comme suspendu sur cette incontournable
béance qui peut s’appeler ‘facticité’ ou ‘contingence’. Contingence. Ce qui ad-vient comme ‘événement’. L’acte d’être. L’actuel. Le pré-séant, de l’être lui-même. Le présent.




Création

L'affirmation de la création est d'emblée l'affirmation la plus énorme et la plus scandaleuse face à la raison païenne. Penser la création n'est en effet pas possible en continuité. Entre Dieu et le monde il n'y a aucun lien logique de nécessité. La création est en rupture. Elle est à partir d'un
acte. Poïèsis originelle d'Agapè. Cet acte gratuit et libre la pose dans l'existence à partir de rien. Elle est donc contingente ce qui veut dire qu'elle 'flotte' en quelque sorte gratuitement dans la facticité.



 


Résurrection

Non par immortalité de l'âme mais résurrection de la chair. Pour le chrétien, la puissance de l'Esprit se moque, comme dit Origène, des grossières spéculations matérialistes. L'âme n'est pas de soi immortelle. L'homme a été créé mortel, en son corps et en son âme. En même temps il a été créé avec la capacité d'immortalité. La résurrection signifie nouveau surgissement radical à travers une rupture. Nouvelle création. Elle signifie aussi rupture de tous les cercles vicieux de la nécessité logique, des lois de la nature, des systèmes, des blocages, de la violence, des déterminismes... Elle signifie ouverture du sens, de l'histoire, de l'avenir...

L'immortalité est en continuité. La résurrection est en rupture. L'immortalité laisse mourir le corps pour garantir la survie de l' `âme'. La résurrection fait mourir l'homme tout entier pour le faire ressusciter tout entier. L'immortalité païenne est par nature. La résurrection chrétienne est par grâce. Eros a horreur de trouver dignes d'éternité les corps voués à la pourriture. Seul Agapè peut dire avec Saint Paul:
On sème de la corruption, il ressuscite de l'incorruption; on sème de l'ignominie, il ressuscite de la gloire; on sème de la faiblesse, il ressuscite de la force; on sème un corps animal, il ressuscite un corps spirituel.
(I Corinthiens.15,42-44).


 


 


Ex nihilo

Pour essayer de comprendre ce ex nihilo de la création divine il faut commencer par penser son absolue différence par rapport à la 'fabrication'. La 'création' humaine part toujours de quelque chose comme une matière première ou des éléments premiers que l'homme articule, désarticule et réarticule selon l'idée d'une nouvelle production.   

Ex nihilo relève de la démesure. Pour les Grecs, la mesure est un absolu. Elle s’identifie en quelque sorte avec le logos, mesure du cosmos et de l’anthropos. L’hybris, la démesure est péché. Et même péché absolu. En tant que telle elle ne peut rester impunie. Elle porte en elle-même comme sa justice immanente. Elle doit ‘se payer’. Par nécessité.

Pour la Bible, la mesure n’est que relative. Elle est en dépendance d’un vouloir et d’un ‘Je’ personnel qui se révèle comme ‘agapè’ avec sa radicale démesure. Toutes choses sont par création  EX NIHILO, originellement posées comme ‘être’ par Agapè. Créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, la liberté humaine est béante sur la radicale démesure.
 
Lorsque l'esprit humain, l'esprit 'moderne', se coupe de ses racines il ne peut pas ne pas vouloir singer Dieu.


 


La foi

La foi accompagne l'irruption de l'Autre dans une vie d'homme. Elle signifie une rupture du possible simplement humain et l'ouverture d'un ordre radicalement nouveau.

La foi n’est pas englobée mais englobante. La foi n’est pas en ma possession. Je n’en dispose pas. Je suis disposé par elle. La foi n’est pas contenue ‘dans’ nos possibilités psychologiques ou mentales. Elle n’est pas un produit du ‘je pense’ individuel ou collectif. Elle n’est pas logeable dans un système d’idées. Elle n'est pas du dedans. Elle vient d'ailleurs.

