A

 

Dis-moi ton désir

B

 

Agapè

C

 

L'Autre

D

 

La foi

E

 

Le sens



Le 'je' est viscéralement tenté par le 'même'. Ce n'est pourtant que dans l'AUTRE qu'il trouve sa plénitude. Dans les profondeurs de l'intériorité appelle l'Alliance.



A. Dis-mois ton désir

Rien ne tournerait sans le désir. On peut être pris de vertige devant la masse des inventions et des productions humaines. Une masse de différence d'avec le simple règne animal. Comment expliquer cette différence sans cet `éros' spécifique à l'homme que nous appelons le désir? Qu'est-ce qui, sans lui, ferait tourner notre système exponentiel de production de l'abondance, et, partant, du `progrès'? Plus profondément, que serait l'homme lui-même sans cette dynamique? Dis-moi ton désir, je te dirai qui tu es. C'est le désir qui signifie et exprime le fondamental projet personnel de chaque être humain avec son mystère. Sans le désir ne régnerait que l'in-différence. C'est le désir qui ouvre en l'homme la différence. Essentiellement la différence entre un plein et un vide. Eros, comme le dit déjà très judicieusement Platon, est fils d'abondance et de pauvreté. Un manque qui tend vers sa complétude.



Le désir `fonctionne' à la manière d'un système ouvert. Sur une différence de potentiel entre la source chaude de l'
abondance et le puits froid du manque. Sa dynamique lui vient de la chute énergétique de cette différence de potentiel. Plus elle est grande, plus le désir est intense. Par contre, lorsque cette différence tend vers l'in-différence le désir ne peut que mourir.

Contrairement à l'animal, le monde humain — l
'anthroposphèrese trouve à cheval entre la biosphère et la noosphère. La différence de potentiel de son Eros, joue ainsi à la fois à trois niveaux qu'on peut évoquer schématiquement. Le niveau instinctuel. Avec ses tendances et ses exigences spécifiques. La survie (struggle for life, défense, fuite...). Les besoins vitaux (soif, faim, sexe...). Les liens du sang (espèce, communauté, groupe, horde...). La défense du territoire (terrier, nid, couvée, réserves...). L'agressivité (menace, agression, peur, liberté...). La rivalité (force, domination, mimétisme...). La charge et le retentissement émotionnels. Le niveau noologique. Il s'agit d'une part du niveau `instinctuel' repris à travers l'idée, le discernement, la symbolique, les modèles, l'idéal, l'exigence normative, la sublimation... D'autre part des valeurs spécifiquement humaines comme le droit, le devoir, l'être, l'avoir, l'honneur, la puissance, la gloire, l'intérêt, la Patrie, le sens, la protestation, la révolte, le défi, le dépassement. Le niveau pneumatologique. Il s'agit des niveaux `instinctuel' et `noologique' précédents en tant qu'ex-posés à la transcendance. Avec des exposantes comme Dieu, l'Absolu, le sacré, la personne, le sens du sens, ce qui vaut plus que la vie, ce qui est plus grand que tout le reste.

L’homme est un vivant infini au désir toujours infiniment béant. Infinie reste son insatisfaction. Car abyssal est son manque. Il ne s’agit pas seulement de ce manque biologique ou économique qui tend malgré tout vers la satisfaction. Il s’agit d’un manque essentiel qui creuse le désir à l'infini. Un manque à jamais incontournable et encore moins remblayable. Parce qu’il est irréductiblement béance sur l’Autre.



La source chaude et le puits froid du désir humain transcendent la simple immanence. Ils renvoient vers un au-delà et un en deçà qui sont de l'ordre du sacré. Comme un double mystère à la fois `fascinosum' et `tremendum'. Le mystère de la source absolue du sens. Le mystère de l'insondable béance humaine. Les tendances animales sont finalement soumises à la mesure. Le désir humain, lui, est livré à la démesure. Comment imaginer l'homme satisfait une fois pour toutes ? L'homme n'est pas un animal, même raisonnable. L'homme est un vivant infini. Le manque en lui se fait vertigineux. Son désir est insatiable à l'infini. Il y a des espaces culturels où la démesure du désir arrive à se contenir dans la mesure d'une sagesse. Le Bouddhisme... L'Hindouisme... Il en va autrement dans notre espace judéo-chrétien où l'infini du désir de l'homme ne peut pas ne pas participer de l'infini de Dieu lui-même.

Le désir piégé

Il risque d'être piégé aujourd'hui par l’outil même de nos euphories, à savoir le système d’outilité exponentielle qui crée aussi l’homme à son image
et à sa ressemblance. Un homme articulé. Un homme désarticulé. Un homme réarticulé. Un homme manipulé. Un homme conditionné. Un homme utilisé. Un homme chosifié. Un homme industrialisé. Un homme mécanisé. Un homme fabriqué. Un homme mercantilisé. Un homme en miettes. Il y a des moments de grâce où l’essentiel en l’homme proteste. Mai 68 fut un de ces moments, si mal compris parce qu’irrécupérable par les idéologies régnantes.

Lorsque l’essentiel du projet humain tend à s’identifier avec la consommation et la production, inévitablement le désir se fait happer dans le cercle vicieux qui boucle le consommateur sur le producteur et le producteur sur le consommateur. Et même de façon exponentielle à la manière d’une ‘boule de neige’ qui grossit démesurément. Comme le ‘progrès’ lui-même. Voilà le désir de l’homme piégé dans l’infernale boucle qui l’asservit dans l’illusion de le combler. Consommer de plus en plus. Donc produire de plus en plus. Pour consommer plus encore... La société de consommation crée une prolifération de désirs artificiels. Il s’agit de consommer de plus en plus moins pour satisfaire des besoins réels que pour donner à l’outil exponentiel le plaisir de tourner à un régime accéléré. En même temps on assiste à une inflation du désirable, c’est-à-dire, au sens étymologique, des objets du désir gonflés de vent.

Notre ‘progrès’ est lui-même piégé, enfermé dans son incontournable limitation. Le désir ne peut pas ne pas s’y piéger lui-même. Une homéostasie entre l’infini du désir et la nécessaire finitude de l’abondance étant impossible, il reste à l’ensemble du système de production de nos euphories de tourner pour tourner. Comme si la fuite en avant, suprême ‘transcendance’ possible de notre modernité, se suffisait à elle-même pour combler la frustration relancée à l’infini. Fonctionne ainsi, sous couvert d’une illusion de ‘progrès’, une sorte de mécanique d’
exponentielle aliénation. L’exponentialité du système producteur d’abondance n’est pas seulement coincée dans les limites physiques de l’écosystème. Elle n’est pas seulement comprimée dans les limites du système géo-politique et géo-économique. Elle est piégée, encore plus profondément, par une disproportion entre l’exponentialité de la production d’abondance et l’exponentialité plus exponentielle encore du désir. La frustration risque donc, elle aussi, d’être exponentielle...



C’est l’infini du désir humain que l’espace schizoïde de la modernité enferme. Rétrécissant la source chaude et le puits froid dans les seuls possibles de l’immanence. Il faut revenir aux prisonniers de la caverne de Platon. Tant qu’un ‘dehors’ n’est pas soupçonné, tant que le ‘dedans’ se présente comme un absolu, leur ‘bonheur’ semble complet. Les désirs sont conditionnés selon les possibilités de la caverne. La caverne, elle, est aménagée pour les combler tous. En va-t-il autrement dans la caverne de nos euphories ? Notre désir est aujourd’hui doublement enfermé. Enfermé dans l’unidimensionnel du système d’outilité de notre ‘bonheur’. Enfermé dans l’étroitesse du sens constitué en notre Discours.



B. Agapè

Il faut commencer par la traversée d'un discernement. Une distinction capitale vise une différence essentielle au cœur de l'humain. Nous la devons au théologien luthérien suédois Anders Nygeren. Cette distinction entre deux amours donne la clé de lecture de l’ensemble de l'existence chrétienne. Et elle ouvre bien au-delà. En même temps elle préside au discernement des esprits entre mystique et mystique, entre type d'homme et type d'homme...

Les trois ordres

Pascal a génialement perçu l’absolue hétérogénéité des ordres du réel. Il y a une
distance infinie des corps aux esprits... Il y a une distance infiniment plus infinie des esprits à la charité... à Agapè ! 


La distance infinie des corps aux esprits
figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité,
(à Agapè)
car elle est surnaturelle.

Tout l'éclat des grandeurs n'a point de lustre
pour les gens qui sont dans les recherches de l'esprit.
La grandeur des gens d'esprit est invisible aux rois,
aux riches, aux capitaines, à tous ces grands de chair.
La grandeur de la sagesse, qui n'est nulle sinon de Dieu,
est invisible aux charnels et aux gens d'esprit.
Ce sont trois ordres différents, de genre.

Les grands génies ont leur empire.
leur éclat, leur grandeur, leur victoire
et n'ont nul besoin des grandeurs charnelles
où elles n'ont pas de rapport.
Ils sont vus, non des yeux mais des esprits. C’est assez.

Les saints ont leur empire,
leur éclat, leur victoire, leur lustre
et n'ont nul besoin des grandeurs charnelles ou spirituelles,
où elles n'ont nul rapport, car elles n'y ajoutent ni ôtent.
Ils sont vus de Dieu et des anges
et non des corps ni des esprits curieux.
Dieu leur suffit.

Archimède sans éclat serait en même vénération.
Il n'a pas donné des batailles pour les yeux,
mais il a fourni à tous les esprits ses inventions.
O qu'il a éclaté aux esprits.

