Entre Source chaude et Puits froid



Le sens en général, chaque sens particulier, fils de la différence, fonctionne entre une source chaude et un puits froid. Sa dynamique est fonction de cette différence de potentiel. Plus elle est grande, plus le sens est pertinent.


I-D-11.jpg

Une grande philosophie, par exemple, est celle dont les concepts essentiels fonctionnent sur une différence de potentiel importante. Il en va de même pour les religions, les systèmes de salut, les projets politiques, etc.

La source chaude se situe face au puits froid comme le plein face au vide, le haut face au bas, le positif face au négatif. Elle est de l’ordre de la
néguentropie face à l’entropie. En fait il s’agit de concepts dialectiquement antithétiques. La source chaude n’est qu’en face d’un puits froid. Le puits froid n’est qu’en face d’une source chaude. Il restera à expliciter ce qu’est concrètement la source chaude et le puits froid de l’énergie spirituelle de l’humain et comment joue le face-à-face de l’entropie et de la néguentropie.

Le puits froid du sens n’est pas ‘négatif’ de façon absolue. Que serait la vie de l’esprit, par exemple, s’il n’y avait pas de questions ? Et que serait une question qui ne reposerait pas sur un vide, en l’occurrence un vide de savoir, une ignorance ? La dynamique de la recherche et de la connaissance ont autant besoin d’un vide que d’un plein. Il n’en va pas autrement avec le moteur de l’action humaine qui ne tournerait pas sans le désir. Mais qu’est fondamentalement le désir sinon un manque qui appelle un plein ?


Dis-moi ton puits froid et je te dirai la force qui t’habite.

Par la suite, notamment lorsqu’il sera question de ‘béance’, nous aurons à revenir de façon approfondie sur l’étonnante valeur du puits froid pour la compréhension et la réalisation de l’essentiel humain.

A propos de l’allégorie de la caverne une question reste ouverte. D’où le prisonnier – celui qui le premier osa – pouvait-il tirer l’énergie spirituelle capable d’imaginer et de réaliser sa libération, étant lui-même puits froid entièrement immergé dans ce puits froid qu’est la caverne ? A moins qu'il y ait, comme le pense Platon, une anamnèse.

Se pose aussi la question de la
décadence. Ces civilisations qui meurent... Ces ‘lendemains qui chantent’ et qui finissent par déchanter... Ces déperditions de pertinence dans mille et un domaines... Pourquoi le sens meurt-il ? La réponse est obvie. Le sens meurt lorsque l’énergie se dégrade par manque de différence de potentiel. Très concrètement, lorsque les défis ne sont plus relevés.

Mortelles in-différences !