Lucides face aux illusions



Notre modernité croit un peu naïvement que sa 'lucidité' a désormais débusqué et renvoyé vers le passé ou l'ailleurs toutes les illusions. C'est là, sans doute, l'illusion des illusions. En vérité les illusions prolifèrent plus que jamais, banalisées ou tonitruantes, sournoises ou étourdissantes. L'Alter ne peut que les débusquer.

L'illusion la plus séduisante et la plus pernicieuse qui domine encore massivement les esprits et les corps est celle des lendemains qui chantent et qui vont chanter de plus en plus fort. La religion du 'progrès'.



La foi au progrès est la croyance cardinale de la modernité. Que pratiquement la seule forme de mécréance qui n’est pas tolérée par la modernité soit justement celle qui met en question cette croyance au progrès prouve bien où s’est réfugié le croyable disponible et où se jouent les sacralisations. Mais pour combien de temps encore ? Ne commençons-nous pas déjà à faire l'expérience d’un progressisme piégé ? 


La nouvelle espérance


L'homme occidental, sous peine de renier son humanité profonde, ne peut plus jamais faire l'économie de la transcendance. Dans la mesure où la schizoïdie bouclait la boucle sur elle-même, il fallait bien que l’irréductible
transcendance humaine se logeât sur un vecteur disponible. Le ‘progrès’ est la transcendance investie dans l’immanence du vecteur de la temporalité historique. Le ‘progrès’ est une eschatologie phénoménale dans la clôture de l’immanence.

A partir du 18e siècle la catégorie de ‘progrès’ alimentera toute une mythologie: le mythe du progrès technico-scientifique comme progrès ‘total’ de l’homme; le mythe de l’intelligibilité scientifique comme intelligibilité ‘absolue’, et logiquement, par voie de conséquence, le mythe de la supériorité de l’homme occidental inventeur et détenteur de l’efficacité mécaniste. Il n’est pire mythe que celui qui se pare de scientificité !

Substitut de l'Espérance chrétienne, la nouvelle espérance moderne se dit `Progrès'. Avec une Majuscule. Elle déborde largement le fait du progrès pour se faire
idéologie. Et même idéologie dominante.

Nouvelle `foi'. Nouvelle `religion'. L'euphorie se fait messianique. Voici l'
eschatologie athée. La volonté meurtrière de supprimer le Père n'est pas absente des audaces des fils conjurés. Ne fallait-il pas le tuer, ce Père judéo-chrétien, pour que puissent être revendiquées et récupérées, souvent sous dénomination différente, ses valeurs pour la seule euphorie de l'homme en clôture `séculière' ? Et c'est du côté des parricides que se noue désormais la `bonne conscience' sans laquelle il n'est plus de sortabilité.

Désormais vertu et science veulent s'embrasser en vue de l'euphorie croissante dans l'immensité de la caverne aménagée. Vertu et science. Matériel et spirituel. Savoir et conscience. Techniques et culture. Arts et morale. Politique et économique... Bref,
tout le possible humain. Pour être le porteur de l'espérance nouvelle il fallait un type d'homme nouveau. Qui d'autre pouvait se sentir investi d'une telle mission sinon, d'abord, l'homme `bien-portant' ? L'homme bien-portant qui va nourrir l'envie et le rêve de `bien-portance' d'un nombre croissant d'êtres humains. L'homme `bourgeois'. Il fallait à ce nouveau discours bien-portant de l'homme bien-portant une possibilité concrète de se réaliser. Cette possibilité fut donnée à travers une série de révolutions industrielles et scientifiques.
 
 
L'optimisme progressiste

Le marxisme procède du développement de la technique, comme du ressort principal du progrès, et bâtit le programme communiste sur la dynamique des forces de production. A supposer qu'une catastrophe cosmique ravage dans un avenir plus ou moins rapproché notre planète, force nous serait de renoncer à la perspective du communisme comme à bien d'autres choses. Abstraction faite de ce danger, problématique pour le moment, nous n'avons pas la moindre raison scientifique d'assigner par avance des limites, quelles qu'elles soient, à nos possibilités techniques, industrielles et culturelles. Le marxisme est profondément pénétré de l'optimisme du progrès et cela suffit, soit dit en passant, à l'opposer irréductiblement à la religion. (L. Trotsky. La Révolution trahie. UGE 1936 pp.48-49).

