III

 

LA TRAVERSÉE DE LA DIFFÉRENCE

Le ‘même’ tend logiquement à se boucler sur lui-même
en excluant l’autre différent.
Pourtant la nouveauté ne surgit qu’à travers l’affrontement de différence.



A

Hors de

▅   Nous nous sommes à ce point enfermés dans nos intelligibilités de l’
homme en continuité que de le voir aussi sous le signe de la rupture nous paraît paradoxal sinon scandaleux. Pourtant, l’homme est à la fois en continuité et en rupture.

▅   L’animal accomplit ce qu’il est. L’homme doit devenir ce qu’il n’est pas. L’animal naît avec toute sa ‘nature’ animale et spécifique. Rien de ce qui lui ad-vient par la suite ne change essentiellement cette nature. L’homme naît ex-posé. L’homme naît avec une nature qui doit se dépasser.
Une ‘nature’ qui doit être traversée par la négation pour devenir autre nature, nouvelle nature.

▅   Il y a brusquement un seuil, une rupture de niveau.
L’émergence d’une gigantesque contra-diction au cœur de la grande ‘diction’ naturelle et logique. Comment, en effet, expliquer qu’une structure puisse consentir à sa destruction, à sa déstructuration, pour ‘autre’ chose qu’elle-même, comme dans le martyre ? Comment expliquer que ce qui se trouve ‘entre les lignes’ puisse devenir plus important que le texte écrit ? Comment expliquer que ‘ce qui est’ puisse être nié au profit de ‘ce qui doit être’ ? Comment expliquer que l’absent puisse devenir plus pertinent que le présent ? Comment expliquer que la réponse puisse s’ouvrir à la question et à la question de la question à l’infini ?

▅   Le naturel vouloir-vivre animal s’affirme inconditionnellement. Chez l’homme, ce même naturel vouloir-vivre se refuse à la simple affirmation. L’éros humain ne s’effectue qu'à travers la différence
. Quelque chose comme une dynamique intérieure contraire s’oppose à son effectuation. Chaque puissance du vivant, pour devenir humaine, doit donc aussi traverser sa négation. Reste donc à l'homme d'être un animal frustré. Ce n'est qu'à partir de cette frustration que la culture est possible. Grandeur et misère de l’homme à la racine même de son humanisation !

▅   La spécificité humaine resterait inintelligible sans une telle 
différence et un tel dépassement de la différence. L'animal différentiel qu’est l’homme ne cesse de creuser des béances dans la plénitude du ‘donné’ naturel pour inlassablement les combler et inlassablement les creuser encore.

▅   Paradoxe ! L’homme n’est pas un animal ‘plus’ quelque chose. L’homme est un animal moins
quelque chose. L’homme est un animal qui se vide de son animalité pour que, dans cette nudité, autre chose puisse lui advenir.

▅   L’humain est conduit au-delà de ce qui est donné au départ. L'humain s’
é-duque 'hors de' la simple nature. A travers de plus en plus de différence. Vers l'ailleurs. Cette é-ducation croissante s'appelle culture. Elle devient en fait pour l’homme nouvelle 'nature'. 

▅   Chaque culture particulière, située dans un lieu géographique et se déployant dans une durée historique, peut se comprendre concrètement comme un espace culturel.
Cet espace épistémologique et pragmatique définit, pour une humanité donnée et à une époque donnée, les référentiels du possible et de l'impossible de sa connaissance et de son action.

▅   Toute culture est synthèse originale. Elle est comme un 'vivant' et comme tout vivant, elle est de nature systémique. Une culture noue en un tout organique une multiplicité et une diversité de contenus. Elle les intègre dynamiquement en une synthèse totalisatrice et cohérente. L’ensemble est 'plus' que la somme des composants. La totalité ‘contenante’ donne sens aux ‘contenus’ et devient ainsi plus significative que ces contenus eux-mêmes.

▅   Elles sont au singulier et au pluriel. La culture et les cultures.
Au singulier, la culture s’identifie avec la matrice universelle du spécifique humain, culture constituante. Concrètement cependant elle ne se manifeste qu’au pluriel. A travers la différence des espaces et des temps, en autant de cultures ‘constituées’. Sur fond d’éternel humain, sur fond d’universelle culture constituante, chaque culture particulière se constitue dans sa différence comme création originale.

▅   L'approche du naturalisme
pan-génétiste veut enfermer l’homme dans le fatum de la nécessité biologique et héréditaire. A l’opposé, le pan-culturalisme veut croire un peu naïvement, et parfois avec le souci idéologique de pouvoir manipuler l’homme, à la possibilité infinie de progrès et de liberté. Naturalisme et culturalisme pèchent chacun par unilatéralité exclusive et anti-dialectique. Chacun se révèle faux tout seul. La vérité de chacun se conquiert à travers l’affrontement des dimensions contraires de l'autre.

