Le souffle vient à nous manquer



Place à l’homme ! Le cri du cœur de nos audaces. Cela a commencé par un innocent balbutiement voici neuf siècles. Cela s’est amplifié en tonitruante revendication. C’est avec violence que nous nous sommes mis à chasser l’Esprit de Dieu, le Souffle de Dieu, de notre espace. Croyant respirer plus librement. Jusqu’au moment où nous sentons le souffle nous manquer.

Jamais autant qu’aujourd’hui risquions-nous l’asphixie spirituelle. Pourtant n’a-t-il jamais existé une civilisation aussi riche en productions culturelles que la nôtre ? Certes. Mais il manque à cette prolifération de sens ‘constitué’ un espace ouvert à sa démesure. Il lui manque le sens ‘constituant’.


Le sens qui donne sens

Le sens qui proteste contre l’absurde. Le sens qui résiste au non-sens. Le sens qui ouvre les horizons. Le sens qui met en perspective. Le sens qui rassemble ce qui est dispersé et disperse ce qui s’agglutine. Le sens qui libère les ‘pourquoi ?’ de l’angoisse. Le sens qui affecte d’un ‘plus’ le verbe être. Le sens qui crève les cercles vicieux. Le sens qui fait que les raisons se tiennent et s’entretiennent. Le sens qui lit entre les lignes. Le sens qui met en transparence. Le sens qui ne perd pas l’humour.

Le sens est plus fragile que l’air. Et plus vulnérable. Enfermé, il se vicie rapidement. Nous le soufflons dans la ‘bulle’ de notre immanence. Nous condamnant ainsi à ne respirer que l’air pollué de nos propres expirations.

Nous perdons le sens au point de nous complaire dans le sens insensé. Voyez nos ‘Maîtres Penseurs’ qui se battent à occuper si verbeusement l’avant-scène de notre caverne... Il y a les trompettistes des prétendus ‘lendemains qui chantent’ et qui ne font que déchanter ! Il y a les vertueux dénonciateurs de l’opium du peuple dont le peuple, bien vite, se met à dénoncer l’opium ! Il y a les sentencieux qui prennent la myopie de leurs visions pour le dernier mot de l’histoire. Il y a les petits esprits qui ne doutent pas des ‘horizons indépassables’ de leurs étroitesses. Il y a les éboueurs des ‘poubelles de l’histoire’ qui ne finissent pas de vider les poubelles. Il y a les charlatans habiles à vous déclarer malades de complexes mythiques pour vous vendre leurs placebos. Il y a les coprophages...


C’est lorsque l’air empeste que nous pensons à ouvrir nos fenêtres

C’est lorsque le souffle vient à manquer que nous nous souvenons qu’il y a un dehors. C’est lorsque nous étouffons sous les déchets que nous vient l’idée d’une écologie.

Aujourd’hui, plus que jamais, urge quelque chose comme une écologie du souffle.
Les réalités spirituelles se comprennent à travers le paradigme des réalités naturelles et matérielles. Il faut commencer par réfléchir sur ce qu’est un écosystème et comment il est menacé de mort lorsque lui est refusée l’ouverture.