Il faut relire et relire encore la profession de foi d'un Trostsky, inébranlablement sûr des lendemains marxistes qui allaient chanter au rythme croissant du Progrès infini.
Nous n'avons pas la moindre raison scientifique d'assigner par avance des limites... Il n'y a donc pas la moindre raison scientifique d'en douter !

L'euphorie marxiste se déploie dans cet
illimité. De la propédeutique du stade `socialiste' à l'accomplissement du stade `communiste', règne une double certitude absolue. Celle du progrès infini de l'abondance. Celle du progrès infini de l'éducabilité humaine.

De l'imparfait au parfait. Le stade `socialiste' n'est encore qu'un stade transitoire, quelque chose comme un passage obligé provisoire vers l'accomplissement définitif. C'est un stade imparfait parce que subsistent les contraintes des
limites. Ces limites sont essentiellement celles de la production. C'est-à-dire les celles du fonctionnement actuel du système de l'outil exponentiel. N'y est pas encore surmontée la disproportion entre la relative abondance et la béance du désir. Le désir, moteur de la consommation, doit se restreindre dans les limites de la relative rareté. Ne peut régner, pour le moment, que le principe: A chacun selon son travail. Ou encore: Qui ne produit pas ne consomme pas. Ou encore: A quantité et qualité égales de travail quantité égale de produits.

C'est le `progrès' et uniquement le progrès qui va permettre de dépasser le stade socialiste. Progrès de l'outil. Progrès des forces productives. Progrès de l'abondance. Progrès de l'éducation intellectuelle et morale. Progrès de l'harmonisation entre les désirs et la relative abondance. Le stade `communiste' coïncide avec l'accomplissement définitif de l'humain. Le possible est désormais illimité. La production repousse infiniment les limites de la rareté. L'abondance surabonde. Le désir, désormais pleinement éduqué, peut être pleinement comblé. Alors régnera le principe:
de chacun selon ses capacités; à chacun selon ses besoins.



Progrès


Qu’est le ‘progrès’, dogme central de la croyance dominante ? Essentiellement une
courbe exponentielle de croissance le long du temps historique. Quelle croissance ? Toutes les euphories ‘progressistes’ partent d’une réponse unanime: c’est le possible de l’homme qui croît. Et tout le possible de l’homme !


 


Croissance du possible de l'homme

Ce possible, cependant, notre modernité l’a réduit au ‘faisable’. Et comme l’espace du faisable est immédiatement celui de l’avoir, le ‘progrès’ s’est mis à jouer la croissance de l’
avoir. Or l’artifice est accumulable. Et l’accumulable bien géré produit le long du temps une somme en croissance, le plus s’ajoutant au plus, produisant un plus toujours plus grand. Le sens, par contre, se trouve chaque fois comme renvoyé à son éternel commencement. Décision toujours actuelle, il est à chaque moment du temps une sorte de nouvelle création. Son essentielle discontinuité refuse le sommable continu. Irrécupérable donc pour le ‘progrès’.

En faisant l’économie de l’
être, le projet de l’homme glisse ainsi du côté du projet constructeur qui tend à s’identifier avec son projet essentiel. Les valeurs de signification se confondent avec les valeurs d’articulation et de plus en plus s’y perdent. Triomphe de l’homme ‘fabricateur’. Fabricateur d’outilité et fabricateur d’artifice. Fabricateur de texture. Fabricateur du texte. Fabricateur d’un ‘sens’ qui ne peut finalement plus être autre que sens-du-texte-fabriqué !

La foi au progrès se nourrit de la puissance fabricatrice d’artifice du possible de l’homme en autonomie. Le ‘progressisme’ n’est finalement que la superstructure idéologique d’un gigantesque système d’
outilité exponentielle dont le fonctionnement induit l’optimisme prométhéen et entretient le discours bien-portant de l’homme se voulant bien-portant.


 









Dynamique

Science et technique peuvent certes croître par elles-mêmes, selon la logique qui veut qu'une découverte en entraîne une autre et s'ajoute à elle, l'ensemble, au fil du temps, ne pouvant que grandir et se développer. Mais derrière l'idée de
progrès il y a beaucoup plus qu'une simple croissance accumulative, si impressionnante soit-elle. Il y a une dynamique. Une dynamique faite d'exigence de dépassement infini, d'énergie volontaire pour transformer les choses et les événements, de projet historique qui casse l'éternel retour, de volonté de conquête, d'incessante ouverture sur la nouveauté...