La foi n’est pas de l’ordre du ‘
ce que’, à savoir quelque chose comme un ‘objet’ qui pourrait se laisser saisir, comprendre ou manipuler. La foi est de l’ordre du ‘que’. Elle précède toute possible saisie et toute possible compréhension. Elle ‘est’ comme l’impératif ontologique de l’acte créationnel. Non pas constituée. Mais constituante.

La foi est
ouverture. Elle signifie donc la sortie de la caverne de nos évidences terre-à-terre, de nos intérêts et de nos obscurantismes. La foi est ouverture au don du sens. En sa nudité, elle est exposée à une plénitude infinie qui lui vient de l’Autre.


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La foi n’est pas ‘au bout’ d’une suite d’articulations rationnelles. On ne tombe pas sur Dieu comme sur une nouvelle formule explicative. L’évidence naturelle contraint. Procédant par ‘longues chaînes de raisons’, elle
enchaîne dans l’ordre du Même et de la nécessité. La foi rompt les nécessités. Elle appelle. Dans l’ouvert de la liberté et de la gratuité.

La foi est entrée libre dans le don gratuit du sens. Elle te situe au cœur de l’extrême englobant. Tu te trouves en gestation dans la matrice de l’Absolu. Baigné d’une lumière où toute chose prend un éclairage neuf et où les ombres elles-mêmes – avec l’ensemble du jeu des ombres – s’expliquent. Les questions ne sont plus absolues. Elles se posent sur fond de réponse. Aucune réponse explicite n’est encore livrée. Mais le Sens de toute possible réponse est
déjà-donné.

Le décisif de la foi est
acte. Elle s’engage. La foi s’accomplit en Agapè. Avec Agapè elle traverse les étendues du scandale. Pour en faire un espace de grâce.



Aux extrêmes impossibles

Eschatologie... C'est aux extrêmes que culmine l'altérité chrétienne. La mort, le cataclysme final, l'au-delà, le nouvel ordre, signifient l'alter absolu au milieu de l'immanence. La différence extrême au cœur de l'existence. La vision des `choses ultimes' – ta eschata, en grec – s'appelle 'eschatologie'. Elle porte sur le destin ou la destinée de chaque individu humain. Mais elle porte autant sinon plus sur le destin universel de toute l'humanité.

Qu'est-ce qui est 'au-delà' ? Qu'est-ce qui advient `après' ?
Au-delà des limites de l'espace et du temps de notre condition humaine. Au-delà même du pensable. Un tel questionnement n'a cessé de produire un genre littéraire particulier, l'apocalyptique. Ce genre n'existerait pas sans la dimension eschatologique.

Dans la perspective
cyclique de l'éternel retour ces événements individuels ou collectifs sont appelés à se renouveler périodiquement. Dans la perspective vectorielle, la fin et le jugement de chaque personne en particulier et du monde dans sa totalité, sont absolument uniques. Le Nouveau Testament est à la fois en continuité et en rupture avec l'Ancien. Dans le judaïsme, l'eschatologie se réalise plutôt à la `fin' des temps. Pour le christianisme, la totalité des temps est déjà accomplie en Jésus Christ. Dès lors c'est le `maintenant' – le kaïros – qui est eschatologique. Sans doute y a-t-il aussi un futur eschatologique qui apporte du nouveau. La parousie. La résurrection de la chair. Le Jugement dernier. Le règne cosmique de Dieu. Mais dans le Christ et par le Christ ces événements sont déjà `actuels'. Ils nous `arrivent' dans le `maintenant' existentiel de la foi.

Il y a donc une
unité foncière de l'eschatologie chrétienne entre le `maintenant' de la foi et le `demain' de la pleine révélation. Jésus est déjà `maintenant' l'accomplissement de l'eschatologie. Demain cet accomplissement sera cosmiquement manifeste et visible par tous. Déjà `maintenant' le salut se réalise dans la miséricorde du Christ. Demain il sera universellement manifeste. La tension entre `est' et `sera' n'existe qu'au sein de la temporalité. L'éternité, elle, ne connaît ni passé ni futur. Seulement un présent éternel qui rejoint notre actualité. L'éternité traverse verticalement la temporalité en chaque `maintenant' historique et la provoque à la décision.