▅   Le ‘Je’ n'émerge pas en l'air. Il surgit au sein d’un ‘nous’. Dans la relation dialectiquement féconde entre le 'je' et le 'nous'.
Au sein d'une communauté gestatrice d’humanité. Celle-ci est d'emblée une réalité spécifique et originale, radicalement différente de la société animale. A la fois plus et autre que l’ensemble des individualités qui la composent, sans lesquels, pourtant, elle ne serait pas.

▅   Un merveilleux concept d'humanité. E-ducation.
Ex-ducere. Conduire hors de... Vers où et vers quoi ? Hors du donné simplement naturel vers l’homme. Hors de l’homme vers plus d’homme. L’animal vient au monde avec son animalité accomplie selon les déterminations de son espèce. Tout est donné. Il suffit de laisser jouer le développement suivant ses lois propres. L’homme, au contraire, ne naît pas humain accompli. Il naît totalement prématuré, nu, invivable, amnésique. Le programme génétique ne code pas au-delà de la complexe machinerie de son corps et de son gros cerveau. Le reste, l’essentiel, reste à créer et à apprendre.

▅   L’homme si vieux et si jeune pourtant ! La vision d’une humanité en exode,
hors de la nature depuis quelques millions d’années, est une vision relativement récente. Jusqu’au dix-neuvième siècle on croyait l’homme surgi tel qu’en lui-même, avec sa ‘nature’ accomplie, et engagé dans une ‘histoire’ moins de dix fois millénaire.

▅   Aux origines est l'outil é-ducateur,
prothèse de l’homme prématuré, inachevé, et nu. Avec lui – galet éclaté – éclate le caillou qui n’était que simplement donné. Pour se donner. Tangiblement émerge quelque chose de radicalement neuf au sein de la vieille nature. Quelque chose de merveilleux. Avec le premier outil se donne déjà la suite infinie de toute outilité. Manuelle et spirituelle. Cette main encore muette qui le façonne est déjà intelligence, déjà adoration, déjà signification, déjà langage, déjà science, déjà philosophie... Une main qui se libère pour cultiver l’autre.

▅   L’évolution de l’outil se traduit progressivement en croissance exponentielle. Cette progressivité
ascendante, reste cependant occultée, durant de longs millénaires, par les grandes longueurs de temps inévitables aux origines mêmes de toute exponentialité. La progressivité n’est devenue manifeste que depuis deux ou trois siècles, en Occident surtout. Une accélération qui nous donne aujourd’hui le vertige !

▅   Chaque culture est un système vivant
En tant que vivant, ce système ne peut pas ne pas être ouvert au changement. Sous peine de mort. Aucune culture n’est donc statique. Le changement culturel est la règle. La stagnation, l’exception. Les cultures sont toujours plus inventives qu’elles ne le laissent paraître.

▅   Avec la personne
émerge une toute nouvelle dimension d'humanité. Quasiment une ‘espèce’ dans l’espèce humaine. En elle vont s'étreindre dialectiquement un maximum de différences. A savoir un maximum d’altérité dans un maximum de communion.

▅   L’humain ne s’é-duque qu’en relevant inlassablement son défi pro-vocateur. L’
autre. La rencontre de différence n’est donc pas fatalement aliénation ! Elle est même étonnante chance. Elle est défi.

▅   L'homme passe infiniment l'homme.
La plus grande pro-vocation de l’humain et son plus extrême défi se dit en cet aphorisme. Sans doute faut-il être chrétien pour crier ce paradoxe jusqu'au bout. Face aux discours bien-portants. Au nom de l’Absolu de la foi. Blaise Pascal... Sören Kierkegaard...

▅   Il te faut en même temps, inlassablement, traverser ta différence,
la grande différence entre ce que tu es et ton accomplissement divin. La vie spirituelle n’est pas progressif apaisement mais, au contraire, montée d’une tension. Plus tu avances, plus cette tension se fait extrême. Elle grandit et peut devenir intolérable. Arrivée à son paroxysme, l’extrême expérience mystique est crucifixion, écartèlement jusqu’aux racines de toi-même. C’est en rupture plus qu’en continuité que l’homme, homo viator, avance vers sa vérité profonde qui est en avant de soi, dans son propre dépassement.

▅   La rondeur a horreur de la béance. La clôture regimbe contre l’ouvert. Le même refuse l'autre.
 Il est fatal que la ‘caverne’ ne se donne que les différences à sa mesure. Ce refus de la radicale altérité entretient le Discours (bien-portant) en son illusion tautologique. Toutes les idéologies de la ‘mort de Dieu’ se persuadent mêmement que le spécifique judéo-chrétien n’est qu’accidentelle malformation de l’immanence. Il faut avouer cependant que c’est une ‘maladie’ qui se moque singulièrement de ses médicastres. Parce qu’elle est la première à savoir qu’elle est pour la mort. Et pour la résurrection.