Ce dix-huitième siècle mécréant a une `foi' illimitée en les `Lumières' de la Raison et une certitude absolue que rien ne résistera à sa conquête triomphante. Une grande `foi', un peu naïve cependant, qui croit que désormais vertu et science s'embrassent en vue du bonheur croissant de l'homme. Grâce au `progrès' des auto proclamées `Lumières'.
Cette dynamique de `progrès' au sens premier du mot, c'est-à-dire le refus de s'installer et la marche en avant vers la conquête d'une terre promise, où la trouver sinon dans la Bible?



A partir de l'interfécondation des acquis `thétiques' à partir de la révolution néolithique et des exposantes `antithétiques' de la révolution judéo-chrétienne naîtra, après une très longue gestation, un extraordinaire déploiement de croissance et d'accélération. Tout se passe comme si les 'mécanismes' néolithiques se mettaient à fonctionner de façon exponentielle. Substituts, désormais, de la Foi, de l'Espérance et de la Charité: la 'Science', le 'Progrès' et le 'Bien-être'.


Le système de nos euphories



Dans une perspective systémique, nous pouvons l'envisager ici comme une `boite noire'. Le `système de nos euphories' comprend tout ce que l'homme moderne a mis en œuvre en vue des progrès de son bien-être et de son mieux-être. Une totalité, donc, qui englobe interactivement les différents et multiples sous-systèmes (économique, épistémologique, pragmatique, idéologique, politique, culturel, pédagogique, social, etc.) qui la composent organiquement et dont le système `économique', au sens le plus large, constitue cependant la matérialité infrastructurelle et, souvent, le paradigme.

Un système où la production se boucle sur la consommation et la consommation sur la production. Tourne
en un sens la boucle du flux des biens et services et du travail. La production fournissant biens et services à la consommation; la consommation livrant du travail à la production. Tourne en sens inverse la boucle du flux de la monnaie. La consommation créée par la production; la production fournissant les moyens (salaires) pour la consommation.

Le système, d'autre part, comporte deux
réservoirs, celui du savoir et celui du capital. La réserve du savoir fournit à la production le savoir-faire et s'enrichit de sa recherche. Elle donne à la consommation l'éducation et bénéficie de sa création. La réserve du capital reçoit de la consommation son épargne et lui fournit un revenu. Elle investit dans la production et en capte les réserves.

Dans ce système les
régulateurs prennent une importance capitale. Les régulateurs des biens et services, du travail, du capital, du savoir. Ils peuvent fonctionner soit de façon plutôt `naturelle' (auto régulation du système selon les lois du système) soit de façon plutôt `volontariste' (atténuation ou correction de l'auto régulation par intervention de décisions humaines).


Système exponentiel

Est exponentielle une quantité qui traverse le temps, affectée d'un exposant croissant d'instant en instant. La `boule de neige' en est l'exemple parlant. La spirale qui, à chaque révolution, embrasse un espace plus grand, en est sans doute le symbole le plus pertinent.



 Le ‘progrès’ s’identifie à un gigantesque système exponentiel. Il s’agit du système de l’
ensemble du possible humain sensé croître exponentiellement. L’outil de la technique. La capacité industrielle. L’éducation des hommes. L’énergie créatrice. La connaissance scientifique. Le développement des arts et métiers. Le savoir encyclopédique. L’organisation politique. La masse d’information. La conscience morale...

Comment ne croîtrait-il pas
infiniment, ce système exponentiel du possible de l’homme ? Qu’est-ce qui pourrait arrêter son expansion ? Il est impensable qu’une limite quelle qu’elle soit menace un jour de le contenir. Impensable... Donc impossible ?







Fuite en avant


Où le fils prodigue va-t-il essayer de chercher son salut ? Loin de la maison du Père, clochard des plénitudes perdues, il lui reste à errer d’insatisfaction en insatisfaction, trouvant son bonheur dans la poursuite des mirages. C’est avec un religieux respect qu’il se met à appeler ‘Progrès’ la sacralisation de cette fuite en avant.
 

