Espace de l’accord



La vérité

La vérité est
accord. Accord de l’esprit avec lui-même. Accord de l’esprit avec l’autre que lui-même. Accord des esprits entre eux. Accord de ces accords. Ces accords, loin d’être ‘donnés’, se conquièrent. La vérité est au bout de cette indéfinie conquête.

La vérité est donc à la fois exigence et conquête d’accord. En tant qu’exigence elle
est, idéalement, sans être encore, effectivement. En tant que conquête elle est devenir, dépassement de ce qui n’est pas encore vers ce qui exige d’être. Mouvement de totalisation vers des totalités de plus en plus larges.


L'erreur

L’erreur, en tant que non-vérité, ne peut se définir que
par antithèse par rapport à la vérité. Il faut porter en soi l’idée de vérité, l’exigence de vérité, pour que devienne possible l’expérience de l’erreur. Le monde de l’animal ignore cette tension antithétique entre erreur et vérité. Chez l’animal il ne peut y avoir qu’accord ou désaccord purement opératoire entre ses tendances et l’objet de ces tendances. L’accord se réalise par un ajustement et un réajustement de type purement pragmatique selon des structures stéréotypées simplement données par la nature et par sa nature.

Lorsque deux affirmations se contredisent, nous savons qu’au moins l’une des deux doit être fausse. Synchroniquement et statiquement sans doute. Dynamiquement et diachroniquement cependant les deux peuvent porter des promesses d’accord supérieur. Le désaccord peut ne pas être figé. Il peut être moment de conquête de la vérité. Il peut être fécond.

L'erreur est dans la
clôture. Notamment dans un accord prématuré ou partiel. Vérité partielle et momentanée qui s’érige abusivement en vérité absolue. Totalisation hâtive qui épouse le moment de la vérité en en arrêtant le mouvement. Au fond c’est une vérité qui n’a pas le courage d’aller au bout d’elle-même, une vérité qui se clôt prématurément sur elle-même, une vérité qui s’installe...

L’erreur devient maximale lorsqu’elle se trompe d’
englobant et qu'on décide prématurément de fallacieux 'horizons indépassables'. L’erreur, par exemple, des cavernicoles de l’allégorie platonicienne. L’homme ne peut pas ne pas penser à l’intérieur de totalités. Chaque science se donne une totalité, à savoir un objet, une méthode. L’ensemble des sciences se donne une totalité, à savoir l’espace logico-matériel. Mais quid de la totalité ? L’englobant de nos englobants ? L’accord de nos accords ?


En exode vers la vérité

Si la vérité ne peut être ultimement que dans l'accord des accords, pouvons-nous espérer l'atteindre entière de façon absolue ? Nouer l'accord à l'extérieur d'une sphère peut être difficile. Cela dépend de sa taille et de sa complexité. Mais une telle tâche reste sectorielle. Elle n'est pas principiellement impossible. Ainsi l'aventure de l'esprit humain ne cesse de nouer progressivement des accords à l'intérieur de domaines de plus en plus larges.

Que dire cependant de la sphère elle-même ? Lorsqu'il n'est plus simplement question de contenus mais de contenants ou d'englobants. L'
extérieur de la sphère en quelque sorte. Sa grandeur. Son étendue. Sa délimitation. Sa situation par rapport à d'autres sphères. La détermination de l'ensemble régional dans lequel elle se situe. Le niveau de son englobement et de sa capacité d'englober. Son degré de relativité ou d'absolu par rapport à la totalité.

Et que dire de l'englobant des englobants ? L'englobant ultime ne reste-t-il pas infiniment
question infiniment ouverte ? Question pro-vocatrice de l'extrême engagement d'authentique humanité.

L’homme est en exode vers la vérité qu’il doit infiniment conquérir. A travers sa différence, à travers l’errance, à travers ce défi permanent que sont désaccord et contradictions sans lesquels l’homme ne penserait pas, la pensée doit conquérir l’accord avec elle-même et avec l’autre qu’elle-même.