La foi vit dans cette tension eschatologique. Le monde est déjà sauvé. En même temps il reste à sauver. L'essentiel est déjà accompli. En même temps, cet essentiel reste à accomplir. Dans la tension de cet entre-deux urge l'actualité de la décision.
Maintenant.


Ruptures


En régime chrétien elles sont essentielles et fondamentales. La conversion demandée par l'Evangile, la metanoia, ne commence-t-elle pas par une rupture?

Partir...
Le Seigneur dit à Abram: « Pars de ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père, va dans le pays que je te montrerai. »
(Genèse 12,1).
Et maintenant, va ! Je t’envoie chez Pharaon: tu feras sortir d'Egypte mon peuple, les fils d’Israël.
(Exode 3,10).
J’ai fait de toi la lumière des nations. Tu ouvriras les yeux des aveugles. Tu feras sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres.
(Isaïe 42,6-7).
Lève-toi et marche !
(Jean 5,8).
Vous saurez que je suis le Seigneur, quand j'ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai sortir, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez...
(Ezéchiel 37,12-13).
Lazare, viens dehors ! Le mort sortit...
(Jean 11,43-44).

Rompre avec le monde et ses idoles.
Si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde - la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l'orgueil de la richesse - vient non pas du Père mais du monde. Or le monde passe avec ses convoitises; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement.
(1 Jean 2,15-17).
Ne formez pas d’attelage disparate avec des infidèles. Quel rapport en effet entre la justice et l’impiété ? Quelle union entre la lumière et les ténèbres ? Quelle entente entre le Christ et Béliar ?
Quelle association entre le fidèle et l’infidèle ? Quel accord entre le temple de Dieu et les idoles ?
(2 Corinthiens 6,14-16).

Rompre avec l’humain trop humain.
La chair et le sang ne peuvent hériter du Royaume de Dieu, ni la corruption hériter de l'incorruptibilité.
(1 Corinthiens 1,50).
Qui sème dans sa chair, récoltera de la chair la corruption. Qui sème dans l'Esprit récoltera de l'Esprit la vie éternelle.
(Galates 6,8).
Vivez sous la conduite de l’Esprit de Dieu; alors vous n’obéirez pas aux tendances égoïstes de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’esprit, et les tendances de l’esprit s’opposent à la chair.
(Galates 5,16-17).
Nous vivons dans la chair, évidemment, mais nous ne combattons pas selon la chair. Non, les armes de notre combat ne sont pas charnelles...
(2 Corinthiens 10:3-4).
Le premier homme, Adam, a été fait âme vivante. Le dernier Adam, esprit vivifiant.
(1 Corinthiens 15,45).
C'est l'Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.
(Jean 6,63).

Rompre avec les évidences faciles.
Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs.
(Marc 2,17).
Je vous dis de ne pas riposter au méchant; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre.
(Matthieu 5,39).
Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre.
(Jean 8,7).

Rompre les liens naturels.
Ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu. La seule vraie postérité ce sont les enfants de la promesse...
(Romains 9,8).
Dieu mit Abraham à l’épreuve. Il lui dit: « Abraham ! » Celui-ci répondit: « Me voici ! » Dieu dit: « Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en sacrifice sur la montagne que je t’indiquerai.”
 »
(Genèse 22,1-2).
Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi.
(Matthieu 10,37).
Il leur répondit: « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique. »
(Luc 8,21).
Un autre encore lui dit: « Je te suivrai, Seigneur; mais laisse-moi d'abord faire mes adieux aux gens de ma maison. » Jésus lui répondit: « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas fait pour le royaume de Dieu."
(Luc 9,61-62).
Jésus lui dit : « Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts. »
(Matthieu 8,22).

Renversement.
Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s'élèvera sera abaissé, qui s'abaissera sera élevé.
(Matthieu 23,11-12).
Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous.
(Marc 9,33-35).
Quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles; et tu seras heureux, parce qu'ils n'ont rien à te rendre: cela te sera rendu à la résurrection des justes.
(Luc 14,13-14).
Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi.
(Matthieu 19,21).
Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
(Jean 13,14).