Fuite honteuse

Et si la fuite en avant que couvre l'euphémisme du `progrès' n'était que fuite honteuse ? Avec sa fausse mauvaise conscience qui choisit chaque fois l'explication qui ne le met en question que fictivement. Avec son mécanisme de défense contre l'angoisse de la réelle décision. Avec son réflexe manichéen de dissocier bien et mal en pure extériorité. Avec son réflexe infantile de toujours rejeter la faute sur l'autre...
A moins d'assumer son péché pour le retourner en grâce, l'homme, consciemment et beaucoup plus inconsciemment encore, ne peut qu'avoir honte. Une honte qui tend à supprimer l'autre qui nous fait honte. L'Autre... La `mort de Dieu'... Mais comme l'Autre ne peut mourir et que la honte persiste, il ne reste plus qu'à se supprimer soi-même. `Mort de l'homme'...

Piégés


C'est l'approche
systémique, et sans doute elle seule, qui met en lumière les pièges de nos euphories et décèle les raisons de leurs impossibilités. Trois concepts sont ici essentiels.
Englobant, englobé, limites. Tout système, en effet, se trouve toujours englobé dans un plus grand englobant qui marque ses limites incontournables.

Pourquoi ça ne marche pas

Eh bien ça marcherait
si... Si effectivement l’espace englobant du système exponentiel et les possibilités de cet espace étaient infinies. Si effectivement le système exponentiel pouvait fonctionner à l’infini, sans jamais rencontrer de limite. Tel n’est pas le cas.

Où l’on peut démontrer qu’il arrive aux ‘lumières’ de charrier d’épais obscurantismes... Mais il faut bien un jour sortir de la caverne. A l’intérieur de celle-ci, les idéologies du ‘progrès’ n’ont cessé d’aveugler les esprits au point qu’ils ne se sont jamais demandé:
quid du dehors de notre système ?

Ce n’est pas du
dedans que le système exponentiel de nos euphories est menacé. C’est du dehors. Car ce système se trouve irrémédiablement coincé dans la maison qui l’abrite. Dans cet ‘oïkos’ qui l’englobe. Dans son écosystème matériel déjà. Dans son écosystème spirituel surtout.


 


Il faut relire et relire encore la profession de foi d’un Trostsky, inébranlablement sûr des lendemains marxistes qui allaient chanter au rythme croissant du Progrès infini.
Nous n’avons pas la moindre raison scientifique d’assigner par avance des limites... Il n’y a donc pas la moindre raison scientifique d’en douter ! L’euphorie du progrès se déploie dans cet illimité sans lequel il est illusoire.

Or nous savons aujourd'hui que le progrès est piégé POUR DES RAISONS SCIENTIFIQUES !




 



Les ‘Lumières’ étaient singulièrement
aveugles sur les limites ! L’homme schizoïde se croyait sorcier; il n’était qu’apprenti. Il s’est illusionné sur l’infini. Se voulant maître et possesseur du
tout de la nature, il en vint à ne plus distinguer entre englobant et englobé, perdant ainsi la nécessaire différence entre l’intérieur et l’extérieur. Il ne voyait plus que les limites intérieures à dépasser et effectivement dépassables. Il ne voyait pas les limites extérieures, celles, réfractaires au dépassement, de son englobant. Bref, il ne voyait pas de limite aux possibles prouesses de son système d’outilité exponentielle. Jusqu’au moment où la réalité rappelle à ce système qu’il n’est qu’englobé et qu’il va se trouver coincé dans son englobant écosystème.

Impossibilité absolue

Une
limite à cette expansion croissante du progrès etait-elle même pensable ? Embrayée sur la croissance exponentielle de l'outil et portée par son euphorie, l'idéologie du Progrès se prenait pour l'absolu incontournable. Cela a duré trois siècles. Aujourd'hui la limite en fait le tour.

Entre l’
exponentialité du système d’outilité et l’homéostasie de son englobant écosystème. La démesure du système d’outilité exponentielle se heurte à son impossible absolu. Il est en effet absolument impossible qu’un système puisse fonctionner en infinie exponentialité dans un englobant aux possibilités incomparablement moins exponentielles. Inévitablement un tel système exponentiel ne fonctionne qu’en vue de son propre blocage.

Le possible physique de notre univers ne peut pas contenir une croissance quantitativement accumulative en ‘progrès’ infini. Le système d’outilité exponentielle est donc piégé irrémédiablement. Et piégées avec lui les idéologies qui ne cherchent d’espérance que dans le ‘progrès’. Déchirantes révisions du discours bien-portant de l’homme (bourgeois et occidental) bien-portant. Trois siècles à peine après ses premiers balbutiements ! L’impasse... Ce que nous appelons pudiquement la crise... Combien de temps l’homme peut-il s’aveugler dans la stupide fuite en avant ?





