Ecosystème



L’écosystème est le système des systèmes. L’habitacle total englobant l’incroyable multiplicité et diversité des systèmes dans leur emboîtement interactif. La ‘maison’ – oikos en grec – qui loge tous les systèmes de notre terre en unité interdépendante et en interaction. L’écosystème.

Le principe de fonctionnement de cette gigantesque complexité n’est pas plus difficile à saisir que celui du plus élémentaire des systèmes. Là encore il suffit de connaître la fonction, les entrées et les sorties. Sa fonction = vivre. Ses entrées et ses sorties: la ‘source chaude’ et le ‘puits froid’ de la différence de potentiel de ses flux énergétiques. Avec, à sa frontière, un peu en aval et en amont de la source chaude et du puits froid, les réservoirs, les accumulateurs et les possibilités de recyclage.

Ne sommes-nous pas aujourd’hui, plus que jamais, outillés pour comprendre le fonctionnement des ‘systèmes’ en tant que systèmes ? Ne savons-nous pas que rien ne ‘tourne’ sans différence de potentiel et que toute vie n’est qu’entre une ‘source chaude’ d’apport d’énergie et un ‘puits froid’ de déperdition d’énergie ? Les différents systèmes s’emboîtent, chaque fois intégrés dans un système plus englobant. Chaque système accapare des flux positifs et rejette des flux négatifs. La différence se solde toujours négativement. Un système englobé ne peut tourner que sur des réserves et des possibilités de recyclage de son système englobant. Un système ne peut donc fonctionner en clôture que jusqu’à un certain point. En va-t-il différemment du système des systèmes, de notre écosystème ?


Paradigme: l’écosystème de la biosphère.

Toute vie sur terre repose sur le fonctionnement présent ou passé de l’écosystème. Ainsi, grâce à son fonctionnement, les réservoirs ne sont jamais vides et permettent au système vivant de tourner en lui fournissant les réserves disponibles et utilisables. Réservoirs des éléments de la vie (spécialement les six éléments de base que sont C, H, O, N, S et P). Réservoirs de l’atmosphère (N2, O2, SO2, CO2). Réservoirs de l’hydrosphère (ions solubles). Réservoirs de la biomasse (molécules organiques). Réservoirs des sédiments (sels cristallisés, carbonates, nitrates, sulfates, phosphates). D’autre part, grâce aux cycles biologiques – cycle de l’azote, cycle du souffre, cycle du phosphore, etc. – les éléments se trouvent continuellement recyclés et régénérés.

L’ensemble de l’écosystème fonctionne comme une merveille d’ingéniosité. Ainsi, un exemple parmi tant d’autres, la concentration importante dans les océans d’ions carbonates permet de maintenir constante dans l’atmosphère la concentration de gaz carbonique, matière première de fabrication, par photosynthèse, de matière organique.

L’écosystème est clos par rapport aux
éléments. C’est dire qu’il fonctionne avec une quantité finie de possibilités matérielles. L’écosystème doit équilibrer son bilan. Par contre il est ouvert par rapport à l’énergie. Entre source chaude de l’énergie résiduelle du ‘Big Bang’ et puits froid du ‘Fond Noir’ de l’espace il y a une différence de potentiel. C’est elle qui fait fonctionner l’écosystème. A l’entrée il y a l’énergie reçue par le soleil, par la gravité et par l’énergie interne du globe. A la sortie il y a l’énergie dégradée en chaleur irrécupérable. Entre les deux, l’énergie utilisée. Les processus géologiques, biologiques et climatologiques fonctionnent dans l’interaction systémique de l’atmosphère, de l’hydrosphère, de la lithosphère et de la biosphère.

Le flux d’énergie est irréversible mais inépuisable (jusqu’à la fin du monde !). Par contre, les éléments chimiques sont en nombre fini et leur recyclage est limité par le temps. Le recyclage est la base du fonctionnement de l’écosystème et de la régulation de son équilibre. Grâce à ce principe d’économie une quantité finie de matière est destinée à un renouvellement indéfini et à une créativité sans fin. En d’autres termes, l’écosystème s’interdit toute ‘folie’.

N’est-il pas remarquable, par exemple, comment se répartit cette ‘économie’ entre les différentes sortes de vivants que sont les producteurs, les consommateurs et les décomposeurs ? Les
producteurs fabriquent de la matière vivante grâce à la photosynthèse (énergie radiante du soleil + CO2). Ils fournissent aliments et oxygène aux consommateurs et en reçoivent des éléments minéraux et du CO2. Les consommateurs – au premier degré, c’est-à-dire les herbivores et au second degré, c’est-à-dire les carnivores – vivent par oxydation des produits des producteurs et dégagent de la chaleur irrécupérable. Les décomposeurs sont des micro-organismes au rôle écologique essentiel; ce sont en effet eux qui recyclent les éléments minéraux des déchets aussi bien des consommateurs que des producteurs, pour les rendre aux producteurs. Les boucles se bouclent en bouclant la grande boucle de la production-consommation de matière vivante... L’énergie est utilisée jusqu’à la dernière ‘miette’. De la matière élaborée rien n’est perdu !

La biosphère fonctionne en interaction avec les grands réservoirs dynamiques que sont l’atmosphère, l’hydrosphère et la lithosphère. La régulation interactive entre les différentes ‘sphères’ est d’une incroyable complexité. Les régulateurs jouent à des rythmes très variables. Les grands réservoirs limitent les variations brusques grâce à leur ‘effet tampon’. Tout concourt à l’équilibre homéostatique du système.


Ecologie...

Le logos dans l’oïkos. C’est-à-dire la raison invitée en notre maison. Elle vient lorsque nous prenons conscience que nos puits sont obstrués et nos sources polluées. Elle vient lorsque les flux énergétiques se font insuffisants et que les réservoirs se vident. Elle vient lorsque les éboueurs ne suffisent plus à la tâche. Elle vient lorsque nous nous sentons vivre au-dessus des possibilités d’approvisionnement et de recyclage de notre terre.

Elle vient et nous force à réfléchir sur nos clôtures et nos ouvertures. Elle vient dissiper nos illusions. Elle vient nous faire prendre conscience des frontières et des limites. Elle vient nous rappeler que le ‘dedans’ n’est possible que par le ‘dehors’. Elle vient briser nos chaînes et nous presser à sortir de la caverne.