B

Différence

▅   Une logique apparemment illogique et un affront à la logique simplement logique. Elle s’appelle ‘
dialectique’. Il ne faut pas la confondre avec ses sous-produits. Avant même que le mot, en son sens moderne, n’ait encore droit de cité dans l’espace mental occidental, la réalité est là, vigoureuse, encore libre de toute prison idéologique. Pas encore constituée en mode de pensée et d’explication, mais déjà constituante d’une extraordinaire dynamique de l’être. Avant d’être loi de l’esprit, la ‘dialectique’ est d’abord très profonde loi de l’Alliance. La traversée de la différence... Elle tire sa pertinence de l’expérience du mystère pascal. Rupture. Exode. Traversée vers la Terre Promise. Crucifixion. Mort. Résurrection.

▅   Eternellement pourrait subsister un infini ‘il y a’ dans son identité. Le même absolu... Une telle pensée pourtant ne peut être qu’une fiction. Le fait même qu’elle pense, déjà contredit la massive univocité. Déjà est la différence.


▅   Eternel questionnement de l'homme en quête de l'unité. Pourquoi pas le même ? Pourquoi la différence ? 
Pourquoi la multiple différence ? Pourquoi l’émergence d’antagonismes ? Pourquoi pas la neutre in-différence ? Pourquoi cette inventivité permanente de la vie ? Le même œil évolue différemment dans les mollusques et les vertébrés. Pourquoi ces ontogenèses différentielles ? Pourquoi ce jeu ‘gratuit’ où toutes les formes s’essaient dans tous les sens ? Pourquoi le ‘meilleur’ sélectionné ne se stabilise-t-il pas une fois pour toutes ?

▅   Cet animal différentiel
qu’est l’homme ne cesse de creuser des béances dans la plénitude du ‘donné’ naturel pour inlassablement les combler et inlassablement les creuser encore.

▅   Le spécifique humain n’est pas d’abord dans un ‘plus’. Il est dans un ‘moins’ ! Le ‘plus’ vient par après. L’homme inachevé entraîne en son inachèvement tout ce sur quoi il porte sa main ou son regard. Il le reprend en son projet. L’homme est le démiurge de la différence.
Il refuse à la nature le droit d’être achevée une fois pour toutes. Et ce refus est culture.

▅   Le mystère de l’homme, animal dissident,
ne commence pas avec un ‘oui’ mais avec un ‘non’.

▅   Il n’y a pas de discernement sans refus. L’esprit, essentiellement, dis-cerne.
L'esprit dit non. L'esprit prend ses distances. L'esprit fissure les massives compacités naturelles. Il les ouvre en béance et les livre à la différence.

▅   Une fondamentale dualité
clive l'humain. Déjà matérialisée en quelque sorte dans la constitution psycho-physiologique de l’homme. Comme si la réalité physique humaine elle-même s'était fait différentielle. Voyez l'asymétrie fonctionnelle de cerveau

▅   Comprendre, c’est ramener au ‘même’. La science, partant, ne peut pas ne pas jouer aussi de mécanisme de défense contre l'autre.


▅   Envers et endroit... Le paradigme du
trou noir. Et si l'envers était plus pertinent que l'endroit ? 

▅   L'homme parle dans la différence. Signifier, c’est faire surgir au cœur même du donné naturel, poser, donc opposer, des signes, des symboles.
Sumbolon, sumballein, mettre ensemble. Les deux moitiés dispersées du tesson brisé qui, mises ensemble, correspondent et se correspondent, devenant signe de reconnaissance. Rupture, dispersion et réunion. Déploiement et reprise. Distance et rassemblement. Différence et réunion dans l’identité.

▅   La  pensée conquiert 
à travers deux moments à la fois antithétiques et complémentaires. Elle surgit dans la dialectique d'éros et de logos.

▅   La pensée procède entre intuition et discursivité.
Elle s'articule par analyse et synthèse.

▅   Logique apparemment illogique. Un affront à la logique simplement logique. La logique de la traversée.
Elle s’appelle ‘dialectique’.

▅   L’esprit humain étreint un maximum de différence qu’il noue un maximum d'unité.
Toute sa richesse spécifique vient de là. Et cette possibilité lui est donnée avec la parole.

▅   La connaissance est marche en avant. Elle
va vers la certitude. En même temps elle refuse d'étreindre celle-ci trop vite. La vraie connaissance reste en chemin. Entre critique et certitude.

▅   L’humain émerge à travers la
différence sacrale. Aussi entre culte et culture les liens sont-ils profonds et subtils. Même lorsqu'il semble exorcisé, le 'sacré' ne continue pas moins de s'investir dans ses mille et un avatars que sont la Raison, la Nature, la Vie, l’Histoire, le Parti, la Science, l’Evolution, la Révolution, voire le Néant...