Jésus Christ sans biens,
et sans aucune production au dehors de science,
est dans son ordre de sainteté.
Il n'a point donné d'inventions.
Il n'a point régné,
mais il a été humble, patient, saint,
saint à Dieu, terrible aux démons, sans aucun péché.
O qu'il est venu en grande pompe
et en une prodigieuse magnificence
aux yeux du cœur et qui voyent la sagesse .

Il eût été inutile à Archimède de faire le prince
dans ses livres de géométrie, quoiqu'il le fût.


Il eût été inutile à N.-S. J.-C.,
pour éclater dans son règne de sainteté,
de venir en roi,
mais il y est bien venu avec l'éclat de son ordre.

Il est bien ridicule de se scandaliser
de la bassesse de Jésus Christ,
comme si cette bassesse était du même ordre
duquel est la grandeur qu'il venait faire paraître.


Qu'on considère cette grandeur-là dans sa vie,
dans sa passion, dans son obscurité, dans sa mort,
dans l'élection des siens, dans leur abandonnement,
dans sa secrète résurrection et dans le reste.
On la verra si grande qu'on n'aura pas sujet
de se scandaliser d'une bassesse qui n'y est pas.

Mais il y en a qui ne peuvent admirer
que les grandeurs charnelles
comme s'il n'y en avait pas de spirituelles.
Et d'autres qui n'admirent que les spirituelles
comme s'il n'y en avait pas d'infiniment plus hautes
dans la sagesse.

Tous les corps,
le firmament, les étoiles, la terre et ses royaumes,
ne valent pas le moindre des esprits.
Car il connaît tout cela, et soi, et les corps rien.

Tous les corps ensemble
et tous les esprits ensemble et toutes leurs productions
ne valent pas le moindre mouvement de charité.
Cela est d'un ordre infiniment plus élevé.


De tous les corps ensemble
on ne saurait en faire réussir une petite pensée.
Cela est impossible et d'un autre ordre.
De tous les corps et esprits
on n'en saurait tirer un mouvement de vraie charité,
cela est impossible, et d'un autre ordre.


(Pascal,Pensées, Lafuma, 308)


Eros et Agapè


Aimer... Toute la nouveauté chrétienne est là. Cela commence avec Dieu lui-même. Car Dieu est amour. (1 Jean 4:8) Saint Augustin pourra résumer l’essentiel: Aime. Et après cela, fais tout ce que tu veux ! C’est tout ? Oui. Il suffit d’aimer. En même temps, c’est énorme ! Comme Dieu lui-même. Ce mot si simple est présent partout, même là où il n’est pas prononcé. Tous les autres mots et tous les autres verbes en sont secrètement affectés, directement ou indirectement, pour ou contre. En même temps, il déborde tous les sens qu’on peut lui donner. Entre "aimer" Dieu et "aimer" le chocolat, entre "aimer" un être cher et "aimer" un malheureux, que de nuances ! Entre les divers "amours" que de différences ! Et souvent que d’oppositions !

Aimer, cependant, ne veut pas forcément dire aimer selon le Christ. Ce verbe doit ‘faire sa Pâque’ pour entrer dans une réalité nouvelle. La traversée d’un discernement... Dès le début, pour dire ‘amour’, saint Paul et les Evangélistes, qui écrivent en grec, disposent essentiellement du mot
éros. Ce terme, loin d’être marqué négativement, désigne aussi l’amour le plus noble et même l’amour divin. Chose étonnante, ils évitent d’emblée ce mot comme s’il était impropre et impuissant à traduire la radicale nouveauté. Quitte à ressusciter un mot nouveau pour exprimer la réalité nouvelle de l’amour selon le Christ. Et ce mot nouveau, ce mot converti, c’est agapè. Ce changement de nom est lourd d’un radical changement d’identité. Désormais le discernement s’impose entre l’amour païen et l’amour chrétien, entre éros et agapè. Il ne s’agit là en rien d’un clivage entre ce qui serait bien d’un côté et mal de l’autre. De mal, ici, il n’y en a pas. Il n’y a que ‘valeur’ des deux côtés. Mais valeurs différentes. Le Christ vient introduire une rupture de salut dans le meilleur de l’homme !



A l'opposé du simple instinct qui se déploie en horizontalité, éros veut `monter'. A travers la tension verticale ouverte dans la différence sacrale.

Agapè, à proprement parler, ne peut se dire. Il est hors du discours. Il est rupture de la fatale clôture du discours. Etant l’ ‘autre. Infiniment de trop. La rupture passe entre le même et l’autre. Eros par l’autre veut sauver le même. Agapè expose le même pour sauver l’Autre. Cet autre si radicalement de trop pour Eros et qu’Eros ne peut fondamentalement que nier. Eros monte et absolutise le même. Agapè descend et promeut l’autre. Eros tend vers ce qui est divin. Agapè se sacrifie pour sauver ce qui est perdu. Eros exige l’immortalité. Agapè croit à la résurrection. Eros sublime tout. Agapè se compromet totalement. Eros converge et embrasse. Agapè se rompt et se partage. Eros gère la nécessité. Agapè donne gratuitement. Eros veut gagner. Agapè ose perdre. Eros désire ce qui est bien. Agapè crée pour que soit le bien.

En Agapè, le meilleur de l’humain se trouve crucifié. Lirruption d’Agapè signifie un renversement total. Non seulement de la valeur mais de l’espace même de toute possible valeur. L’émergence d’un radical autre ordre. Mais la vérité peut-elle être cherchée ailleurs que dans la dissidence depuis la Révélation du Logos fait Chair ? Quand historiquement se révèle Agapè, déjà est omniprésent et omnirégnant Eros. Mais d’Eros, rien ne sera récupérable. Même pas l’Eros céleste. Surtout pas l’Eros céleste ! Eros sublimé à l’infini ne s’approche pas d’Agapè mais s’en éloigne.

Agapè est absolue dissidence. A partir d’Agapè, Dieu n’est plus là où est le divin. La valeur n’est plus là où est le Beau, le Vrai ou le Bien. L’homme ne peut plus être là où est l’Humanité. Et encore beaucoup moins là où est le ‘surhomme’. La transcendance n’est plus là où un Marx, un Feuerbach ou un Stirner la pourfendent. Le progrès n’est pas là où Eros progresse !



Agapè se manifeste en contre-point. Agapè descend et traverse tout le champ de la négativité pour en faire un espace de grâce... Un infini !

L’autre est de trop pour Eros, jamais assez, cependant, pour Agapè. L’autrel’altérité absolue, la différence radicale – ne peut être que de trop pour Eros. Et là est le scandale. L’irruption chrétienne provoque ce scandale. Et l’assume. Contre la plus fondamentale et la plus formidable dynamique naturelle. Contre tout l’Eros du monde. Contre tout l’être du monde. Contre toute la gloire du monde. Contre toute la raison du monde... L’autre pro-voqué à exister ‘ex nihilo’. L’autre ordre en-deçà et au-delà des évidences naturelles. L’autre qui ne cesse de faire irruption au cœur de nos sécurités mondaines. L’autre qui met infiniment le ‘même’ en question... L’autre réellement autre. Irréductible au même. Donc incontournable par l’idée. Irrécupérable par l’idéologie. Insurmontable par la technique. Toujours de trop. A expulser !

Lors de l’ultime bilan cosmique, que restera-t-il définitivement de la grande aventure humaine à travers l’espace et le temps ? Où chercher l'absolu discernement ? Quelles valeurs, quelles créations, quels acquis, auront assez de poids pour traverser l’éternité ? A la stupéfaction de tous, cela se trouvera tout en bas de la divine descente, dans les bas-fonds de la Kénose. J’ai eu faim. J’ai eu soif. J’étais malade. J’étais en prison. J’étais dans la détresse... Tu es venu. Tu as partagé. Tu as soulagé. Là est né Agapè pour l’éternité.

Mystique


Scandaleuse mystique chrétienne. Scandaleuse comme Agapè. Elle descend... On l'attendait pourtant dans la gloire des 'montées'. Lors de sa descente du mont Thabor, après la Transfiguration, le Christ prévient ses disciples du scandale en révélant en même temps le sens profond de La Passion. Il y a un lien très fort entre mystique chrétienne et Kénose. Celle-ci signifie la ‘descente’ comme dynamique fondamentale d’une ‘montée’. Peut-il en être autrement face au mystère du Christ qui s’abîme dans la mort avant de ressusciter ? Le mystère de la Kénose est identiquement le mystère d’Agapè. Agapè te fait mourir avec le Christ. Agapè te fait ressusciter avec lui. L’expérience mystique est communion à ce mystère dans l’extrême profondeur de toi-même.


 


Mystère de la Kénose, scandaleusement incompréhensible sans cet autre mystère qu’est Agapè. La chute et la descente ne sont pas pour un nirvana mais pour une dramatique participation au mystère du Christ crucifié. Notre Dieu qui s’identifie à Agapè ne peut pas ne pas descendre. Il descend même absolument en Jésus. Le grand discernement s’opère par la Croix, crise et critère d’une authentique mystique chrétienne. En solidarité mystique avec le Christ, à travers son mystère douloureux et glorieux, s’ouvre la voie divine par excellence, la voie de la Kénose. Cette scandaleuse Croix est à la démesure de l’impossible de l’amour. Même pour Dieu le mystère douloureux semble être la seule possibilité de faire être Agapè. C’est la dérisoire faiblesse de l’Agneau immolé qui porte tout le péché du monde. Et en même temps il apporte, Agneau pascal, toute sa possible résurrection.


