
La matrice de
l'humain.
L’humain
est fils de la différence.
Il ne cesse
d’engendrer des différences. Grâce essentiellement
à la parole. La
parole constitue proprement la différence pertinente de
l'humain. Sa différence spécifique d'avec tout le reste
de l'être. Elle est ce verbe
méta-phore qui
sans cesse porte infiniment au-delà.
Matrice
constituante. Les
innombrables cultures constituées
présupposent une
matrice constituante.
Une matrice commune qui donne naissance à l'humain universel.
Que peut-être fondamentalement cette matrice ? Est-elle
identifiable avec autre chose que le logos ?
Le Verbe archéologique qui engendre l'humain en tant que
humain. Le logos
anthropogène.

Le
logos. La
différence pertinente de l'humain, sa différence
spécifique d'avec tout le reste de l'être, cette
différence qui identifie l'homme, c'est le logos.
Déjà
est la parole. Toujours, déjà, est la parole. Il est
impossible de contourner son en deçà. Elle est là,
au surgissement de l'être. En archè est le Verbe. Que
serait le simple donné naturel, que serait l'être du
monde, s'il restait prisonnier du silence? Accéder à la
parole c'est d'abord rompre l'éternel silence du monde. Et
l'émergence de l'homme signifie cette rupture. Avec lui tout
se met à parler. Et tout en lui, geste, main, regard, posture,
attitude, démarche, rythme, devient 'parlant'. On peut essayer
d'imaginer à l'extrême de la limite un silence éternel
et absolu. Mais ne serait-ce qu'à travers cette imagination,
ce silence parle! Un conditionnel lourd d'absurde. Mais sans la
parole l'absurde lui-même n'aurait pas de sens.
Culture.
Il n'y a jamais
d'humain que lorsque se dit une culture. Et la culture coïncide
fondamentalement avec le 'discours'. Un discours multiforme à
travers les temps et les lieux. Un discours polyvalent fait aussi
bien de gestes constructeurs et de graphies symboliques que de
sonorités verbales. Un discours à la fois matériel
et idéel. Un discours tour à tour logique et
prophétique. L'humain n'est pas sans ce discours par lequel
l'humain se dit en se constituant et se constitue en se disant. Un
Discours par lequel l'humain se dit en se constituant et se constitue
en se disant.
Nature
et culture. Il
y a ce qui est donné
avec la naissance. Il y a ce
qui se donne
par conquête. Les deux
dimensions se recoupent. Les frontières sont indiscernables.
L’homme se trouve dans l’impossibilité absolue de
faire l’expérience de ce que serait la simple biologie
sans l’esprit. L’homme est fondamentale unité
physico-bio-psycho-socio-spirituelle.
Que l’homme se soit dressé bipède et vertical, ce
phénomène est-il naturel ou culturel ? En l’homme
la matière est pétrie d’esprit. En l’homme
l’esprit embrasse la matière. Sous quelque forme et à
quelque niveau que nous tentions de les cerner, déjà la
‘nature’ se manifeste avec un indice de ‘culture’,
déjà la ‘culture’ n’est pas sans
‘nature’.
Différence
culturelle. Une
culture engendre de plus en plus de différences. Mais déjà
elle ne se constitue qu’à partir d’une
concentration de
différences.
A l’origine des multiples cultures historiquement apparues il y
a cette condition nécessaire bien que non suffisante de
quelque chose comme une ‘oasis’ de densité
humaine, le long d’un fleuve nourricier, par exemple, ou bien
dans une plaine fertile. Toute culture est inséparable d’une
agri-culture
qui sédentarise une
concentration humaine croissante. Aucune grande culture ne s’est
constituée sans céréale,
ce concentré miraculeux de glucides, de protides et de lipides
avec ses sels minéraux et ses vitamines...
Intégration
d'un un maximum de différences. Ce
milieu humain concentré intègre un maximum de
différences personnelles, puisque l’homme est la seule
espèce où les individualités se différencient
fortement et se différencient d’autant plus fortement
qu’ils forment une plus grande communauté. C’est
une telle communauté étreignant un maximum de
différence qui devient source de culture marquante. Une telle
concentration communautaire induit toute une série d’autres
diversifications
et d’autres
intensifications
comme par exemple la
différenciation des tâches ou la production plus
intensive de subsistance. C’est toujours une différence
concentrée en
même temps qu’une concentration
différenciée qui
fait ce mélange détonnant provocateur
d’humanité.
La
culture commence avec l’originaire culte. C’est
le culte qui célèbre et rythme la différence
entre la nature et la culture. Si archaïque soit-il, le rite
cultuel est praxis d’humanisation. L’homme n’est-il
pas cet animal capable d’offrir en sacrifice son animalité
pour s’enfanter humain ? Depuis les origines, c’est
le culte qui
célèbre et rythme la différence
entre nature
et culture.
Entre la nécessité
et la liberté. Entre l’ordre des choses et la création.
Le culte actualise rituellement le drame bio-cosmique et la victoire
de la vie sur la mort. Les rites
structurent l’espace, le
temps, l’être et l’action cohérente des
hommes. Ainsi les rites de passage qui président au devenir
personnel et aux fonctions sociales. Ainsi les rites de la végétation
qui donnent naissance à l’agriculture. Ainsi les rites
totémiques qui président à la domestication des
animaux. Ainsi les rites du feu sans lesquels la métallurgie
n’aurait jamais commencé.
Le
rite sacrificiel. C’est
dans le rite sacrificiel
- sacrum facere - que la crise
sacrale s’actue de façon extrême. Dès ses
formes les plus archaïques se rejoue la crise sans laquelle
l’humain ne serait pas. Ici se révèle la profonde
dialectique sacrale. La traversée de la négation vers
l’autre. Du bon est détruit pour qu’un meilleur
soit. De la valeur est immolée pour que dans sa béance
se manifeste une autre et plus grande valeur. On sacrifie de la vie
pour vaincre la mort. Dans l’extrême rupture advient une
plus extrême plénitude. Dans la tension paroxismale de
la lutte et de l’étreinte hiérogamique sous le
signe d’éros et de thanatos. Le sacrifice actualise
cette mystérieuse dialectique à travers laquelle la
libre mise à mort d’un vivant devient victorieuse de
cette mort elle-même.
L’humain
n’est qu’à travers la différence sacrale.
Dès lors l’homme
ne peut pas ne pas ‘sacraliser’. Le sacral étant
si intimement inhérent à l’humain, où
va-t-il se loger lorsqu’une ‘culture’ particulière,
une ‘époque’, se veut démystificatrice ?
A moins d’être repris par l’autre
interpellant de la Foi, le
sacré se trouve investi ou réinvesti dans ses mille et
un avatars: Raison, Nature, Vie, Histoire, Parti, Science, Evolution,
Révolution... Tant il est vrai qu’un dieu ne se chasse
qu’au nom d’un autre ! C’est plus fort que
l’homme. Que reste-t-il à l’art, à la
philosophie, à la science même – la science dans
son projet – sans leur dimension si profondément
‘religieuse’ ? Faites l’analyse sémantique
de n’importe quel discours ‘athée’. Vous
serez stupéfaits de l’investissement sacral et
religieux, là même où il est si vivement
refoulé