▅   Le sacré est proprement
crise d’enfantement de l’humain. C’est à travers la crise sacrale que naît l’homme en tant qu’homme. Personne ne sait à quel moment précis de l'évolution cela a commencé. Personne ne le saura sans doute jamais. Mais l’accession d’un certain primate à l’humanité reste incompréhensible autrement.

▅   Aux origines l'espace-temps humain n’est donc pas isotrope. Il est hiérotrope.
Chargé depuis toujours de ‘force’ bio-sacrale. Celle-ci se trouve concentrée au maximum en un centre absolu. De là elle irradie la totalité de l’espace-temps. Elle se dégrade à mesure qu’elle s’éloigne du nœud d’extrême intensité centrale et en se dispersant en nodules d’intensité variable dont chacun, devenu centre régional, participe de la charge sacrale du Centre absolu de l’univers. Entre la très haute tension centrale et la dilution périphérique, chaque nodule représente une certaine différence de potentiel sacré. En chaque point l’horizontalité naturelle se trouve en quelque sorte traversée par la verticalité sacrale. Les continuités se dis-continuent.

▅   Originairement, au cœur de l’espace sacral, se tientle vivant vertical
qu'est l'homme. Entre le ciel et la terre. Microcosme en participation avec le macrocosme.

▅   Si ‘scientifique’ se veuille-t-il, l’homme n’arrive jamais à réduire l’originaire
différence à travers laquelle il advient en tant qu’homme. Et il ne cesse de vivre, consciemment ou inconsciemment, en participation avec l’originel acte de son humanisation. En-deçà et au-delà de ses rationalisations se déploie, comme plus englobant, le vaste monde symbolique où la vie ne cesse de se signifier et de se trans-signifier.

▅   Contemporain de l’émergence de l’homme il y a l’interdit ou le
tabou – marquant, par exemple, le pur et l'impur – qui marque et protège la grande différence sans laquelle l’humain ne serait pas. Le tabou révèle la profonde et fondamentale interdiction d’un oui sans non ! L’interdiction d’une proximité sans distance. L’interdiction d’une rencontre sans différence. L’interdiction d’une intensité sans béance.

▅   
Jacob resta seul. Et quelqu’un lutta avec lui jusqu’au lever du jour. Voyant qu’il ne le maîtrisait pas, il le frappa à l’emboîture de la hanche, et la hanche de Jacob se démit... (Genèse 32,25-26). Il n’est pas de condition humaine qui ne soit aussi lutte avec l'ange. Une dramatique traversée de la différence...

▅   La schizoïdie moderne semble incapable de saisir la vérité du drame dont elle est le théâtre permanent. Sa clôture joue sans cesse l’expulsion de l’essentiel et la marginalisation des témoins de cet essentiel. Paradoxalement, cependant, mille formes de ‘religieux’ prolifèrent aujourd’hui. Du ‘religieux’ sauvage qui, à sa manière, témoigne de l’irréductible ‘autre’. Il n’est pas certain que notre discours conscient explicite la totalité des profondeurs. On peut soupçonner un massif refoulement.


▅   L’
Exode est l’archétype de toutes les traversées. Quitter l’oppression. Franchir les eaux de la mort. Peiner dans l’ouvert sans fin. Entrevoir une terre promise. Avancer toujours. La traversée pascale dévoile les ruptures comme infiniment libératrices. Elle découvre qu’il n’est pas de désespérance qui ne puisse être traversée.


C

Dialectique

▅   Dialectique.
Dia-logos. Le logos dans sa traversée. Le logos non plus dans sa sphérique plénitude d’harmonie, mais dans l’aventure d’une indéfinie marche en avant. La différence à affronter et l’unité à conquérir. A travers incertitude et risque. Pâque de l’esprit.

▅   Le moment essentiel de la dialectique est de
négation. La traversée du 'non'. D’un plein clos dans sa plénitude, jamais rien d’autre ne peut surgir. La nouveauté autre n’est possible qu’à travers un vide, une béance, au cœur de ce plein.

▅   L’émergence de nouveauté n’est pensable qu’à travers un affrontement et un dépassement de cet affrontement. La possibilité dialectique
implique donc un champ dynamique qui s’ouvre entre des polarités différentielles.

▅   La possibilité dialectique est aux antipodes des clôtures 
monistes. Du ‘même’ absolu, en effet, rien de réellement ‘autre’ ne peut sortir... Sinon de façon magique. Quel sens peut dès lors avoir une dialectique moniste ?

▅   La dialectique est un processus d'affrontement du pour et du contre, une lutte entre affirmation et négation. La
contradiction prend alors plus de poids que l’identité. Radical contre-pied de la logique classique régie par le principe d’identité et de non-contradiction.