Rompre avec la tradition.
Vous avez appris qu’il a été dit... Eh bien, moi je vous dis...
(Matthieu 5).
Malheureux êtes-vous, guides aveugles...
(Matthieu 23,16).
Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa hors du Temple ainsi que leurs brebis et leurs bœufs; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes: « Enlevez cela d'ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »
(Jean 2,15-16).

Rompre avec le vieil homme.
Comprenons bien ceci: notre vieil homme a été crucifié avec lui pour que soit détruit ce corps de péché et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché. Car celui qui est mort est libéré du péché. Mais si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons, en effet: ressuscité des morts, Christ ne meurt plus: la mort sur lui n’a plus d’empire. Car en mourant, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes. Vivant, c’est pour Dieu qu’il vit. De même vous aussi: considérez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus Christ.
(Romains 6,6-11).

A travers une destruction.
Jésus leur dit: “Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre: tout sera détruit.”
(Luc 21,6).
“Quel signe nous montres-tu pour agir ainsi ?” Jésus leur répondit: “Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai.”
(Jean 2,18-19).
En ces temps-là, après une terrible détresse, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’Homme venir...
(Marc 13,24-26).
Car elle passe, la figure de ce monde.
(1 Corinthiens 7,31).

Mutilations.
Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera.
(Matthieu 16,25). - Si ton œil t'entraîne au péché, arrache-le et jette-le loin de toi. (Matthieu 18:9).
Vous serez détestés de tous à cause de mon nom. Mais celui qui aura persévéré jusqu'au bout, celui-là sera sauvé.
(Marc 13,13).
Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous repoussent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme.
(Luc 6,22).
Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de Notre Seigneur Jésus Christ, qui a fait du monde un crucifié pour moi et de moi un crucifié pour le monde.
(Galates 6,14).

Chemin escarpé.
Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu.
(Marc 10,25).
Entrez par la porte étroite. Elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition; et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent. Mais elle est étroite, la porte, il est resserré le chemin qui conduit à la vie ; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent.
(Matthieu 7,13-14).

Le glaive et le feu.
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre: je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive.
(Matthieu 10,34).
Depuis le temps de Jean Baptiste jusqu'à présent, le Royaume des cieux subit la violence et des violents s'en emparent.
(Matthieu 11,12).
Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli !
(Luc 12,49).
Je suis venu en ce monde pour une remise en question: pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles.
(Jean 9,39).
C'est la paix que je vous laisse, c'est ma paix que je vous donne. Ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne.
(Jean 14,27).
Elle est vivante la Parole de Dieu et vigoureuse. Elle est plus coupante qu'une épée à deux tranchants. Elle pénètre au plus profond de l'âme, jusqu'aux jointures et jusqu'aux moelles. Elle juge des intentions et des pensées du cœur. Rien n'échappe à ses yeux. Tout est nu devant elle et dominé par son regard. C'est à elle que nous aurons à rendre des comptes.
(Hébreux 4,12-13).

L’autre sagesse.
Le langage de la croix est en effet folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu.
(I Corinthiens 1,18).
Dieu a frappé de folie la sagesse du monde !
(I Corinthiens 1,20).
Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.
(I Corinthiens 1,25).
Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort; ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi; ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est, afin qu’aucune chair n’aille se glorifier devant Dieu.
(I Corinthiens 1,27-29).
L'Evangile que j'ai annoncé n'est pas à mesure humaine.
(Galates 1,11).





Aux limites de la nécessité logique intra-mondaine

Notre possible est toujours englobé. Le possible de notre possible nous échappe. Mais sans lui notre possible ne serait pas. Ainsi en est-il du 'fiat' créationnel.



Alpha et Omega

Laissons ici parler la Parole. Elle n'est pas utilisée comme 'argument'. Elle ne doit 'servir' à rien. Elle est là. De trop et pas assez. Gratuite présence et don du sens.