  


Le mystère douloureux dans sa crucifiante désolation... Cest bien d’un mystère qu’il s’agit. Si envahissant qu’il puisse devenir dans l’espace d’une existence, il s’identifie cependant essentiellement avec la distance. La sacrale distance du fascinosum et du tremendum. Il est inaccessible. Il est incontournable. Il suscite effroi et respect. Il est inexprimable. Il est incommunicable. Il culmine dans le silence. On ne peut que parler ‘autour’. Humainement, ce mystère est énigme obscure. Dans la foi, il reste toujours énigme. Mais son obscurité s’irradie d’une silencieuse clarté. Comme une distante proximité. Celle du Christ en croix. Inséparable du péché du monde, sa racine trans-historique, la plaie profonde au flanc du monde crie sa béance et sa transcendance. Incapable de se boucler sur sa païenne euphorie, il reste à ce monde de s’ouvrir sur la Rédemption.

Que notre monde soit l’enjeu d’un affrontement qui le dépasse heurte visiblement notre modernité. Après avoir réduit la pluralité des ordres au seul règne phénoménal, c’est-à-dire transparent à notre seule possibilité scientifique d’aujourd’hui, nous présupposons un monde axiologiquement neutre, aseptisé de l’invisible. La science peut certes prétendre, et fort légitimement, qu’un tel monde lui suffit. Mais le monde, lui, n’a aucune raison d’être sûr, qu’ainsi réduit, il se suffise à lui-même ! Il a au contraire beaucoup de raisons pour soupçonner en ses béances des appels vers sa propre transcendance. Paradoxalement, jamais culture ne fut plus sensible aux crucifixions et en même temps plus allergique à la Croix. La modernité expulse aussi violemment la croix qu’elle expulse la transcendance. Ce Messie crucifié qui, depuis les origines, est folie pour les païens reste, aujourd’hui, plus folie que jamais. Il est vrai que sans la transcendance, la croix ne peut être qu’absolu non-sens. La croix est crise de l’être dans toute sa largeur et dans toute sa profondeur. Elle est déroute de toutes les valeurs. Elle est faillite de toutes les logiques. Elle distend toutes nos capacités.

Le regard charnel, conditionné à ne jamais voir que l’envers du monde, ne comprend pas la profondeur transcendante du mystère de Dieu tel qu’il peut se partager avec l’homme divin. Il faut pour cela descendre en ses propres profondeurs. Là seulement le ‘cœur’ voit. L’Esprit seul peut regarder en face ce ‘tremendum mysterium’ et le dévoiler en la Parole comme douloureux mystère d’une traversée. Le
mysterium iniquitatis en son pascal Exode vers le mysterium gratiae. La crucifixion de l’iniquité pour que triomphe la grâce s’appelle Rédemption. Ici la raison est toujours impuissante et les explications qu’elle peut donner sont aussi scandaleuses que le mystère dont elles s’efforcent de rendre raison. Mais ici se découvre en même temps la voie divine par excellence, la voie négative. Elle traverse verticalement toutes les horizontalités. Elle crucifie. Elle descend d’abord. Kénose. Abaissement avant la montée dans la gloire.

Néguentropie

Agapè est le grand catalyseur de tout ce qui a valeur au ciel et sur terre. Ainsi rien ne se perd. Tout concourt à la vie et à la splendeur du Corps Mystique. Et l’espace où s’opère cette divine transmutation n’est autre que l’extrême intériorité du ‘cœur’ où l’Agapè de Dieu ne cesse d’être répandu par le saint Esprit pour déborder sur le monde. Sans la mystérieuse activité divine qui s’opère en ces hommes et ces femmes, avertit Tauler, nous nous trouverions en fort mauvaise posture. On ne s’abîme pas en Agapè sans remonter ensuite pour nouer une infinie solidarité de grâce.

Eros, au fond, n'est que le manque qui crie famine. Agapè, par contre, est débordement de surabondance. 



Les puits froids ne font peur qu’à l’entropie. Agapè ne les craint pas. Nos puits froids ne s’opposent pas à la grâce. Au contraire. Qui d’autre oserait clamer “ felix culpa” la nuit de Pâques ? Il y a toujours plus d’Agapè que de péché. Excepté le péché contre la vérité d’Agapè, c’est-à-dire contre l’Esprit. Soudain tu entrevois et cela te renverse. Tu découvres que le puits froid lui-même est englobé par Agapè. Et plus étonnant encore, tu devines que s’il n’y avait pas d’entropie il ne pourrait y avoir Agapè.

Ce scandaleux ‘autre’, cependant, suscite Agapè. Et en même temps de scandaleuses questions. Ainsi, quelle place pourrait-il y avoir pour Agapè dans un monde où régnerait absolument l’harmonie ? Un monde où le mal ou la souffrance seraient absents. Un monde où la science préviendrait toute possible surprise. Un monde d’où tout risque serait banni. Un monde sans pauvres et sans handicapés. Un monde materné dans l’absolue euphorie du ‘même’ étreignant le ‘même’.
Dans un monde sans péché quelles chances resterait-il à la grâce ? Quelle place pour Agapè au Paradis terrestre avant la chute ?



Par quel miracle l’humain bouclé sur lui-même ne succomberait-il pas à son entropie ? Notre modernité vit dans l’illusion d’un tel miracle. Obnubilés par notre possible sans aller jusqu’aux raisons profondes de ce possible nous croyons que l’humain est à lui-même sa propre source chaude. Pourquoi l’homme, fabricateur d’outilité, fabricateur de texture, fabricateur de texte, ne serait-il pas aussi fabricateur de ce qui lui vient d’ailleurs, par grâce ? Une vision plus ‘écologique’ ébranle ces illusions en restituant la totalité du phénomène humain dans la totalité de son ‘oïkos’. Il faut sortir de la caverne pour trouver la clé de notre condition. Notre source chaude est au-delà de nous-mêmes. C’est de notre englobant divin que vient la dynamique humanisante. La néguentropie nous est
donnée comme grâce.

Agapè embrasse non seulement nos sources chaudes mais aussi nos puits froids. Inscrit en finitude, Eros ne peut jamais que circonscrire une finitude. C’est Agapè qui ouvre réellement un infini et le réalise. A travers un absolu retournement d'Eros... Concrètement. Agapè descend et se compromet dans le manque. De l’absolu manque surgit une surabondance. Le manque devient plénitude. Au-delà du règne des nécessités. Dans l’ordre de la grâce. Gratuitement.



Où gît l’ultime victoire sur l’entropie ? Ce n’est pas du côté d’Eros. Eros ne peut que vouloir monter. Par nécessité. Il ne fait ainsi qu’exacerber la différence entre source chaude et puits froid. Il vit de cette différence. Son intensité lui vient d’elle. Mais sa montée reste infinie tâche de Sisyphe. Eros reste toujours piégé par l’entropie. Il est ultimement pour Thanatos.



Agapè descend. Non par nécessité mais par libre gratuité. Par grâce. Lui, la source chaude, va se compromettre avec le puits froid. Il descend jusqu’au fond des négativités. Il descend plus bas que le puits froid, l’englobe, l’étreint, et le rend brûlant. Il n’y a plus de différence entre ‘froid’ et ‘chaud’, puisque tout devient ardent. Néguentropie absolue, Agapè seul est capable de sauver radicalement. Il ne cesse de descendre tant que reste possible une descente. Lui seul peut
tout sauver. Descendre. Descendre toujours. Traverser le champ du scandale de part en part. Pour en faire l’espace de la grâce.



C. L'Autre

Dis-moi ton rapport avec l’autre. Je te dis ton espérance ou ta désespérance. L’exode te fait quitter l’espace du même pour courir l’aventure du côté de l’autre. Non pas l’autre comme simple ‘catégorie’ abstraite inoffensive encore prisonnière de la sphère du même. Mais l’autre comme autre avec tout ce que cela a d’indigeste. L’autre qui fait bande à part et refuse de se laisser apprivoiser. L’autre qui refuse d’entrer dans le cercle de la compréhension. L’autre qui dérange.

L’humain est béant sur un ordre qui n’est pas celui des évidences quotidiennes qui règnent en superficie. Là, les euphories vont au maximum d’être, d’avoir et de paraître. En profondeur, par contre, s’ouvre l’infini ordre de la béance. Ici d’autres ‘valeurs’ ont cours. Le non-être, le non-avoir, le non-paraître. Cet ordre de la béance n’est pas immédiatement accessible. Pour s’y retrouver quelque peu, il faut quelque chose comme une ‘conversion’ préalable. C’est alors que, derrière un ‘vide’ infini, s’appréhende, en creux, quasi par la négative, une infinie plénitude. L’humain authentique est ailleurs, plus loin et plus profond que les faciles superficies dans lesquelles nous risquons sans cesse de le cantonner. L’ordre du ‘même’ n’épuise certainement pas, et de loin, la totalité. Il y a un autre ordre. Celui-ci n’est pas une abstraction. On y accède par expérience. Une AUTRE expérience.

L’homme n’est que dans l’ouvert. Mais cet ouvert n’est pas simplement pour l’ouvert. Il est pour la rencontre. Déjà l’Autre est. Déjà l’Autre appelle. Il n’est pas induit ni déduit mais révélé. Pour être rencontré. L’ultime moment dialectique engage l’humain dans l’Exode in-fini. Cet Exode n’est pas flottant mais porté. L’Autre précède et accomplit. Ici la logique perd pied car elle est incapable de garantir la terre ferme entre l’idée et le concret. Cela ne s’exige plus. Cela est donné. Il faut s’ouvrir. C’est dans cette ouverture que le sens advient. Paradoxalement. Gratuitement. Mais l’essentiel, ne nous vient-il pas toujours par grâce ?