▅   Tout dans la nature est en accord avec soi et entre soi, à l'exception d'un seul être qui, en son sein, n’est pas accordé à cet accord. L’homme signifie l’émergence de l’
autre au cœur du même symphonique. A partir de ce ‘non-accord’, de ce ‘désaccord’, la pensée est provoquée à conquérir une autre cohérenceDialectiquement.

▅   Dynamique dialectique... Un même affirmé et posé absolument comme soi-’même’ reste nécessairement clos sur lui-même. A partir d’un même clos sur lui-même, jamais rien d’autre ne peut être. Pour qu’il puisse y avoir autre chose que le ’même’, il faut que celui-ci se nie en tant que ’même’ et s’affirme en s’opposant comme ‘autre’. Mais une négation qui s’affirme est de nouveau affirmation. Une opposition qui se pose est de nouveau position. L’autre risque ainsi sans cesse de se reprendre comme un ‘même’, clos sur lui-’même’. A moins de laisser indéfiniment
ouverte l’infinie altérité de l’autre-autre.

▅   La science ‘constituante’ provoque sans cesse la science ‘constituée’ en avant d’elle-même. Dans son évolution d’ensemble, La science progresse dialectiquement.
L’histoire des sciences est l’histoire mouvementée de victoires remportées sur la contradiction. Une vérité scientifique est chaque fois une contradiction (provisoirement) surmontée. En attendant de rencontrer une nouvelle contradiction qui l’obligera à se dépasser. La perspective d’une science qui avancerait en ligne continue par simple ’accumulation’ répond à une image naïve. Ce sont les crises qui sont motrices du progrès scientifique comme d'ailleurs de tout progrès. Le progrès des sciences signifie quelque chose comme une révolution permanente.

▅   C’est entre les quatre ‘radicaux’ de notre verbe,
in, ex, cum, trans, que s’ouvre le champ dialectique. Ce champ marque  l'espace dialectique du logos.

▅   La ‘dialectique’ n’est pas simplement pour un dépassement une fois pour toutes. Elle est pour le dépassement à l’infini. L’authentique possibilité dialectique implique une double ouverture
et partant une double rupture. L’une horizontale et l’autre verticale. Ouverture horizontale de l’altérité différentielle. Ouverture verticale de l’altérité transcendante. La première s’ouvre dans la différence entre le ‘même’ et l’ ‘autre’. La seconde s’ouvre dans la différence de la différence, c’est-à-dire la transcendance.

▅   Si la différence est nécessaire, elle n'est pas suffisante pour instaurer une dialectique. Il faut que la différence entre en
tension. Mais cela ne donne encore qu’une multiplicité en tension conflictuelle où tout est indéfiniment en guerre contre tout. Un monde héraclitéen. Du nouveau ne peut émerger qu’à travers un affrontement et un dépassement de cet affrontement. Pour que du nouveau puisse se produire, il est nécessaire qu’il y ait un troisième moment qui assume la tension dans le dépassement.

▅   L’authentique dialectique refuse de se laisser piéger par les totalisations horizontales. Elle connaît un
quatrième terme qui signifie son ex-plosivité permanente. Une dialectique à deux moments perpétue un mouvement pendulaire. Une dialectique à trois dimensions tend vers le bouclage de la boucle. Seule une dialectique à quatre dimensions procède dans l’ouvert du dépassement infini.

▅   Cette double
ouverture d’altérité n’a été réellement possible que dans et à partir de l’espace judéo-chrétien où, émergence absolument unique, l’autre a une priorité logique, ontologique, sur le ‘même’. Si la réalité dialectique a sa source dans la Bible, la formalisation dialectique se fera, et ne pourra réellement se faire que dans l’espace occidental né lui-même de l’affrontement dialectique entre la composante grecque et l’exposante judéo-chrétienne.

▅   Hegel, trop séduit par le système et la totalisation pour garder à la dialectique sa dynamique de rupture et son infinie ouverture d’altérité, succombe finalement à la tentation de la clôture. Clôture de l’identification du réel au rationnel. Clôture de la totalisation en finitude du processus dialectique. La dialectique au rouet du système ! De Hegel à Marx, la logique totalitaire de la finitude s’est faite extrême. Qu'en reste-t-il ? Le mythe seulement d’une ‘dialectique matérialiste’, reflet insipide dans la ‘nature’ ou la ‘matière’ de ce qui n’a de sens et de dynamique que là où est la possibilité même de différenciation et de transcendance, à savoir l’esprit.

▅   
Consistance ou transcendance ? Ou bien la consistance du même se bouclant sur lui-même, ou bien la transcendance de l’autre infiniment ouvert. L’autre non pas dans sa seule différence horizontale. Mais l'autre dans sa différence verticale, celle qui ouvre l’altérité absolue du trans. C’est au seuil de son quatrième moment que la dialectique est provoquée à se dialectiser elle-même. En s’ouvrant infiniment à la transcendance.