Le système fabricateur d'euphorie progressiste est fondamentalement 
ouvert. Il ne se ferme qu'en se coupant de de l'essentiel qui ne peut lui venir que de DEHORS. La schizoïdie n'a décidément pas fini de prendre la mesure de ses étroitesses.




Piégés

Dramatique inadéquation entre les nécessaires limites de l’
englobant et le refus des limites de l’englobé ! Ainsi donc il reste de plus en plus au système d’outilité exponentielle de prendre la mesure de sa démesure. Car cette démesure se heurte à son impossible absolu. Il est en effet absolument impossible qu’une ouverture exponentielle puisse fonctionner en infinie exponentialité dans un englobant aux possibilités incomparablement moins exponentielles. Inévitablement un tel système exponentiel fonctionne en vue de son propre blocage. Le possible physique de notre univers ne peut pas contenir une croissance quantitativement accumulative en ‘progrès’ infini. Le système d’outilité exponentielle est donc piégé. Comme sont piégées les possibilités de progrès et d’abondance à l’infini.






 


Il reste encore bien des illusions. Et, pour beaucoup d'esprits, l'évidence n'est pas encore évidente. C'est même incontestablement l'évidence la plus difficilement admissible par notre modernité. Comme si le mythe de la `lucidité' était le plus aveuglant de tous ! Les évidences, pourtant, se font criantes. Ainsi, la prétention moderne de “devenir maîtres et possesseurs de la nature" était logée et fonctionnait dans un système qui se prenait pour absolu. Mais, en fait, nous le découvrons aujourd'hui
englobé dans un plus large système qui ne peut que le relativiser.

Autre illusion mortifère. Nous avons cru que la dynamique du sens surgissait ex nihilo ou encore sortait de la cuisse de Jupiter par un simple tour de passe-passe intellectuel. Nous découvrons de plus en plus - le paradigme de notre écosystème matériel nous éclairant - que nos possibilités tiennent d'une plus
englobante donation de sens.

Nous vivons dans l'illusion d'un `ouvert' grandissant que nous ne cessons de nous octroyer à nous-mêmes. Voyez la `liberté'. Sans règle. Sans contrainte. Sans bornes. Sans `maison'... Clocharde. `Ouverte' simplement pour la satisfaction d'elle-même et finalement pour rien d'autre qu'une profonde frustration. En nous bouclant sur notre possible clos sur lui-même, nous nous bouclons dans l'absurde. C'est en ouvrant l'espace de l'humain à l'infini de Dieu que s'ouvre grand un espace pour l'espérance.

Ici l'impossible
Démon de Maxwell doit céder sa place à l'Ange de la grâce.






Nos euphories piégées


La foi au progrès est la croyance cardinale de la modernité. Cette croyance engendre le `progressisme'. Une attitude à la fois intellectuelle, sentimentale et pratique qui puise l'essentiel de ses énergies dans cette croyance. En ce sens le progressisme n'est ni de `droite' ni de `gauche'.

Que pratiquement la seule forme de mécréance non tolérée par la modernité soit justement celle qui met en question cette croyance au progrès prouve bien où s'est réfugié le croyable disponible, où se jouent les sacralisations et où s'accumulent les surcharges valorisantes.

Au risque de pécher contre l'idéologie dominante, il faut savoir refuser les interdits à la lucidité. Mais déjà, obscurément, notre modernité ne pressent-elle pas que ce péché ne sera pas indéfiniment mortel ? Puisque déjà elle commence à faire l'expérience que son sacro-saint `progressisme' est irrémédiablement piégé.

Les lendemains ne chantent plus...

 




La rondeur du plein a horreur de la béance. Nos euphories, cependant, n’arrivent pas à se boucler sans elle. Le refus de l’Autre entretient la clôture en son illusion tautologique. C’est ainsi que toutes les idéologies de la ‘mort de Dieu’ se persuadent mêmement que le spécifique judéo-chrétien, avec son profond sens des ‘béances’, n’est qu’accidentelle malformation de l’immanence. Il faut avouer cependant que c’est une ‘maladie’ qui se moque singulièrement de ses médicastres. Parce qu’elle est la première à savoir qu’elle est en même temps pour la mort et pour la résurrection.