Originaire relation inter-personnelle


Devenir homme est impossible sans la rencontre avec l’autre. L’émergence de ‘soi’ à partir d’un ‘nous’, si elle se manifeste génétiquement et historiquement, est d’abord essentielle. L’humanité de l’homme se définit par sa relation avec l’autre. L’engendrement de l’humain se fait dans une communauté gestatrice d’humanité. Cette communauté est immédiatement la communauté humaine. Une réalité spécifique et originale, radicalement différente de la société animale. Elle est à la fois plus et autre que l’ensemble des individualités qui la composent, sans lesquels, pourtant, elle ne serait pas.



Quelle est cette spécificité ? C’est d’être relationnelle. Elle est d’abord relation. Relation absolument originale par rapport à tous les autres types de relations. L’expérience de la relation inter-personnelle est originaire. Elle ne peut s’expliquer à partir d’aucune autre expérience parce que toute expérience déjà la suppose. Elle se donne avant tout ce qui à partir d’elle peut se donner. Elle se vit comme la douce chaleur gestatrice de la matrice de l’humain. Un être incapable de vivre cette relation originaire ne peut que rester en marge de l’humanisation. La possibilité d’entrer en relation inter-personnelle est une condition sine qua non de véritable humanisation.


 


Avec Max Sheler on peut distinguer trois niveaux humains, qualitativement très différents, de l'être-avec et l'être-ensemble. Ils sont situés ici entre d'extrêmes polarités signifiantes. L'approche 'personnaliste' vise la 'communion'. La différence est simplement expérimentale. Entre, par exemple, la 'masse' surchauffée d'un stade de foot-ball et la 'communion' d'une multitude de jeunes lors d'une rencontre des Journées des Jeunesses Mondiales.

L’enfer, c’est les autres ?
Sartre, dans Huis clos, marque la possible faillite de la dialectique constructrice du spécifique humain. L’autre devenu aliénation. Engluant, chosifiant, pétrifiant... Violé, manipulé, utilisé...  La véritable rencontre inter-personnelle est inquiétante, exigeante, difficile, menacée par l’ambiguïté, l’échec, le péché. Pourtant elle est la condition première d’une authentique humanisation. Elle est é-ducation, dans la douleur des ruptures et l’euphorie des marches en avant. La rencontre n’est pas simple présence partagée et l’alliance ne signifie pas simple communion fusionnelle. Rencontre et alliance se créent authentiquement à travers l’affrontement et la tension dialectique. La maturité ne se conquiert que dans la traversée des négativités. L’identité s’affirme dans la rencontre de l’altérité. La présence s’intensifie sur fond d’absence. L’amour grandit dans l’échec vaincu ou la faute pardonnée. La véritable rencontre inter-personnelle ne scelle pas seulement le ‘nous’ de l’empirie. Elle est créatrice infiniment plus loin. Jusqu’à l’extrême de la communion. Dans le bien comme dans le mal. Jusqu’à l’enfer. Jusqu’au mystère de la communion des saints. Cette singulière solidarité mystique dont le génie d’un Dostoïevski évoque si intensément la réalité.

Identité et différence

D'emblée la raison semble être du côté de l'identité. La différence reste toujours scandale. Ce scandale est-il absolu ou bien est-il un scandale à surmonter ? Une telle question se tient derrière toutes les philosophies du monde. Et derrière les sagesses. Et derrière les religions.


Aux origines de la philosophie occidentale, déjà, Parménide et Héraclité...



Eternellement pourrait subsister un infini il y a dans son identité. Le même absolu... Une telle pensée pourtant ne peut être qu’une fiction. Le fait même qu’elle pense déjà contredit la massive univocité. Que serait l’être sans la différence ? L’être absolument in-différent serait-il autre que le néant silencieux ? Mais déjà est la question. La possibilité même d’un questionnement situe l’être dans la différence. Déjà est la parole. Déjà est la parole qui articule différentiellement des significations différentielles. Déjà n’est pas le même in-différent. Déjà l’autre fait irruption. Déjà est la différence. Avec sa double dramatique, ontologique et logique, d’une béance et d’un désaccord.

La pensée tend impérieusement vers l’identité. Mais l’identité ne se détermine comme identité que dans l’affrontement avec la différence. Sans l’affrontement de la différence, l’identité reste quasi néant. Sans identification, la différence reste dispersion. L’identité pure est impensable parce que le pensable exige la discursivité. La différence pure est impensable parce que le pensable exige la forme. L’identité n’est pensable que dans la négation de la différence. La différence n’est pensable que dans la négation de l’identité. L’identité sans différence est silence. La différence sans identité est bruit. La forme sans contenu est vide. Le contenu sans forme est vague.

L'autre de trop

L’inintégrable. Ce qui résiste à tout discours. La question sans réponse. L’autre où toute cohérence sans cesse s’éclate. Dans la crise permanente des consistances. Par l’Autre, le même est livré à la crise. Ce qui est radicalement en jeu dans l’enfermement qui boucle le même en consistance, c’est le refus de l’Autre en tant qu’autre. Non pas l’autre récupérable ou l’autre réductible. Mais l’autre autre. Toujours de trop.

Il lui arrive de se manifester tantôt dans le registre euphorique tantôt dans celui de la catastrophe. De trop et déconcertant. L’autre qui comble ou l’autre qui crucifie. Naissance ou mort. Echec ou réussite. Joie ou peine. Péché ou grâce... Au beau milieu de nos établissements l’autre ne cesse de faire irruption sous les espèces de l’inédit, de l’imprévu, de la surprise, de la rencontre, de l’accident, de la ‘chance’ ou de la ‘malchance’. Inlassable et héroïque effort de l’homme en quête de con-sistance à travers la négation de la contingence. La contingence: ce qui ad-vient, l’événementiel. L’acte d’être, l’actuel. La présence de l’être, le présent. Ce qui est toujours de trop par rapport à toute possible cohérence. Ce qui reste, incontournable, hors de la boucle qui ne peut pas ne pas vouloir se boucler. Ce qui s’obstine dans sa béance d’altérité. Impossible ‘extrême’ par rapport à tout possible ‘milieu’. Scandale permanent. Croix radicale.



L’autre étrange. L’autre sans l’Autre ! Dans un monde trop plein de trop de vide. Comme un indice d’absurde dont toute chose commence à s’affecter et qui finit par envahir toute chose. L’étrange. Ex-traneus. Hors de la concertance. Du côté de l’in-intégrable. Ce que la boucle ne boucle pas. Parce que trop loin du milieu, vers les extrêmes, et au-delà... Affectant moins l’intelligence que le ‘sentir’ concret et existentiel. Il y a les extrêmes qui sont comme le sel et la moutarde de l’existence en son milieu. C’est-à-dire qui ‘relèvent’ la banalité et lui donnent goût. Il y a les extrêmes qui gâtent le plat, comme si quelque méprise y avait versé beaucoup trop d’amer. Notre modernité est singulièrement friande d’épices. Une façon de rendre mangeable l’insipide. En même temps elle montre une sensibilité presque maladive devant les condiments trop forts. Façon de trahir un certain gâtisme ? Entre l’étrange intégrable et l’étrange inintégrable, où passe la frontière ? Mais peut-être faut-il dresser d’abord une sorte de topologie sémantique. Dans un espace qu’on pourrait définir par un référentiel entre deux extrêmes antithétiques; la dimension horizontale entre les extrêmes du ‘ludique’ et du ‘tragique’; la dimension verticale entre les extrêmes du ‘fascinant’ et de l’ ‘effrayant’.

Fascismes

Les fascismes de droite ou de gauche se profilent, hélas!, nombreux et multiforme à travers l'aventure humaine. Il faut aller au-delà de l'étiquette collée à tort et à travers sur le dos de celui qui ne vous plait pas. Lorsqu'un concept devient synonyme d'injure, sa compréhension s'obscurcit. Il faut essayer de revenir à son
essence. Le 'faisceau'. Il fagote une riche pluralité en maniaque uniformité.

Les types sont connus. Jacobins, Nazis, Soviets... et bien d'autres moins soulignés. Ils se partagent en commun un triste cortège affligeant ! Radical anti-personnalisme. Impérialisme de la force. Pensée unique. Centralisme. Horreur de la différence. “Führer befiehl, wir folgen dir!”, quel que soit le Führer ! Terreur diffuse du `correct'. Uniformes. Règlements vestimentaires (imposition de l'étoile jaune, interdiction du voile, etc.). Manie de l'ordre et de l'hygiène. Contrainte par la force. Exclusion et relégation des déviants. Etc... Etc...

L'autre de l'idée

L’idée aime se retrouver avec l’idée dans le monde du même. Là règne l’ordre homogène de la transparence, de la clarté et de la distinction, et, partant, de la compréhension et de la prévisibilité. Les choses sont appelées à s’ordonner logiquement les unes aux autres et à se tenir solidement par la main. Dans ce réseau de liens serrés la surprise ne peut être que passagère, vite arraisonnée par la nécessité de l’ordre du même qui tend à se faire totalitaire. Quelque chose, cependant, ne se laisse jamais complètement intégrer dans la sphère idéelle. C’est le réel. Non pas l’idée du réel, mais le réel-réel. L’idée fait très vite le tour de toute l’étendue de son domaine. Le réel, lui, déborde toujours les compréhensions. Il ne se livre pas entièrement. Il ne se laisse prendre que par un bout de lui-même. Ce qu’il a d’unique et de particulier résiste aux généralités. Sa dimension de facticité déborde les nécessités logiques. Cet autre de l’idée provoque l’idée à ériger ses défenses et à se réfugier dans l’espace apprivoisé de son possible ‘idéel’. C’est là qu’elle construit ses citadelles idéologiques. Mais combien de temps ces fortifications restent-elles imprenables ? L’autre se révèle toujours, à terme, plus fort que les sécurités du même. Les idéologies ne tiennent que pour un temps, vaincues par les morsures de l’expérience, les béances de l’histoire et les négativités qu’elles-mêmes ne cessent d’engendrer.

