Prodigues du sens



Nous qui, désertant la maison du Père, nous voulions maîtres de l’universel, nous nous sommes retrouvés clochards des insignifiances. Jusqu’où faudra-t-il traîner nos faméliques illusions pour, à nouveau, être touchés par la nostalgie des espaces paternels ?

Combien de temps encore le fils prodigue de la modernité voudra-t-il garder les cochons avant de retrouver le chemin vers la maison du Père ? D’abord, sans doute, lui faut-il trouver le chemin de l’
anamnèse. Et le cri profond de la nostalgie.


Quelles richesses n’avons-nous pas ainsi gaspillées ?

Prodigues du sens... D’où, en effet, pouvait nous venir la dynamique derrière notre aventure exponentielle ? D’où pouvait nous venir la foi en une montée infinie ? D’où pouvait nous venir cette passion de l’aventure et du risque ? Sinon des exposantes paternelles ? En cet Occident où s’étreignent, fécondes, depuis leur première rencontre, les extrêmes différences païennes et judéo-chrétiennes, quelle accumulation de sens n’avons-nous pas réalisée ?

Ces prodigieuses
réserves d’énergie spirituelle rassemblées au cours de l’aventure chrétienne occidentale par de longues générations de foi, de prière, de contemplation, de charité, de travail, de sacrifice, de réflexion, de création, de construction... Grâce à cette surabondance d’énergie spirituelle, il n’y a rien que nous n’osions entreprendre. Croyant trop facilement le sens infiniment disponible, nous nous laissions aller, insouciants et euphoriques, à le gaspiller toujours plus allègrement. Tel le fils prodigue, nous avons gaspillé l’héritage paternel.


Urgence

C’est lorsque l’air empeste que nous pensons à ouvrir nos fenêtres. C’est lorsque le souffle vient à manquer que nous nous souvenons qu’il y a un dehors. C’est lorsque nous étouffons sous les déchets que nous vient l’idée d’une écologie.

Il y a urgence. Comment, aujourd’hui, réconcilier l’humain avec le sens total ? Est-ce tâche impossible ?
Il faut incontestablement commencer par une prise de conscience. Et cette prise de conscience devrait devenir collective. Or une telle prise de conscience va complètement à l’encontre de l’esprit du temps. Elle va à l’encontre des tenants des avant-scènes. Elle va à l’encontre du consensus mimétique. Contre elle jouent ces puissants mécanismes démissionnaires qui, phénomène de ‘boule de neige’, agglutinant mille innocentes démissions juxtaposées, provoquent les démissions en chaîne et, finalement, s’installent en démissions institutionnalisées.