Le sens et les dérives



Le sens se conçoit par opposition à ses contraires: l’absurde, la déraison, l’insensé, la folie, l’aberrant, le dément, l’inepte... Innombrables peuvent en être les dérives.

Où les humains ne vont-ils pas chercher le sens ? Pourquoi sur la scène du monde les grands ‘pourquoi’ sont-ils si absents et pourquoi le futile occupe-t-il si largement l’espace de la scène ?

Il y a le sens de la
caverne. Celui qui sait tout et ne veut pas connaître la possible sortie.

Il y a le sens
enfermé. Dont l’absurde culmine lorsque les cavernicoles veulent ‘désaliéner’ les autres sans se rendre compte qu’une telle prétendue désaliénation ne joue que dans les limites d’une aliénation préalable.

Il y a le sens qui se fige dans la
clôture idéologique, la subissant comme ‘horizon indépassable’ ou ‘absolu’ incontournable.

Il y a le sens
obscurantiste. Celui qui refuse de voir clair sur son enfermement. Celui qui méprise autant la lucidité que l’audace intellectuelle ou spirituelle.

Il y a le sens des ‘
maîtres penseurs’. Le sens alibi qui fait l’économie de la réflexion.

Le sens peut être en
débandade, paniqué par un néant de référentiel.

Il y a les
succédanés du sens. Le sens pacotille du train-train quotidien. Le sens du métro-boulot-dodo. Le sens des horizons convenus. Le sens de l’habitude ou de la paresse...

Il y a le sens qu’on cherche dans l
’avoir, l’accumulation de l’avoir ou les cotations à la bourse.

Il y a le sens ‘
mini’. Rétréci au ‘vivre’ élémentaire et au ‘survivre’ sans problèmes.

Il y a le sens
mercenaire. Le sens fait ‘pour’. Pour de l’argent... Pour tant et tant d’autres choses...

Il y a le sens
utilitaire. Le sens factice. Le sens fabriqué.

Il y a le sens
anonyme du ‘on’. Le sens qui se veut sortable et sauver la face. Celui des façades. Celui des étiquettes. Celui des modes...

Il y a le sens que procurent le
divertissement, la fuite en avant, les paradis artificiels...

Il y a le sens qui se cherche dans le
paraître, les façades à ravaler ou la chirurgie esthétique.

Il y a le sens que se donne la
passion du joueur, du spéculateur, du collectionneur...

Il y a le sens
futile trouvé dans les états d’âme du moment, le ‘croustillant’ de l’heure ou le scandale du jour.

Il y a le sens de la ‘
passion absurde’. Celui qui se complaît dans la certitude que la quête du sens reste à jamais illusoire.

Il y a le sens du ‘
malin génie’ qui joue à l’infini avec le dubitable et l’indubitable.

Il y a le sens de la fuite dans l
’imaginaire. Celui de la création sur-réelle, sans doute. Mais aussi celui des rêveurs, des insatisfaits, des ratés, des déçus, des drogués...

Il y a le sens du
culte. Envers la star, le gourou, le leader, le dictateur, le maître penseur... Une fois l’objet du culte disparu, reste le suicide !

Il y a le sens du
sulfureux. Celui qui se cherche dans les satanismes ou autres occultismes.

Il y a le sens
pathologique qui aime se vautrer dans le trouble voire la coprophagie.

Il y a le sens
excessif qui se complaît à couper les ponts et à se jeter tête perdue contre les moulins à vent.

Il y a le sens
résonnant des ‘haut-parleurs’ de ce monde.

Il y a le sens
déliquescent...

Il y a le sens
détourné...