Par manque d’ouverture à l’autre, par absence de référentiel qui la transcende, l’idée bouclée sur elle-même en idéologie ne peut que s’enfermer sur sa propre auto-justification. Cercle vicieux de la logique qui tourne en rond jusqu’à se trouver condamnée à justifier l’injustifiable. Idée... En ton nom que de terreurs engendrées !

Comprendre, cest ramener au ‘même’. Notre épistémè ne peut pas ne pas être aussi défense contre l’ ‘autre’. Et la science se met à jouer les mécanismes de défense contre l’autre déconcertant et déroutant, à savoir la contingence, l’ad-venir, l’accidentel, l'événementiel, l’actuel, la rencontre... et encore plus les négativités, l’échec, le mal, le péché, la mort.... Tout ramener au ‘monos’ de l’ ‘autos’ en son plus bas centre de gravité, dans les strictes limites de la plus absolue immanence. L’être, la pensée, la causalité, la finalité... Sans ‘hors de’, sans ‘trans’, sans ‘autre. Ce monisme représente sans doute ce par quoi le matérialisme, aujourd’hui, est sortable.



Cet épistémè de la réduction porte le nom prestigieux de ‘science’. On la croit neutre. Elle conspire. Celui qui jusque là était aussi citoyen d’ailleurs va perdre son statut d’exterritorialité. Cet animal de l’embranchement des vertébrés et de la classe des mammifères, apparu évolutivement dans l’histoire naturelle de la vie, n’est plus marqué de l’intouchable mystère sacral. Ramené dans les strictes limites de la nature, l’homme devient objet manipulable d’un savoir et d’un pouvoir. L’homme n’est plus que... L’humain se banalise dans le ‘naturel’. Ce qui était sujet, avec un infini comme profondeur, se voit jeté hors du mystère, ob-jet, jeté devant soi, étalé en pure extériorité, articulable, partes extra partes, simplement dans l’espace.

Les approches scientifiques, aujourd'hui, tendent à enfermer l’homme et la matrice de sa genèse dans une intelligibilité de 'réduction'. Vaste essai de le ramener au plus petit dénominateur commun. Commun... C’est-à-dire avec le reste de la nature. La différence escamotée. L'humain désormais
bouclé dans le règne du même. Devenu simple objet naturel de la pure extériorité spatiale et temporelle, l’homme, aujourd’hui, ne semble plus pouvoir se comprendre autrement qu’en bouclant la boucle sur son immanence. 



La boucle veut se boucler elle-même en principe d’émergence de tout. La boucle du même. C'est-à-dire le boucle du ça. Ainsi donc le MÊME veut-il se boucler sur lui-même. En absolue auto-compréhension et auto-création. Radicalement bouclé dans la boucle. En stricte immanence. Sans ‘hors de’. Sans l’Autre ! Un univers à l’image de l’homme qui, ayant perdu sa ressemblance avec Dieu, n’est plus qu’à l’image de son univers. Ce que ‘matérialisme’, aujourd’hui, veut dire ! L’étendue infinie du ‘ça’ livré à la pure articulation responsable de toute signification. Lorsque toute forme de verbe, ultimement, ne peut plus se conjuguer qu’au neutre: ça se structure, ça fonctionne, ça s’organise, ça parle...

Mais la raison la plus profonde de l’unidimensionnalité des sciences humaines qui ne peuvent révéler qu’une des faces du mystère humain c’est que, de fait, elles se constituent comme négative théologie. L’endroit d’un envers. L’envers d’un endroit. Le refoulement massif témoigne négativement du refoulé. Le même crie négativement l’autre. Un vide de Dieu se remplit étrangement de substituts inversés du divin. Là où la totalisation schizoïde expérimente l’ultime rétrécissement de la finitude et où elle croit rencontrer l’absolu neutre côtoyant l’absolu néant se situe un point décisif. Un point de rupture. Mais d’intersection aussi. Et de symétrique inversion.



L’idéologie, en voulant l’apprivoiser la liberté, ne peut que la malmener. Heureusement pour un petit temps seulement. Car c’est elle, la liberté, qui sort finalement victorieuse. Ne fallait-il pas cultiver une singulière étroitesse de l’intelligence pour croire le marxisme stade final de l’évolution de l’humanité et porteur de libération absolue ? Enfermée dans le strict horizon du ‘même’ moniste et matérialiste, la liberté ne peut être que pour une infinie manipulation. C’est dans l’autre de l’idée qu’est la chance réelle de la liberté. Du côté du concret absolu. Du côté de la personne.

Le même et l'autre

Le dépassement de la différence et de la contradiction, nous l'avons vu longuement par ailleurs, s'appelle 'dialectique'.
Dialectique. dia-logos. Le logos dans sa traversée de la différence. Il n'y a pas de dynamique vivante s'il n'y a contradiction à surmonter, antinomie à dépasser dialectiquement.



Un même affirmé et posé absolument comme soi-même reste nécessairement clos sur lui-même. A partir d’un même clos sur lui-même, jamais rien d’autre ne peut être. Pour qu’il puisse y avoir autre chose que le ’même’, il faut que le même se nie en tant que ’même’ et s’affirme en s’opposant comme autre. Mais une négation qui s’affirme est affirmation. Une opposition qui se pose est position. L’autre se reprend comme un même, clos sur lui-’même’. A moins de laisser indéfiniment ouverte l’infinie altérité de l’autre-autre.

Les tendances profondes de notre corps et de notre esprit vont vers l’intégration. Il n’est pas de vie sans assimilation. Comprendre ne va pas sans étreindre les différences. L’
autre qui refuse le giron du même ne peut que se voir expulsé. Mille mécanismes de défense jouent contre lui. Sans lui, pourtant, l’existence perdrait sa dimension essentielle. Ce ‘de trop’ expose nos certitudes et nos sécurités dans l’exode de la liberté. A travers le risque. L’altérité, aujourd’hui, est comme piégée par le même Le statut d’altérité s’est inversé historiquement. L’autre-pour-moi de la modernité a pris le relais de moi-pour-l’autre tel qu’il se manifeste dans l’espace judéo-chrétien où ce n’est pas ’j’en dispose’ qui est premier mais ’il dispose de moi’. Un clivage. Un discernement des esprits. L’autre fait mal au même. Il ne le comble que dans la mesure où il se fait absorber, devenant pour ainsi dire la chose du même. La modernité s’est constituée dans le pari d’intégrer tout l’autre, tous les autres. Jamais l’autre n’a suscité plus d’intérêt. Jamais l’autre n’a été recherché aussi assidûment. Jamais l’autre n’a été autant asservi. Par le savoir. Par le pouvoir.


 


La courbure négative expose... Autour du ‘même’, l’espace se courbe. Un règne du ‘même’ se clôt en con-sistante homéostasie. Ce qui ne joue pas le jeu de l’identité, l’ ‘autre’ qui sans cesse refuse de com-poser avec le ‘même’ et qui sans cesse l’ex-pose, se voit expulsé.

Ou bien la consistance du même qui se boucle sur lui-même en sécurité. Ou bien la transcendance de l’
autre infiniment ouvert. L’autre non seulement dans sa différence horizontale – celle qui, entre in, ex et cum instaure le déploiement quasi naturel – mais dans sa différence verticale – celle qui ouvre l’altérité absolue du trans où l’humain et, à travers l’humain l’être, se décide ultimement, clos ou ouvert, pour le même ou pour l’autre.



Les faits convergent nombreux. L’autre est chance. Et c’est l’homme qui la saisit. Déjà il y a la reproduction sexuée qui permet l’engendrement d’une infinie diversité. Ces chances de l’autre ne font encore que précéder celles, beaucoup plus nombreuses encore, qui viendront de la sexualité devenue humaine. Sans oublier celles qui tiennent à la naissance prématurée et à la malléabilité d’une structure toujours inachevée. Plus merveilleuses encore toutes ces chances données par la parole et ses possibilités culturelles permettant la création d’altérité pratiquement infinie. Et que dire de la temporalité historique qui, en situant l’homme dans l’ailleurs du maintenant, l’expose, à travers incertitude et risque, à l’aventure des rencontres. Ces chances de l’autre sont identiquement chances du même. Puisque sans rencontre de l’autre, le même ne peut que rester moins que lui-même. Aucune nouveauté ne surgit du même solitaire. Il n’existe pas de culture humaine qui ne commence après une rencontre de grande différence. Notre Occident s’explique-t-il autrement ?



Au risque du conflit

L’animal ne connaît pas la violence. Seulement l’agressivité qui fait jouer le rapport du
même et de l’autre dans les limites du besoin et de la nécessité, donc en homéostasie systémique. La violence est propre à l’homme parce qu’elle n’existe qu’à partir de l’illimité du désir et de la gratuité. Là où la profonde dialectique du même et de l’autre est livrée à l’infini. Dans l’espace humain une profonde ambiguïté régit le rapport du même et de l’autre. Le même est autre par rapport à d’autres mêmes.  L’autre est même par rapport à d’autres autres. Chaque homme est tour à tour en même temps même et autre. Par une sorte de rotation multiple de la signification et de la désignation de l’identité et de l’altérité. Dans un monde incroyablement divers et complexe de sujets. Chacun est donc, sous un certain rapport, modèle et rival. Le modèle me renvoie l’image de ma propre négativité. L’anti-modèle me renvoie négativement l’image de ma positivité. Le rapport de rivalité, dans un sens, valorise par identification et néantise par différenciation, et, dans l’autre sens, néantise par identification et valorise par différenciation.