La
culture et les cultures. Au
singulier, ‘la’ culture s’identifie avec la matrice
universelle du spécifique humain, culture constituante
interactivement humanité constituante. Concrètement
cependant elle ne se manifeste qu’à travers le pluriel
de la différence des espaces et des temps, en autant de
cultures constituées. Sur fond d’éternel humain,
sur fond d’universelle culture constituante, chaque culture
particulière se constitue dans la différence comme
création originale. Les cultures sont multiples et
différentes. Pourtant elles ouvrent toutes l’homme à
l’universel de la culture.

Chaque
culture particulière, située
dans un lieu géographique et se déployant dans une
durée historique, peut ainsi se comprendre concrètement
comme espace culturel.
La culture se vit concrètement comme un ‘milieu’.
Elle se vit avant de s’expliciter. On s’y reconnaît
sans forcément la connaître. C’est dans le sein de
sa culture que chaque homme est chez lui. Elle est comme sa maison
paternelle hors de laquelle il se sent toujours quelque peu étranger
et dont il ne prend pourtant réellement conscience que dans la
distance par rapport à elle. Chaque culture particulière
fonctionne à l’intérieur d’un champ
culturel. Chaque culture personnelle dans le champ culturel d’une
région à un moment historique donné. Celui-ci
dans un champ culturel géographiquement et historiquement plus
étendu. Ensembles emboîtés interactivement dans
des ensembles de plus en plus larges jusqu’à l’ensemble
des ensembles englobant de la totalité de l'humain. Ces
différents systèmes culturels, jusqu’en leur
totalité systémique, sont à la fois producteurs
et consommateurs de sens. Ce ne sont pas des systèmes clos
mais des systèmes ouverts.