▅   Avant d’être loi de la pensée, la dialectique est une loi de la vie. Avant d’être loi de l’esprit, la ‘dialectique’ est d’abord très profonde loi de l'Alliance.
Tous les avatars laïcisés de la ‘dialectique’, chez Hegel, avant lui et après lui, sont des traductions variables d’une expérience spirituelle telle qu’elle s’est déployée en l’espace judéo-chrétien, et dans cet espace seulement.

▅   La dialectique est-elle fondamentalement possible ailleurs qu’en régime de grâce ? Lorsque la négativité, toute négativité, sait qu’elle n’est pas absolue, mais qu’à travers une mystérieuse gestation, elle travaille à l’enfantement de l’
autre.

▅   L’homme ne devient homme véritablement qu’
à travers... Paradoxale vérité que l’essentiel advient dans le passage. Non pas en insistant sur le plein mais en existant à travers la béance. La vérité de l’homme est en avant de l’homme. La vérité de la condition humaine est dans sa rupture et dans son ouverture. La condition humaine est condition dialectique. La condition humaine est très profondément condition pascale.


D

Histoire

▅   Le temps
ex-pose l’être hors de lui-même. Il dé-compose et fait proliférer du non-être. Une chose était et puis elle n’est plus. Ou bien elle n’est pas encore. Le temps s’écoule et fait écouler toute chose avec lui. Ce qui dépend du temps simplement ad-vient dans sa gratuité événementielle comme accident ou s’écoule, irréversible, dans l’irrécupérable. Absurde hors de. C’est Parménide qui a raison contre Héraclite ! Et pourtant Héraclite a raison contre la raison ! On ne nie le temps qu’en trahissant l’être réel. On ne nie le temps qu’en trahissant la pensée elle-même.

▅   Dans l’expérience humaine originaire, le temps n’est pas, puisque seul l’être est. Et l’être s’identifie à la présence sacrale. Par opposition à ce qui risque d’être ‘profane’, c’est-à-dire fondamentalement entaché de manque d’être. L’être vrai, l’être sacral, ne peut donc pas ‘devenir’. Il est. Il est dans un absolu maintenant. Hors du temps. Rythme seulement. Rythme de l’universel vivant sacral. Or la temporalité qui s’identifie à la déperdition et à la dégradation, menace cet originaire tropisme onto-sacral. Il le menace de non-être. Voilà pourquoi, dès l'origine, la temporalité est à exorciser. Il faut la ramener dans la sphéricité de l’espace sacral de l'éternel retour.


▅   La plénitude du cercle
signifie et garantit la plénitude de l’être. Le cercle tient ensemble une multiplicité qui se disperserait en s’en échappant. Il est donc symboliquement garant de la stabilité de l’être face aux fuites du devenir et des agressions de l’histoire. C’est dans le cercle que s’inscrit le temps sacral, c’est-à-dire l’éternelle répétition de l’acte d’être. Dès lors la fin coïncide avec l’origine. Le serpent ne cesse de se mordre la queue. D'où l'universelle symbolique de la roue avant même que celle-ci trouve son utilité.

▅   Au cœur de la quête philosophique gît, sous-jacente, formulée ou informulée, l’énorme question: Pourquoi n’y a-t-il pas que l’Un lui-même ? A l’horizon se profile, incontournable, le scandale de cette autre question: Pourquoi le mal ? Entre les deux, prolifère le souci. Pourquoi la totalité n’est-elle pas l’être dans sa parfaite tranquillité ? Pourquoi l’inquiétude ? Pourquoi le trouble ? Pourquoi le devenir ? Pourquoi le désir ? Pourquoi le mouvement ?


▅   Le système cyclique
de l’éternel retour représente un effort optimiste de défense contre les intempéries de l’écoulement temporel. Dès lors la catastrophe elle-même prend sens. Elle devient supportable en participant au sens derrière l’apparent non-sens. Le système cyclique de l’éternel retour régit la philosophie implicite de l’humanité archaïque. De façon très universelle. Même arrivée à la conscience explicite d’elle-même, la philosophie ne s'affranchit que difficilement de son tropisme circulaire.

▅   Moment extraordinaire dans l’évolution de l’humanité que celui de la rupture du cycle
de l’éternel retour. L’homme ose briser le cercle et marquer sa différence d’avec l’ordre cosmologique. S’ouvre ainsi l’espace nouveau où se déploie la liberté. Désormais l’homme prend conscience de lui-même comme créateur et comme acteur. Il quitte le destin pour courir le risque de sa destinée.