Entre le même et l’autre le rapport n’est pas sans violence. Le même, en effet, ne s’affirme que dans la négation de l’autre. Mais sans l’autre le même n’est rien. L’autre ne s’affirme que dans la négation du même. Mais sans le même l’autre n’est rien. Les deux ne sont que par fondamentale rivalité. L’avec les nie. Le contre les affirme. L’affrontement les néantise. La négation les fait exister. Cette violence sans laquelle aucune culture ne serait... Cette escalade de la violence sans laquelle aucune culture ne grandirait... Quelque chose comme une faille originelle au cœur de la matrice à travers laquelle l’humain advient. La dramatique de l’existence historique est ainsi tissée d’une très grande multiplicité et d’une très grande complexification de rapports conflictuels qui se cachent en se manifestant et qui se manifestent en se cachant. Mais sans cette dramatique pourrait-il y avoir le poète, le philosophe, le dramaturge ou le mystique. Ainsi jouent les paradoxes d’une triangulation entre Moi-même, l’Autre-plus et l’Autre-moins. Face à l’Autre-plus, je m’identifie comme modèle et je me différencie comme rival. L’autre me différencie comme modèle et m’identifie comme rival. Plus je m’identifie à lui, plus il me différencie. Il n’est qu’en me niant. Je ne suis qu’en l’affirmant. Face à l’Autre-moins, je m’identifie comme rival. Et je me différencie comme modèle. L’autre m’identifie comme modèle et me différencie comme rival. Plus je me différencie de lui, plus il m’identifie. Il n’est qu’en m’affirmant. Je ne suis qu’en le niant. (cf. René Girard)



Un tel scenario de conflictualité est en fait multiforme et se module dans la réalité à l’infini. A travers l’ambiguïté essentielle des sommets du triangle, leur fluctuation et leur rotation. En dépendance des rencontres et de la nouveauté historique. Dans une interactivité incessante avec d’autres triangulations et de permutation des sommets. Un ensemble dynamique de conflictualité. Dans cette ultime triangulation, l’ensemble dynamique de la conflictualité humaine fonctionne de façon exponentielle. Une sorte de course accélérée à être-tout qui exaspère à la fois l’identité et la différence, l’affirmation de soi et la création d’altérité. Fondamentalement une escalade de la violence... L’impérialisme de la croissance exponentielle de l’outilité de la modernité, par exemple, ne doit-elle pas trouver là son essentielle motricité ?

Tant que je ne suis pas dieu, tant que je n’ai pas atteint l’in-différence du tout – ou du rien – je reste écartelé dans ce rapport fondamentalement ambivalent du même et de l’autre. Entre tout et rien, un être n’est que par identification et par différence. Le même s’identifie à ce qui le différencie et en même temps il se différencie de ce qui l’identifie. L’autre n’est que par ce que je ne suis pas; il n’est pas par ce que je suis. La multiplicité triangulaire des rivalités joue ultimement dans une ultime triangulation où l’ensemble de la différence conflictuelle humaine est aux prises avec l’in-différence du Tout dans la différence antagoniste avec l’in-différence du Rien. La violence, très fondamentalement, est théurgique.

Exposé à l'autre

Se voir livré à l’Autre qui se donne par grâce... Et c’est ce don, c’est cette expérience du don de l’Autre qui me crie le dépassement de tous mes possibles. Le dépassement aussi de mes impossibles. Car notre mortalité elle-même y prend sens comme exode. Mais ici s’arrête le spéculatif. L’homme est dans l’ouvert. Mais cet ouvert n’est pas simplement pour l’ouvert. Il est pour la rencontre. Ainsi donc le réel transcendant est-il en-deçà et au-delà de mes possibilités de transcender. Déjà l’Autre est. Déjà l’Autre appelle. Il n’est pas induit ni déduit mais révélé. Pour être rencontré.



La Révélation... Un voile se déchire. Un mystère se révèle. L’Autre vient. L’autre, non pas le même tel qu’il prolifère dans les idéologies. L’Autre vient pro-voquer, mettre en question et bousculer. Le prophète est son héraut. Dans la tension entre fini et infini, le sans-forme peut ainsi prendre forme. Le sans-image trouve son ‘icône’. Le Tout-Autre peut dire sa proximité..

L’Alliance ex-pose le même à l’autre. Car il n’y a que l’amour ou la haine qui refusent ou acceptent de reconnaître, de rencontrer et d’accepter l’autre dans toute son altérité et de se donner ou de se refuser à lui. Là où manque le sens de l’Alliance le réel concret se trouve mangé par l’idée. Car l’idée n’est jamais que de l’ordre du même. Mais le réel déborde toujours le même du côté de l’autre. Et l’Autre dans la Bible se manifeste toujours sous les espèces de la personne. C’est-à-dire l’autre de l’idée. C’est-à-dire l’autre de l’idole. L’Alliance se vérifie à travers l’Exode. Et l’Exode marche à la rencontre d’un Vivant. Le transcender dans la Bible est une conséquence de la Transcendance qui, d’abord, se montre, appelle et conduit. Sans ce réel transcendant le transcender n’est qu’une abstraction que l’idéologie substantifie.

Le but de nos buts est en exode. Les choses très importantes pour nous ne sont-elles pas toujours exposées à l’incertitude et au risque ? Vivre. Mourir. Aimer. Créer. Entreprendre. Engendrer... Comme si l’essentiel devait se jouer aux limites où notre ‘même’ ne peut que se rendre à l’autre du mystère qui nous porte. L’exode te fait quitter l’espace du même pour courir l’aventure du côté de l’autre. Non pas l’autre comme simple ‘catégorie’ abstraite inoffensive encore prisonnière de la sphère du même. Mais l’autre comme autre avec tout ce que cela a d’indigeste. L’autre qui fait bande à part et refuse de se laisser apprivoiser. L’autre qui refuse d’entrer dans le cercle de la compréhension. L’autre qui dérange. Il lui arrive de se manifester tantôt dans le registre euphorique tantôt dans celui de la catastrophe. De trop et déconcertant. L’autre qui comble ou l’autre qui crucifie. Naissance ou mort. Echec ou réussite. Joie ou peine. Péché ou grâce... Au beau milieu de nos établissements l’autre ne cesse de faire irruption sous les espèces de l’inédit, de l’imprévu, de la surprise, de la rencontre, de l’accident, de la ‘chance’ ou de la ‘malchance

Que serait Dieu clair et distinct comme une belle formule chimique ? En gardant son altérité il garde son mystère et sauve celui des êtres. Face aux
idoles devant lesquelles nous nous prosternons il est infiniment au-delà de nos idée. Au-delà de nos eidolos... A son image et à sa ressemblance. Le sans-forme prend forme. En l'homme le sans-image trouve son 'icône'.



A travers l’histoire biblique l’
autre personnel est sans cesse provoqué au sein de ce qui risque de se dégrader dans l’anonymat du même. Ainsi le prophète... l’autre qui dérange en personne. Non pas la règle mais l’exception. Non pas le système mais la parole vivante. Non pas le centre mais les extrêmes. Non pas la masse mais l’unique personnel.



D. La foi

Dieu... L’Autre qui ne peut se démontrer mais qui se rencontre. L’Autre qui crée l’autre pour la réciprocité.

La descente d’Agapè confond les érotiques transcendances avec infiniment plus de radicalité que ne le font les idéologiques dénonciations. Elle ramène la seule et absolue transcendance au cœur du concret. Non plus au-delà de l’immanence mais en-deçà. Ou plus exactement au-delà parce que en-deçà. Ce qui reste gratuit lorsque la structuralité est épuisée. L’autre comme grâce. Création. Rencontre. Sourire...
Le lieu  'natif’' de l’expérience théologale. La Foi. L’Espérance. Agapè. Le fin fond de ton cœur en état de grâce. C’est comme naturellement, par ‘nature’, ‘nativement’, ‘naïvement’, tel que sorti des mains de Dieu, que le fin fond de ton cœur est en grâce, c’est-à-dire en Agapè. Le péché vient ensuite..La foi n’est pas de l’ordre du ‘ce que, à savoir quelque chose comme un ‘objet’ qui pourrait se laisser saisir, comprendre ou manipuler. La foi est de l’ordre du ‘que. Elle précède toute possible saisie et toute possible compréhension. Elle ‘est’ comme l’impératif ontologique de l’acte créationnel. Non pas constituée. Mais constituante.

La foi... Le 'sacré', avant ses 'ce que', dans la pureté de son 'que', est en même temps le point d'appui et l'espace d'accueil de la 'foi'. Celle-ci cependant s'en distingue comme le concret se distingue de l'abstrait et le plein du vide. La FOI, en effet, se situe dans l'ordre de l'accomplissement. Celui de la réalité personnelle et inter-personnelle. Celui du concret absolu. Celui de la personne en tant que sacrée. Avec son fascinosum et son tremendum. Rencontre de personne à personne. Engagement réciproque. Alliance.



La foi n’est pas ‘au bout’ d’une suite d’articulations rationnelles. On ne tombe pas sur Dieu comme sur une nouvelle formule explicative. La foi est ouverture au don du sens. En sa nudité, elle est exposée à une plénitude infinie qui lui vient de l’Autre. L’évidence naturelle contraint. Procédant par ‘longues chaînes de raisons’, elle enchaîne dans l’ordre du Même et de la nécessité. La foi rompt les nécessités. Elle appelle. Dans l’ouvert de la liberté et de la gratuité.