Alors celui qui est assis sur le trône déclara: "Voici, je fais toutes choses nouvelles."
Puis il dit encore: "Ecris ceci. Ces paroles sont certaines et vraies."
Et il ajouta: "C'en est fait. Je suis l'Alpha et l'Oméga, le principe et la fin.
A celui qui a soif je donnerai à boire gratuitement l'eau de la vie.

(Apocalypse 21,5-6)
.

Au principe est le verbe archéologique: en archè en o logos. Commencement de toute parole. Créateur de la matrice de l’humain. Fondateur d'humanité. Premier et dernier mot du cosmos et de son histoire.
Au principe n'est pas un 'donné' mais un 'je donne'. Au principe n'est pas un 'il y a' mais un 'Je suis'. Au principe n'est pas la structure mais une réalité personnelle. Au principe, en-deçà de tout langage, est la Parole. Non pas la neutralité d'un 'ça' disponible aux positivismes et aux manipulations mais un 'JE' absolu. Et ce 'Je' parle.


 
Au principe était le Logos.
Le logos était avec Dieu
et le Logos était Dieu.
Il était au principe avec Dieu.
Par lui tout fut créé,
et rien de ce qui existe ne fut créé sans lui.
En lui était la vie
et cette vie était la lumière des hommes.
La lumière brille dans les ténèbres
et les ténèbres ne l'ont pas obscurcie.

(Jean 1,1-5).


Dans le feu d'un buisson qui ne se consume pas, l'ETRE se dit 'JE'. Et renvoie par là toutes les philosophies du monde dans leurs petits souliers.
'Ehyeh 'asher éhyeh. L'absolu tautos-logos et le seul possible !


Moïse dit à Dieu: "Je vais donc trouver les Israélites et leur dire:
'Le Dieu de vos pères m'envoie vers vous'.
Mais s'ils me demandent: 'Quel est son nom ?', que dois-je leur répondre ?"
Dieu dit à Moïse: "Je suis qui je suis". "Tu diras donc ceci aux Israélites:
'Je suis' m'a envoyé vers vous".

(Exode 3,13-14)
.


Le Logos de Dieu est devenu homme parmi les hommes. Et la puissance du Verbe se manifeste au milieu de nous.


Et le Logos s'est fait chair et il a vécu parmi nous.
Nous avons vu sa gloire, cette gloire qu'il reçoit de son Père
comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

(Jean 1,14).


La Sagesse est médiation archéologique de l'Acte créateur...
Par la Sagesse le Seigneur a fondé la terre.


Le Seigneur m'a conçue comme la première de ses œuvres,
avant même ses plus anciennes.
Depuis l'éternité j'ai été établie, tout à l'origine, avant la fondation du monde.
Il n'était pas d'abîme encore et déjà j'étais enfantée.
Avant les sources jaillissantes. Avant les océans.
J'étais enfantée avant l'érection des montagnes et avant les collines.
Avant la terre, avant les espaces, avant les premiers éléments du monde j'étais là.
J'étais présente quand il fixa les cieux,
quand il traça l'horizon autour de la surface de l'océan,
quand il condensa les nuages et que se gonflèrent les sources profondes,
quand il imposa des limites à la mer pour contenir ses eaux dans ses rivages,
quand il posa les fondations de la terre.
J'étais à ses côtés comme son inspiratrice,
faisant ses délices, jour après jour,
jouant sans cesse devant lui,
m'ébattant sur le sol de la terre
et trouvant ma joie parmi les fils des hommes.

(Proverbes 8,22-31).


Plérôme. Prototype et accomplissement de l'humanité.


Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature.
En lui ont été créées toutes choses dans les cieux et sur la terre,
les visibles et les invisibles,
Trônes, Seigneuries, Dominations et Puissances.
Tout a été créé par lui et pour lui.
Il est avant tout être et tout subsiste en lui.
Il est la tête du Corps qui est l'Eglise.
Il est Principe, premier-né d'entre les morts.
En tout il ne peut avoir que le premier rang.
Il a plu à Dieu de faire demeurer en lui toute plénitude
et que par lui, grâce au sang de sa croix,
soit réconciliée toute la création au ciel et sur la terre.

(Colossiens 1,15-20).