Péché contre l’écologie



Cela commençait bien avant les révolutions industrielles. Descartes promettant à l’homme de devenir ‘maître et possesseur de la nature’ ! Et longtemps avant lui , déjà vers l’an 1100, le ‘nominalisme’ naissant appelant l’homme à se faire maître et possesseur du sens.

Nous nous sommes mis à développer l’outil avec frénésie. L’outil intellectuel et l’outil matériel en féconde interaction. Une mécanique qui grossit et s’emballe de façon exponentielle, gourmande de plus en plus de matières et d’énergies et produisant de plus en plus de ‘bien-être’.

Cet outil se faisait vecteur de nos euphories. La foi au ‘progrès’, la foi au progrès exponentiel, la foi au progrès infini, devenait notre nouveau Credo, inspirant les plus folles idéologies des progressismes de droite et de gauche.

Nous ne l’avons pas chanté longtemps, cet hymne à la gloire de notre possible infini. Très vite nous avons déchanté ! Pris au piège. Coincés par nos finitudes et nos impossibles. Affolés tel l’apprenti-sorcier ayant découvert la puissance de Prométhée en oubliant les limites de son possible.


Nous avons péché

N’avons-nous pas
péché contre l’intelligence ? Nous pensions nos horizons illimités. Nous avons cru que tout était possible. Nous avons déclaré ‘indépassable’ l’horizon de nos idéologies. Nous n’avons pas fini de mesurer l’étroitesse de notre pensée et des petites lueurs de nos lumignons que nous prenions pour les ‘Lumières’.

N’avons-nous pas
péché contre la logique ? Comment faire fonctionner exponentiellement une dynamique infinie – le ‘progrès’, tels que nous l’imaginions – à l’intérieur d’un espace fini ?

N’avons-nous pas
péché contre la ‘maison’ ? Si vaste soit-elle, il n’est pas possible d’y donner cours à toutes les folies. Nous découvrons que notre monde n’est pas infini, que la nature ne se laisse pas violer impunément et que notre ‘maison’ est sacrée.

N’avons-nous pas
péché contre les générations futures ? Gaspillant les précieuses réserves qui leur appartiennent aussi et les encombrant de nos déchets.

N’avons-nous pas
péché contre la ‘famille’ humaine ? La machine de notre bonheur n’a tourné que pour quelques privilégiés, ‘au nez’ de et souvent ‘sur le dos’ des quatre cinquièmes sous-développés de l’humanité.

N’avons-nous pas
péché contre la Source chaude et le Puits froid ? Insouciants des lois de l’énergie et de l’incontournable entropie de tout système clos.


Péché contre l'Esprit

Le péché contre l’écologie est identiquement péché contre l’Esprit. Car péché contre la
vérité de notre condition humaine. Ce péché se confond avec le péché du monde. C’est par péché que la nature se constitue en autonomie opposée à la grâce. Lorsqu’elle se boucle sur elle-même et qu’elle résiste à la transparence. Lorsqu’elle refuse de se laisser transfigurer par la gloire des enfants de Dieu qui doit se révéler à travers elle. Lorsque l’humain se laisse prendre aux mirages de l’originel tentateur. Rompez la grande Alliance. Prenez votre autonomie. Bouclez votre monde sur lui-même. Devenez ‘maîtres et possesseurs’ de vos possibles. ‘Vous serez comme des dieux !’.

L’histoire, depuis, ne cesse de se le répéter à elle-même. Et cette redondance donne la clé de bien des mystères de notre état. Oublier les conditions de possibilité de nos possibles. Perdre de vue l’
oïkos total. Boucler l’humain sur lui-même. Méconnaître ses sources chaudes et ses puits froids. Se faire prodigue des réserves accumulées. Rester indifférent aux effets polluants. Et ne pas cesser d’entonner l’hymne complaisant à la gloire de l’humain trop humain... Aux commencements il n’en était pas ainsi puisque tout déborde de la surabondance d’Agapè. Aux aboutissements il n’en sera pas ainsi puisque tout harmonisera dans le plérôme du Christ.

Nous avons péché contre l’ouvert. Nous avons oublié l’essentielle ouverture de tout système vivant. Obnubilés par nos prouesses et béats devant nos aménagements intérieurs, nous avons oublié qu’il y a un ‘dehors’ de notre caverne. Nous nous sommes mis à boucler en
clôture notre espace d’humanité. Nous avons cru pouvoir faire fonctionner exponentiellement nos possibilités dans l’enfermement de notre schizoïde autonomie, bouclant en un gigantesque feed back les sorties de notre système sur ses entrées.

Nous nous voulions
maîtres et possesseurs du système total lui-même. Maîtres et possesseurs de toute sa différence de potentiel. Maîtres et possesseurs de toute son énergie spirituelle créatrice. Maîtres et possesseurs de sa source chaude et de son puits froid. Maîtres et possesseurs non seulement de notre possible englobé mais aussi de notre impossible englobant.

Ce n’est que pour un temps seulement que le système fermé peut ainsi se donner l’illusion de tourner quand même. Parce que les élans se prolongent par inertie cinétique. Parce que les réservoirs ne sont pas encore vides. Parce qu’il reste les prophètes et les témoins d’ailleurs. Mais inexorablement joue l’
entropie. Mortelle.