La foi n’est pas englobée mais englobante
. La foi n’est pas contenue ‘dans’ nos possibilités psychologiques ou mentales. Elle n’est pas un produit du ‘je pense’ individuel ou collectif. Elle n’est pas logeable dans un système d’idées.

La foi est entrée libre dans le don gratuit du sens. Elle te situe au cœur de l’extrême englobant. Tu te trouves en gestation dans la matrice de l’Absolu. Baigné d’une lumière où toute chose prend un éclairage neuf et où les ombres elles-mêmes – avec l’ensemble du jeu des ombres – s’expliquent. Les questions ne sont plus absolues. Elles se posent sur fond de réponse. Aucune réponse explicite n’est encore livrée. Mais le Sens de toute possible réponse est
déjà-donné. 



Le Sens nous est donné. L’humain est fils de la Parole, matrice de l’humain. Mais quelle parole engendre quel homme ? Une parole tautologique en résonance avec la ‘bulle’ que nous nous constituons ? Ou bien une parole venant d’ailleurs ? Lorsque l’esprit refuse ses propres limites et ses enfermements, il ne peut pas ne pas prendre le chemin de la critique et de la critique de la critique à l’infini. Il se situe ainsi dans l’Ouvert. L’Ouvert n’est pas d’emblée accueillant ni confortable. Cela explique sans doute pourquoi ils sont si peu nombreux ceux qui s’y expatrient. C’est pourtant dans l’Ouvert que le Sens se donne. Non pas n’importe quelle signification d’agrément ou d’utilité. Mais le Sens du sens. Et fondamentalement le Sens de la parole qui nous engendre humains.

Ce Sens ne vient pas de nous. Cela est devenu manifeste à travers toute notre précédente recherche, Le Sens – l’absolu Sens du sens – nous est donné. Il vient d’ailleurs. Il vient de l’Autre. Ce don du Sens s’appelle, dans l’espace chrétien, la révélation. L’étymologie est parlante. Un voile se déchire. La réalité vraie se manifeste. Non pas en continuité logique avec nos préalables. Mais dans la rupture d’une radicale nouveauté. De façon purement gratuite.


Le monde de l’animal ne s’étend pas très loin au-delà de son museau. L’homme n’est pas limité, comme l’animal, par l‘horizon indépassable’ de son instinct, de son ignorance ou de ses certitudes terre-à-terre. L’homme est ouvert sur l’infini. Il ne saurait donc passer à côté de la question eschatologique. Qu’est-ce qui est ‘au-delà’ ? Qu’est-ce qui advient ‘après’ ? Après et au-delà des limites de l’espace et du temps de notre condition humaine.



C'est l'Autre qui sauve. Le salut n'est pas dans la recherche de la plénitude de soi, ni dans la conquête du vide de cette plénitude. Car en ces recherches et en ces conquêtes n'est jamais visé que le ‘même’. La foi chrétienne ne culmine pas dans l'illumination, ni dans la béance de l'illumination, mais dans la rencontre de l'Autre. La foi est ouverture à une présence et à une rencontre. Cette rencontre célèbre l'irruption de l'Autre qui vient par grâce. L'Autre. Et avec lui tous les autres. Ils viennent déranger. Contre cette irruption, jouent les mille défenses païennes en quête d'un absolu immobile, pur et impassible. Mais tel n'est pas l'Absolu chrétien qui s'appelle Amour. "La distance infinie des corps aux esprits, dit Pascal, figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité." Une distance infiniment infinie entre les plus grandes splendeurs auxquelles nous puissions par nous-mêmes accéder et la gloire qui doit se manifester en nous par grâce.


 


La parole prophétique signifie l’irruption de l’Autre au beau milieu de notre existence. L’Autre qui vient – d’extra-murospro-voquer nos clôtures pour les ouvrir à l’infini.



E. Le sens

L’humain est incapable de vivre hors du
sens. Or le sens n’est pas à partir de rien. Tout sens se donne toujours à partir d’un sens englobant plus grand et plus fondamental. Déjà la simple possibilité de dire: “c’est absurde” présuppose quelque chose comme une englobante possibilité de sens. Et ultimement, le sens du sens. C'est-à-dire ultimement le 'pourquoi' des 'pourquoi'. Une réponse ne peut être absolue que dans la mesure où elle s'énonce en accord avec un englobant absolu. Quand sommes-nous sûrs que nos réponses humaines, même 'scientifiques', sont de cet ordre ? Nous laissant trop souvent illusionner par notre horizon épistémologique et pragmatique pris comme incontournable et absolu.


 


L'homme peut-il se donner à lui-même sa source chaude ?
Ce qui est remarquable c’est que toutes les cultures, à l’exception de la culture moderne, fonctionnaient ou continuent de fonctionner avec une source chaude puissante et avec des accumulateurs de sens bien chargés. Source chaude puissante de signifiants absolus: Dieu, l’Etre, le Cosmos, la Nature, l’Ordre, les Valeurs... Accumulateurs de sens bien chargés: la tradition-transmission d’un donné signifiant et signifié important. Toutes ces cultures fonctionnent en homéostasie avec l’écosystème du sens. Et jusqu’à leur déclin, la néguentropie signifiante défie victorieusement la fatalité entropique de la dégradation du sens. Il s’agit ici non pas de tel ou tel sens particulier mais du sens total, en quelque sorte le sens du sens, le sens de tout sens possible, la donation radicale du sens, le champ fertile du sens ou encore la "vitalité" du sens en général.

Restent quand même les 'accumulateurs'. Même l’absurde le plus radical ne succombe pas à sa propre logique parce que ne sont pas encore à plat les puissants accumulateurs d’énergie sémantique. Spécialement la judéo-chrétienne signifiance. Plus qu’elle n’ose se l’avouer à elle-même, la modernité fonctionne malgré tout, même par subreptice participation, sur une formidable réserve de sens, véritable capital d’énergie spirituelle constitué au cours de l’histoire occidentale. Constitué notamment durant ces longues périodes que nous avions crues obscures et qu’une plus saine écologie du sens commence à nous faire reconsidérer aujourd’hui.

Où les humains ne vont-ils pas chercher le sens ? Pourquoi sur la scène du monde les grands ‘pourquoi’ sont-ils si absents et pourquoi le futile occupe-t-il si largement l’espace de la scène ?


  


L’absurde
naît de l’enfermement. Lorsque les existences schizoïdes se retrouvent sans lien avec l’être total, sans lien avec la raison totale, sans lien avec le sens total. Reste alors l’être cassé. L’absurde en emplit les interstices. Reste la tâche impossible de rassembler les morceaux de la raison éclatée.



Un ébranlement ou un bouleversement nous éjectent
hors de nos certitudes quotidiennes. La catastrophe. L’accident. L’échec. La mort. Le scandale... Etre expulsé du ‘milieu’ et projeté vers les ‘extrêmes’. Lorsque les ponts sont brûlés, reste une absolue béance où le sens peut se donner absolument. Les grandes ‘conversons’ en témoignent. Entre to be or not to be... A l’encontre de l’absurde, de la déraison, du non-sens. Savoir où l’on va. Ne manquer ni de boussole ni de référentiel. Etre paré pour affronter les tempêtes. Une réponse au ‘pourquoi’ multiforme et en même temps unique que l’humain ne peut pas ne pas se poser lorsqu’il prend conscience de sa condition. Le sens existentiel s'identifie avec la raison d’exister, la raison de vivre, la raison d’être embarqué. Au-delà de son acception simplement abstraite et intellectuelle, il faut lui rendre toutes ses dimensions concrètes. Par analogie avec ce qui rend possible la vie déjà simplement biologique, l'étymologie dévoile des pertinences. Ainsi entre l’esprit et l’air. Spiritus. Spirare. Respirer. L’air de l’inspire et de l’expire. L’air que, sous peine d’asphyxie, les corps respirent... L’air que l’âme et l’esprit respirent... Le souffle chargé d’énergie spirituelle. Le souffle de l’esprit.

Le sens est le
souffle de la parole. Une parole qui, sans cesse, reprend son souffle pour ne pas s’essouffler. Nous verrons, au Volume II, que l’homme est fils de la parole. La parole par excellence est donc matrice de l’humain. Et le sens en sa plénitude peut être dit souffle de la parole humanisante.



Le sens qui donne sens. Le sens qui proteste contre l’absurde. Le sens qui résiste au non-sens. Le sens qui ouvre les horizons. Le sens qui met en perspective. Le sens qui rassemble ce qui est dispersé et disperse ce qui s’agglutine. Le sens qui libère les ‘pourquoi ?’ de l’angoisse. Le sens qui affecte d’un ‘plus’ le verbe être. Le sens qui crève les cercles vicieux. Le sens qui fait que les raisons se tiennent et s’entretiennent. Le sens qui lit entre les lignes. Le sens qui met en transparence. Le sens qui ne perd pas l’humour. Le sens du sens surgit dans la béance. Entre d'extrêmes antagonismes irréductibles. A travers l'indécidé qui provoque la décision.



Dis-moi le sens englobant derrière les multiples sens englobés qui régissent ton existence concrète. C'est-à-dire l'espace total de la 'maison du sens' que tu habites et qui te donne ultimement le souffle pour vivre et pour survivre. Les différents niveaux de sens s’emboîtent. Un ‘pourquoi’ n’est pas forcément l’ultime ‘pourquoi’. Il reste encore et encore un pourquoi du pourquoi. Chaque sens constitué vit ainsi par grâce d'un sens constituant. Il se donne dans l'espace d’un sens plus grand et plus fondamental qui l'englobe et le porte. Ce sens constituant est tellement discret qu’il ne se manifeste pas habituellement en pleine lumière. Il est comme l'âme dans un corps. Il reste toujours pauvre face à la richesse des sens constitués.



