Espace de la Parole

 

La différence pertinente de l’humain, sa différence spécifique d’avec tout le reste de l’être et identifie l'homme, c’est le logos. Par lui l’humain se trouve inlassablement exposé 'hors de'. Entraîné dans une aventure jamais finie. Verbe méta-phore qui porte infiniment au-delà.


L'éternel silence rompu

Que serait le simple donné naturel, que serait l’être du monde, s’il restait prisonnier du silence ? Accéder à la parole c’est d’abord rompre l’éternel silence du monde. Et l’émergence de l’homme signifie cette rupture. Avec lui tout se met à parler. Et tout en lui, geste, main, regard, posture, attitude, démarche, rythme, devient “parlant”.

Du "ça ne veut rien dire" au "vouloir dire". Lorsque fait irruption la parole. La parole... Existe-t-il une seule possibilité qui ne l’implique pas ? Sans elle, que resterait-il de la pensée ? Et de l’imagination ? Et de la perception ? Et du sentiment ?

Sans la parole... On peut essayer d’imaginer, à la limite – à l’extrême de la limite ! – un silence éternel et absolu. Mais c’est encore, c’est toujours, un silence qui parle ! Et s’il se taisait ? Alors plus rien... rien... rien... Même pas les points de suspension !

Si n’était pas la parole... Ce conditionnel est lourd d’absurde. Mais sans la parole l’absurde lui-même n’aurait pas de sens. Rien n’aurait de sens. Bien moins, rien n’existerait. Que serait en effet l’être immergé dans un silence impénétrable ? Rien ne serait. Même pas le néant puisque le néant lui-même a encore besoin de se dire.


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Déjà est la parole

Toujours, déjà, est la parole. Il est impossible de contourner son en-deçà. Avant elle il y a le 'rien' du néant. Avec elle surgit l'être. Dans l'étreinte de l'ontos et du logos. En archè est le Verbe.

L’homme parle. Il dit et se dit à travers ce dire. L’humain est création du verbe. En même temps le verbe est création humaine. Le cercle n’est vicieux que dans le monologue.


Parler

Parler, c’est faire être une présence à travers son absence. Parler c’est manifester du sens à travers des signes. Le signe est essentiellement une chose ouverte à son autre. Symbole au sens premier du mot. Le signe n’est pas par lui-même, dans sa clôture. Il n’est que dans et par l’intention de signifier. Lieu-tenant de l’autre. En son absence. Parler c’est traduire intentionnellement des significations. Articuler du possible signifiant pour signifier. Articuler, désarticuler, réarticuler le sens à travers les médiations spatio-temporelles.


L'infinie traversée du champ symbolique

Parler c’est traverser infiniment le champ symbolique. Le langage est l’in-finie outilité de cette traversée.

L’animal n’accède pas vraiment au langage parce que le signe ne peut pas se libérer. Il reste prisonnier de la chose, de la situation, des liens... L’homme parle dans la rupture des liens et dans l’exode d’un monde bouclé en son même.

Qu’est-ce que penser sinon parler. Se parler à soi-même. Instaurer un débat silencieux. Cette parole intérieure ne peut pas ne pas vouloir entrer en dialogue avec d’autres paroles intérieures.