▅   Il ne peut y avoir histoire, réellement histoire, que lorsque le scandaleux et irrationnel écoulement temporel prend valeur pour lui-même. Lorsque le temps n’a plus besoin de trouver consistance en remontant aux origines et en se régénérant ’en arrière’ mais qu’il devient en lui-même et pour lui-même, ’en avant’, dynamique de genèse nouvelle. Lorsque le scénario cosmologique n’accapare plus la scène mais la laisse libre à l’improvisation. Lorsque le même de la répétitivité cède la pertinence à l’autre de la création imprévisible. Lorsque l’irréversibilité des événements signifie moins essentiellement perte que gain d’être. Lorsque s’affronte le non-être du devenir comme possibilité d’un plus-être. Lorsque la corrosion historique se révèle être moins menace que défi. Bref, lorsque l’homme s’embarque dans l’histoire en levant les défenses contre l’histoire et en prenant conscience de lui-même comme créateur historique.

▅   L’histoire ne pouvait pas surgir par génération spontanée. Trop massifs se dressaient contre elle les ancestraux mécanismes de défense. Ils devaient être brisés.
Ils l’ont été. Cela s’est passé dans l’espace judéo-chrétien.

▅   Traumatisme de naissance de l'Occident... En cet unique espace culturel, par l’irruption de la nouveauté judéo-chrétienne, l’homme a été pro-voqué, défié, à devenir créateur d’histoire, créateur d’historicité. Le seul espace culturel également où donc l’angoisse ait si profondément pénétré !

▅   Nous sommes irréversiblement pris dans le flux du temps ouvert. L’humain est embarqué dans l'histoire.
Et non seulement nous-mêmes, mais notre compréhension est elle-même embarquée. Nous ne nous comprenons pas hors de cet embarquement.

▅   Déroutante histoire... Là où la raison logique exige impérieusement l’unité, l’identité, la cohérence, la totalité, l’histoire fait surgir abruptement la multiplicité, la différence, la contradiction, l’infinie marche en avant. L’histoire fait violence à la raison logique. L’histoire est la croix de la raison logique. L’histoire signifie la béance de la raison logique.

▅   Sous-jacente à la dramatique de l’histoire joue une fondamentale dialectique entre nécessité et liberté.


▅   Destin et destinée... La liberté n’existe que comme acte
d’exode hors de la nécessité. Rompre la nécessité c’est aussi rompre le destin. Dans le cycle du destin règne l’harmonie de l’ordre bio-cosmique. Tout y a sens même si ce sens fait mal. Tout y trouve finalement sa justification. Les négativités n’y sont pas absolues. La mort d’un petit enfant, affligeante certes, n’y est pas réel scandale. La rupture du cycle du destin commence avec l’émergence de la liberté qui ouvre l’espace radicalement nouveau de la destinée et de l’histoire. Cette rupture n’a été radicalement possible qu’avec l’irruption judéo-chrétienne.

▅   Avec l’émergence de l’histoire, l’homme perd ses assises sécuritaires et son optimisme ontologique. Désormais il est livré à l’aventure et au risque. La sécurité profonde de la logique de l’éternel cycle des choses est rompue. Le temps se met à exister et à mordre. L’homme se découvre situé dans la contingence. Il n’est plus soumis au destin aveugle et nécessaire, mais renvoyé à la responsabilité de sa destinée. L’aventure s’ouvre à l’infini. Et cette ouverture ne peut pas ne pas être en même temps déchirure. Ouverture d’un espace qui n’est plus de nécessité mais de liberté où chaque moment devient irréversiblement décisif. Souvent tragiquement décisif. L’homme n’est plus simple parcelle de la nécessité cosmique. Il est, comme Dieu, liberté créatrice. La démesure lui est ouverte comme grâce ou comme péché. Rien n’est jamais joué. Tout reste à jouer. Dans l’infini d’une aventure. Le grand
risque humain à courir...

▅   Pouvons-nous retourner dans le cercle ?
Si grande que soit la nostalgie de chercher refuge dans le sein de la boucle, cela est désormais impossible. Une fois contaminé par l’inquiétude historique on ne retrouve plus l’innocence de l’éternel retour. Certains croient trouver du côté des sagesses cycliques. Mais elles ne résistent, pour l’homme occidental, qu’en superficie. D’autres, plus nombreux, prétendent enfermer l'histoire dans des ‘systèmes’. Mais jusqu'à quel point l'aventure humaine se laisse-t-elle mettre en boite ?

▅   Une philosophie de l'histoire
naît chaque fois du souci de loger l’incertaine aventure dans un cadre plus rationnellement sécurisant.

▅   Les philosophies de l'histoire sont essentiellement de deux sortes. Il y a les philosophies qui veulent boucler la totalité temporelle dans la sécurité et la clôture d’un
système. Il y a les philosophies qui épousent la condition humaine dans l’incontournable ouvert de son aventure historique. Les premières totalisent une histoire régie par la nécessité ‘scientifique’ de règles, de lois, de stades, d’états, etc. Elles conduisent quasi inexorablement du côté des ‘maîtres penseurs’, des totalitarismes, des Kz et des Goulags. Les secondes signifient l’incertitude et le risque de l’aventure historique comme l’espace privilégié de la liberté et de l’urgence de la décision. Mais comment nouer ‘scientifiquement’ une telle ouverture ? Ce sont donc les premières qui ont confisqué le label. Sur la base d’énormes naïvetés.