L'extrême englobant du sens ne peut ultimement que se confondre avec Dieu. Si Dieu était un ‘ce quequ’on peut définir et comprendre, il relèverait du même ordre que n’importe quel ‘objet’ de connaissance ou d'action. En tant qu’objet de ‘science’, il se trouverait quelque part le long ou au bout d’une ‘longue chaîne de raisons’. Une telle compréhension serait sous le signe de la nécessité logique. Elle s’imposerait à n’importe quel esprit utilisant la bonne méthode. Mais Dieu n’est pas un ‘ce que’ objectivable. Sous peine de se nier comme Dieu, il ne peut être qu’absolu non-objet. Pur ‘Que’ sans ‘ce que’. Donc in-saisissable, in-compréhensible, proprement im-pensable. L’ultime sens englobant, le sens du sens, reste extrême béance. Sans ‘ce que’. Simplement QUEquil y ait du sens, que ne soit pas absolument le non-sens... – l’acte d’être même du sens, sans contenu et possibilité absolue de tout ‘ce que'


  


Les concepts essentiels de notre condition peuvent se diviser en deux classes selon qu’ils sont ‘clos’ ou ‘ouverts’. Les premiers nous permettent de devenir ‘maîtres et possesseurs’. Ils tendent vers un minimum de sens et un maximum de puissance. Les seconds nous ex-posent et nous livrent à l’infinie béance. Ils tendent vers un maximum de sens et nous laissent avec un minimum de pouvoir. Le sens existentiel de l’humain se cherche à travers des concepts d’extrême béance comme Dieu, l’être, l’éternité, la facticité, l’existence, la mort, l’amour, la liberté, le mal... Concepts ‘incontournables’ au sens premier du terme. On ne peut en faire le tour. On ne peut proprement les com-prendre (cum-prehendere: étreindre, saisir ensemble).

Dis-moi ton puits froid et je te dirai la force qui t’habite. La 'source chaude' reste stérile tant qu'elle ne rencontre pas, en face d'elle, un 'puits froid'. Car l'énergie est fille de la
différence de potentiel entre les deux.


Béant sur un ‘ailleurs’. Béant sur une éternité. Béant sur un autre ordre. Béant sur un ‘pourquoi’ infini. Béant sur un exode incessant. Béant sur une gratuité absolue. Le sens est d’autant plus en béance qu’il est plus englobant et plus constituant. L’extrême sens est extrême béance. L’absence de Dieu en témoigne.

Terrien spirituel


Le terrien est le contraire de l’idéologue. Il est responsable. Il a le sens des racines. Il a l’instinct du sol. Il se mesure à la résistance des éléments. Il ne sous-estime jamais les concrètes médiations. Il recommence toujours avec opiniâtreté. Grande est la méfiance du terrien spirituel devant ce qui plane. Les choses ‘dans le vent’ lui semblent sans poids. Il mesure l’abîme entre l’intention et la réalisation. Sa critique se nourrit d’existence plus que d’énoncés. L’idée, pour lui, est outil. Et l’outil se juge à sa capacité de transformer le réel. Ne pèsent à ses yeux que les mots incarnés. Le terrien spirituel sait qu’il suffit d’une minute de grêle pour anéantir l’effort d’une année, d’un moment de folie pour déchirer ce qui a été précieusement tissé durant des siècles. Il respecte trop le long travail engagé en toute construction pour succomber aux joies faciles de la destruction. Le terrien spirituel a longuement appris à planter avant de récolter. Il a le sens des longs travaux préliminaires, des lentes germinations hivernales et des patientes maturations. Il accepte de semer dans les larmes avec l’espoir de moissonner en chantant. L’humour habite le terrien spirituel. Il lui faut la distance pour être. Les signes des temps ne sont pas pour le confirmer mais pour le provoquer. Il a la sagesse des rythmes qui le dépassent. Sa parole est fruit de silence.


Gratuité

L’outil préhistorique de l’Acheuléen qu’on appelle ‘amande’ est d’emblée un caillou différent des autres galets de la nature. Il est ‘signe’ de culture, signe d’humanité. Il a été incontestablement fabriqué en vue d’une utilité technique. Sa forme d’outil s’impose en quelque sorte de façon logique; elle s’explique, se justifie et se comprend en fonction de son utilité même. Cette forme pourrait n’être que cela. En fait elle est beaucoup plus. Cette forme en ‘goutte d’eau’ est harmonieuse. Elle est belle. Ce plus est là comme ça, pour rien, pour le plaisir, gratuitement. Ce mystérieux plus est à partir d’un moins. Il vient dans la béance de l’utile, inutile. Il vient dans la négation. Il vient dans la différence. Il vient de surcroît. Il est gratuit, c’est-à-dire que sa valeur est ailleurs.

L’humain ne se manifeste jamais sans cette dimension de gratuité par laquelle un autre plus émerge, dans la rupture, au creux d’une béance. Là où la logique ne boucle plus sa clôture mais laisse jubiler le logos. Dire autrement l’indicible. Poïésis. Grâce. Cette béance du monde, cette gratuité béante au cœur de la nécessité, désigne à sa manière l’universelle sacralité


Etat de grâce


Cette expression – l’expression seulement ou aussi la réalité ? – nous a malheureusement quitté pour d’autres rives. Et c’est infiniment dommage ! Les meilleures choses nous sont ainsi ravies lorsque nous n'y croyons plus assez. Récupérées par les politiques en simple extériorité. Nous l'avons perdue de vue dès lors que, séduits par les superficies, les profondeurs divines en nous se sont estompées. Il nous faut retrouver la saveur des choses essentielles. L'Etat de grâce. Non pas une abstraction théorique. Mais une réalité qui s’expérimente. Lorsque l’Esprit au fond de toi-même ne cesse de crier ta divine filiation de grâce. Lorsqu’au fin fond de ton ‘cœur’ déborde l’Agapè de Dieu. La grâce qui ne se contente pas de passer mais qui demeure en permanence. Elisant domicile en toi. Un ‘état’. Un état de divine météorologie. Comme ailleurs il vente ou il fait beau, ici ‘il fait Dieu
’ !

A l’extrême opposé de l’état de grâce, il y a l’état de nature. Cest notre état ‘naturel’. Faut-il remonter à Hobbes pour le déceler derrière les masques et les travestis du ‘civilisé’ que nous prétendons être  ? Il suffit d’être lucides sur nos réflexes élémentaires dominés par ce ‘struggle for life’ sans lequel la vie biologique ne serait pas. Les ‘péchés capitaux’, jadis, les mettaient pourtant en singulière lumière. Pourquoi les avons-nous oubliées  ? Evacue la grâce... alors prolifère la frustration. Lorsque nous perdons l’état de grâce nous retombons dans l’état de nature beaucoup plus vite que nous croyons, livrés à nos férocités conscientes et surtout inconscientes. Avec le souci de nous rendre sortables tout en désespérant de ne jamais trouver le cosmétique qu’il nous faut pour cela.

Une maison en état de grâce


La tentation est permanente de ne considérer la maison de l’humain que dans son état de nature. Or elle n’est pleinement accomplie que dans son état de grâce. Le grand oïkos, notre grande ‘maison’ d'humanité, appelle une vraie éco-logie. Une écologie de toute
la maison de l’humain et de la maison de tout l’humain.

Pourquoi l’humain n’arrive-t-il pas à se réconcilier avec l’humain ? Pourquoi toutes nos idéologies optimistes finissent-elles par se retrouver si lamentablement dans les poubelles de l’histoire ? Une réponse sans cesse insiste. Et elle est seule à résister à sa négation. Elle crie la raison de l’échec et l’urgence d’une conversion. L’humain n’est pas à partir de lui-même, clos en lui-même. L'humain est à partir de... Toujours, déjà, à partir de... A partir de l’Autre. Nous n’existons authentiquement ‘humains’ que dans une maison en état de grâce.

Le péché contre l’écologie de la grâce est identiquement péché contre l’Esprit. Un péché contre la vérité de notre condition humaine. Ce péché se confond avec le péché du monde. C’est, en effet, par péché que la nature se constitue en autonomie opposée à la grâce. Lorsqu’elle se boucle sur elle-même et qu’elle résiste à sa transparence. Lorsqu’elle refuse de se laisser transfigurer par la gloire des enfants de Dieu qui doit se révéler à travers elle. Lorsque l’humain se laisse prendre aux mirages de l’originel tentateur. Rompez la grande Alliance. Prenez votre autonomie. Bouclez votre monde sur lui-même. Devenez ‘maîtres et possesseurs’ de vos possibles. “Vous serez comme des dieux !”.L’histoire, depuis, ne cesse de se le répéter à elle-même. Et cette redondance donne la clé de bien des mystère de notre état. Aux commencements il n’en avait pas été ainsi puisque tout débordait de la surabondance d’Agapè. Aux aboutissements il n’en sera pas ainsi puisque tout s’harmonisera dans le plérôme du Christ.



 
a u t r e s     s e c t i o n s

1 - Le mystère de l'humain
2 - Béance sacrale
3 - Réalité spirituelle
4 - Intériorité personnelle
5 - Tu dois être humain
6 - La descente mystique
7 - La traversée de la différence
8 - Le clos et l'ouvert
9 - En alliance