Puits froid du sens



C’est l’entropie qui ébranle éros en son euphorie et le système en ses certitudes. Au fur et à mesure que la pollution sémantique obscurcit la lumière à sa source, au fur et à mesure que les réserves de sens s’épuisent et que les accumulateurs se déchargent, l’exponentiel système de production et de consommation de signifiant et de signifié se grippe. Il fait malgré lui l’expérience des limites. Il prend obscurément conscience d’un grand enfermement. L’exponentielle démesure du possible de l’homme se voit piégée. Les idéologies de la modernité sont acculées à la faillite.

Il reste encore bien des illusions. Et, pour beaucoup d’esprits, l’évidence n’est pas encore évidente. C’est même incontestablement l’évidence la plus difficilement admissible par la modernité. Comme si le mythe de la ‘lucidité’ était le plus aveuglant de tous !

Les évidences, pourtant, se font criantes. Ainsi, la prétention moderne de “devenir maîtres et possesseurs de la nature" était logée et fonctionnait dans un système qui se prenait pour absolu. Mais, en fait, nous le découvrons aujourd’hui
englobé dans un plus large système qui ne peut que le relativiser.

Autre illusion mortifère. Nous avons cru que la dynamique du sens surgissait ex nihilo ou encore sortait de la cuisse de Jupiter par un simple tour de passe-passe intellectuel. Nous découvrons de plus en plus – le paradigme de notre écosystème matériel nous éclairant – que nos possibilités tiennent d’une plus
englobante donation de sens.

L’allégorie de la Caverne dit l’essentiel. L’authentique humain ne peut pas confondre son ‘oïkos’ avec la caverne. En clôture l’énergie spirituelle d’authentique humanité ne peut que succomber à l’entropie et se dégrader.

Nous vivons dans l’illusion d’un ‘ouvert’ grandissant que nous ne cessons de nous octroyer à nous-mêmes. Voyez la ‘liberté’. Sans règle. Sans contrainte. Sans bornes. Sans ‘maison’... Clocharde. ‘Ouverte’ simplement pour la satisfaction d’elle-même et finalement pour rien d’autre qu’une profonde frustration.

En nous bouclant sur notre possible clos sur lui-même, nous nous bouclons dans l’absurde. C’est en ouvrant l’espace de l’humain à l’infini de Dieu que s’ouvre grand un espace pour l’espérance.

Ici l’impossible
Démon de Maxwell doit céder sa place à l’Ange de la grâce.