▅   On ne retourne plus dans le sein maternel. Une fois contaminé par l’inquiétude historique on ne retrouve plus l’innocence de l’éternel retour. Il est impossible de revenir en arrière.
Ce n’est que par ressentiment contre la révolution judéo-chrétienne qu’un Nietzsche cherche vainement un retour dans la sagesse cyclique.

▅   L'avenir est-il prévisible ? L'avenir est ouvert. On ne peut reprendre en clôture l’avenir de l’histoire sans enfermer toute l’histoire dans le grand Fatum.

▅   Nous sommes irréversiblement embarqués. Notre compréhension est elle aussi irrémédiablement embarquée. Non seulement l’histoire est en exode mais aussi l’intelligibilité de l’histoire et son sens. Nous sommes en exode sans recours. L’intelligibilité historique qui se voudrait ’totale’ compréhension de la totalité du vecteur de l’histoire s’engage dans d’impossibles impasses. Heureuse impossibilité totalisante
qui énerve les projets totalitaires ! L’échec devant la ’saisie totale’ de l’histoire signifie l’échec principiel de l’homme prétendant à la maîtrise de l’histoire. Echec combien salutaire quand on pense de quelles abominations est capable le ’maître’...

▅   Et pourtant il y a un sens. Le sens de l'histoire est en exode
L’histoire livre un sens très profond de la condition humaine en chemin. En exode. A travers incertitude et risque. Dans l’ouvert de sa liberté. Dans l’ouvert de sa destinée. Dans l’ouvert à l’imprévisible. Dans l’ouvert à l’Autre. Dans l’ouvert à Dieu. L’exaltant risque humain à courir... Exaltant et combien angoissant !

▅   Dans l’impossibilité d’assigner une ’fin’ à l’histoire, l’homme doit
opter pour une signification de l’histoire. La signification du temps historique coïncide avec la signification de l’homme, entre sens et non-sens non pas dans une ’historicité’ abstraite, mais dans l’actualité concrète. La signification de l'histoire ne se trouve pas dans la ‘longueur du temps’ mais dans l’actualité du maintenant et de l’urgence qui le traverse verticalement.

▅   A une lecture empirique et immanentiste s’oppose la lecture transcendante de l’histoire comme
dessein. Celui-ci n’est pas à chercher sur la ligne horizontale de la succession simplement événementielle mais sur cette autre ligne qui la coupe verticalement. Le sens de l’histoire se donne dans la verticalité transhistorique. Il n’est pas dans les événements, il les traverse. Derrière le ’hasard’ de l’histoire se profile en pointillé une ligne qui est sens. Et ce sens n’advient que dans la tension avec une transhistoire. Il se ‘révèle’ à travers une Alliance. Dieu écrit droit avec des lignes brisées... Telle est la folle certitude d’un Saint Augustin au creux d’une expérience historique déconcertante.

▅   L’homme n’arrivera sans doute jamais à la compréhension totale de l’histoire. Il est pourtant possible de découvrir une clé
ouvrant à son intelligence. Non pas une structure qui fige. Mais une clé qui ouvre. Non pas une réponse constructrice de système. Mais une question qui engage la pensée sur le chemin infini de la réflexion. Non pas un schéma prétendant à la maîtrise de la totalité diachronique à partir d’une structure synchronique de l’histoire. Mais un schème de l’actualité du maintenant décisif de la décision historique.

▅   Constructeurs de la cité idéale ou aventuriers de l'Eschatologie... Une telle typologie différentielle de type historique renvoie à une opposition profonde au cœur du projet anthropologique. Quelque chose comme une division des esprits face à l’accomplissement de l’humain.

▅   Et aujourd'hui ? Dans le règne des symétries il ne reste que peu de place aux aventuriers de l’espérance. Les réflexes sont aux replis. L’épopée millénariste de la marche vers la Terre Promise investit à trop long terme et à trop lointaine échéance pour tenter les disponibilités bourgeoises. Le Royaume à venir ne fait plus le poids dans la balance des valeurs immanentes. La Parousie se troque sans cesse contre des arrivées de rentabilité plus immédiate. L’Eschatologie ouvre trop radicalement un futur trop radical pour ne pas traumatiser les enfants maternés.



 

 a n t h r o p o l o g i e      c h r é t i e n n e    —    v o l u m e s

volume I   La maison du sens
volume II   La matrice de l'humain
volume III   La traversée de la différence
volume IV   L'aventure de l'Occident
volume V   Impasses
volume VI   Béance
volume VII   L'homme passe l'homme
volume VIII   Le fin-fond divin en toi
volume IX   Etat de grâce
volume X   Création nouvelle