Intelligence du système



Il s’agit aussi d’une nouvelle façon de penser et d’agir qui se déploie dans un nouvel espace épistémologique et pragmatique. En rupture d’une certaine façon avec Descartes. Mais sans faire l’économie de l’analyse cartésienne, sans laquelle elle serait impossible. Il s’agit plutôt du dépassement dialectique d’une intelligibilité trop unidimensionnelle.

Revanche du tout sur la partie et du tout organiquement interactif sur le tout structural. Revanche du vivant sur la mécanique. De tout le vivant non seulement biologique mais aussi économique, politique, social, culturel...


Approche systémique

L’approche systémique se caractérise par la saisie organique d’ensembles en tant qu’ensembles en interaction. Alors que la structure est immédiatement intelligible en elle-même, par simple analyse, le système, lui, prend son intelligibilité dans son fonctionnement dynamiquement interactif. Le modèle archétypique de l’intelligibilité de la structure est le cristal dans sa géométrie chimique. Celui du système est le vivant en interaction avec l’ensemble de la vie, avec l’ensemble de son écosystème, avec l’ensemble du cosmos.

L’approche systémique tient nécessairement compte de la
complexité des interactions. Donc de la grande multiplicité et de la grande variété des éléments, des liaisons, des interactions non-linéaires et de l’organisation en niveaux hiérarchiquement intégrés.

La complexité des interactions d’un monde que nous découvrons de plus en plus complexe est telle, aujourd’hui, qu’elle risque de dérouter l’intelligence. La forêt ne se voit plus. Cachée par les arbres. Embrasser le tout de notre complexité avec ses interactions multiples appelle un nouvel outil d’intelligibilité. L’épistémé moderne nous l’offre. Il permet de comprendre le tout sans nécessairement devoir comprendre la complexité interne de chaque partie. Il suffit de la traiter comme une ‘boîte noire’. Cette intelligibilité est dite systémique. Il faut brièvement en souligner ici l’essentiel.

Faut-il le répéter ? Il s’agit de ne pas confondre ‘systémique’ avec ‘systématique’ ! Car cette intelligibilité ne part pas d’un ‘système’ et n’est pas dépendante du contenu interne d’un système. Par contre, elle appréhende les systèmes, tout système, en tant que système.


Système

Nous savons aujourd’hui que tout fonctionne comme système, et l’ensemble comme interaction systémique, selon une logique spécifique des systèmes. L’approche systémique se caractérise par la saisie organique d’ensembles en tant qu’
ensembles en interaction. La ‘structure’ est immédiatement intelligible en elle-même, on pourrait dire en sa clôture. Le ‘système’, lui, prend son intelligibilité dans son fonctionnement dynamiquement interactif, sous le signe de l’ouvert.

Ce qui d’un ensemble fait fondamentalement un système, c’est son
organisation. Le système ne se comprend pas à partir de ses éléments constitutifs, ni des liaisons entre ces éléments, ni même des interactions entre ces liaisons, mais essentiellement en fonction de ses spécificités organisationnelles. C’est en tant qu’organisé, et en tant qu’organisé seulement, que le système est rebelle à la réduction en ses éléments et transcende la juxtaposition quantitative de la multiplicité et de la diversité qui le compose.

Dans cette unité complexe organisée le tout est toujours plus que la somme des parties, l’organisation leur conférant en quelque sorte un supplément d’être, de fonctionnement et d’action incommensurable aux parties seules. Mais déjà la partie y est plus que la partie. Le tout organisé est émergence nouvelle.

Le système ne renvoie pas à la partie élémentaire. Le système renvoie au système. Il y a comme un
emboîtement interactif des systèmes des plus petits aux plus grands. Entre le plus petit micro-système possible et la totalité du macro-système cosmique, ‘un’ système est chaque fois un ensemble qui fonctionne à partir d’autres ensembles dans un plus grand ensemble. Ainsi la nature: une solidarité de systèmes enchevêtrés, un tout polysystémique.

Le système en tant que système n’est clos qu’à la limite. Limite inférieure de la simple structure. Limite supérieure de la totalité. Entre les deux, c’est l’ouverture qui caractérise le système.

Un système n’est clos que dans son ‘isolement’, dans son insularité factice d’abstraction. Mal toujours nécessaire puisque pour pouvoir être étudié et compris, ‘un’ système, quel que soit son niveau d’intégration dans la totalité systémique et son degré de possible relative autonomie, doit être abstrait de cette totalité et considéré en lui-même, pour ainsi dire dans sa ‘clôture’.

L’intelligibilité d’un système passe nécessairement par là et, partant, exige un supplément d’intelligence qui commande de faire en même temps abstraction de cette méthodologique ‘clôture’.