Matrice.
Pour naître humain suffit-il
d'être engendré dans le sein d'une femme ? La
matrice `naturelle' de l'espèce humaine suffit-elle à
engendrer authentiquement cet `enfant d'ailleurs' qu'est l'homme ?
Au sortir de sa matrice naturelle, l'homme ne fait que balbutier son
humanité. La matrice biologique n'engendre encore que le
préalable. La matrice d'authentique humanité est de
l'ordre de la culture. Il n'existe pas d'humanité qui soit
sans ce discours par lequel l'homme se dit en disant sa culture.
Cette ‘parole’ différentielle, culturelle, décide
de l'homme parce que l'homme se décide à proférer
le verbe qui donne sens à son monde et lui donne sens à
lui-même.

L'homme
parle. Il dit et se dit à
travers ce dire. L'humain est création du verbe. En même
temps le verbe est création humaine. Le cercle n'est vicieux
que dans le monologue. Il est par contre infiniment fécond
dans le dialogue. Ici encore le critère passe entre le clos et
l'ouvert.
Le
discours-culturel. Il n'y a jamais
d'humain que lorsque se dit une culture. Un discours multiforme à
travers les temps et les lieux. Un discours polyvalent fait aussi
bien de gestes constructeurs et de graphies symboliques que de
sonorités verbales. Un discours à la fois matériel
et idéel. Un discours tour à tour logique et
prophétique. L'humain n'est pas sans ce discours par lequel
l'humain se dit en se constituant et se constitue en se
disant.
Espace
de la Parole. La différence
pertinente de l'humain, sa différence spécifique d'avec
tout le reste de l'être, cette différence qui identifie
l'homme, c'est le logos. Par lui l'humain se trouve exposé
hors de. Par lui il est entraîné dans une aventure
jamais finie. Verbe métaphore qui porte infiniment au-delà.
La parole... Existe-t-il une seule possibilité qui ne
l'implique pas ? Sans elle, que resterait-il de la pensée ? Et
de l'imagination ? Et de la perception ? Et du sentiment ? Que serait
le simple donné naturel, que serait l'être du monde,
s'il restait prisonnier du silence ? Accéder à la
parole c'est d'abord rompre l'éternel silence du monde. Et
l'émergence de l'homme signifie cette rupture. Avec lui tout
se met à parler. Et tout en lui, geste, main, regard, posture,
attitude, démarche, rythme, devient “parlant”.
Sans la
parole... On peut essayer
d'imaginer, à la limite - à l'extrême de la
limite ! - un silence éternel et absolu. Mais c'est encore,
c'est toujours, un silence qui parle ! Et s'il se taisait ? Alors
plus rien... rien... rien... Même pas les points de suspension
! Si n'était pas la parole... Ce conditionnel est lourd
d'absurde. Mais sans la parole l'absurde lui-même n'aurait pas
de sens. Rien n'aurait de sens. Bien moins, rien n'existerait. Que
serait en effet l'être immergé dans un silence
impénétrable ? Rien ne serait. Même pas le néant
puisque le néant lui-même a encore besoin de se dire.
Déjà est la parole. Toujours, déjà, est
la parole. Il est impossible de contourner son en deçà.
Elle est là, au surgissement de l'être. En archè
est le Verbe.

Matrice
universelle. Au singulier, ‘la’
culture s’identifie avec la
matrice universelle du spécifique humain, culture constituante
interactivement humanité constituante. Concrètement
cependant elle ne se manifeste qu’au pluriel, à travers
la différence des espaces et des temps, en autant de cultures
constituées. Sur fond d’éternel humain, sur fond
d’universelle culture constituante, chaque culture particulière
se constitue dans la différence comme création
originale.

Espace
de la différence. Le sens
n’est chez lui que dans l'espace de la différence. De
cet espace on peut essayer de tracer les coordonnées.
Celles-ci peuvent se trouver dans les quatre dynamiques fondamentales
du projet humain. A savoir l’être-soi,
l’être-vers,
l’être-avec et
l’être-plus.
Ces quatre dynamiques jouent amplement à travers nos lexiques.
Sous forme de racines-préfixes - In
- Ex -
Cum -
Trans -
qui sont également les dynamiques de notre verbe.
L’espace
culturel est l’espace
épistémologique et pragmatique qui définit, pour
une humanité donnée et à une époque
donnée, les référentiels et les coordonnées
de la connaissance et de l’action, toujours conditionnées
selon des possibilités et des impossibilités.
Concrètement cela veut dire que l’intelligibilité
et la faisabilité, la science et la technique, la
compréhension et la création, fonctionnent toujours à
l’intérieur de certaines limites et de certaines
déterminations.
Obstacles
épistémologiques et pragmatiques. Chaque
culture, chaque moment culturel, recèle de tels obstacles,
c’est-à-dire des résistances au pensable et au
praticable. Ces résistances résistent en même
temps à leur mise en lumière. Aucune culture n’est
consciente de ses propres obstacles. Ce n’est qu’à
partir du dehors qu’ils se dévoilent. A partir de
l’autre... L’autre culture. Ou l’autre regard.
Prophétique. Ce sont les révolutions épistémologiques
et les révolutions pragmatiques qui signifient la rupture de
tel ou tel de ces obstacles dans une culture donnée. En même
temps, elles ouvrent l’espace pour le redéployer de
façon nouvelle par réajustement systémique.

Chaque
culture particulière, située
dans un lieu géographique et se déployant dans une
durée historique, peut se comprendre concrètement comme
un espace culturel.
Cet espace, épistémologique et pragmatique, définit,
pour une humanité donnée et à une époque
donnée, les référentiels du possible et de
l'impossible de sa connaissance et de son action.
Chaque
espace intègre et exclut.
Il intègre
ce qui est compossible avec ses préalables.
Il exclut l’inintégrable.
Entre cette intégration et cette exclusion se joue en fait son
originalité. Dis-moi ce que tu intègres et ce que tu
exclus et je te dirai qui tu es.
Systémique.
L’ensemble systémique
du Discours semble singulièrement avoir échappé
à l’auto-compréhension de la modernité qui
se croyait discursivité exponentielle à l’infini
s’identifiant avec l’ouvert infini. La crise,
aujourd’hui, nous renvoie du côté des limites et
de l’entropie. Et derrière la crise d’un discours
particulier nous percevons la crise de son englobant. Et, par
systémique inter-activité, renvoyés d’englobant
en englobant, nous commençons à percevoir que c’est
l’ensemble des ensembles, le système des systèmes
discursifs, qui est en crise. ‘Le’ Discours lui-même
de la modernité.
Ce
discours fonctionne en effet comme un système.
Et comme tout système particulier, il se
situe dans un méga-système plus large et
plus englobant. Quelque chose comme son ‘écosystème’.
Cependant l'anthropocentrique revendication d’autonomie ne peut
que refuser cet ‘écosystème’ d’une
donation plus englobante. La schizoïdie anthropocentrique par
laquelle la modernité se boucle sur elle-même se révèle
être ainsi un gigantesque feed back par lequel la sortie du
système se réinjecte en son entrée. Tout en
prétendant fonctionner exponentiellement à partir de
cette autonomie.
Le
Discours ainsi bouclé sur lui-même et
bouclant sa propre exponentialité sur elle-même se met à
fonctionner en clôture systémique avec feed back de
rétroaction positive qui ne cesse d’emballer ce même
Discours et lui donne l’illusion d’une indéfinie
auto-créativité. En fait, cependant, se coupant de plus
en plus de la source chaude de l’autre
de lui-même et épuisant de plus en
plus vite ses réserves d’énergie spirituelle
historiquement accumulées, il se nourrit de plus en plus de
ses propres déchets qu’il n’a même plus le
temps de recycler et va jusqu’à se complaire dans
l’absurde et l’étrange de sa propre entropie.
Quelque chose comme un ‘stade anal’ d’autiste
coprophagie... Vaste déploiement de la sophistique de la
caverne, voici le grand discours
tautologique, auto-producteur de sens
et auto-justificateur de lui-même. Régisseur d'une
infinité de discours schizophrènes qui, dans leur
différence, ne disent pourtant fondamentalement que le
même.
Nouvelle
Babel... La prolifération
tautologique se dote de médiations – les ‘media’
justement ! – utiles pour sans cesse lancer et relancer sa
propre exponentialité. En embrayage direct sur le système
d’outilité exponentielle. Et trouvant dans cette
exponentialité même sa propre consistance.
Production
mercenaire. Le Discours produit de
plus en plus de discours qui prennent valeur par leur consommation
même. Car cette production mercenaire de discours n’est
que par le consommateur qui lui-même n’est que par son
conditionnement. Par sondages interposés, un ‘public’
conditionné conditionne la croissance de son propre
conditionnement. Un discours ‘lancé sur le marché’
peut ainsi faire ‘boule de neige’ à condition que
le bruit publicitaire soit instantanément intense et que la
‘cible’ ait des réflexes suffisamment
conditionnés. Une fois l’impact du processus assuré,
le déferlement quantitatif consacre la qualité qui, à
son tour relance la quantité. Dans la logique du feed back
tautologique la boulimie s’entretient avec la même
frénésie. Avalant des forêts de pâte à
papier et saturant les ondes.

Inflation
des signes et des signifiés... Prolifération
de signes enflés et gonflés de vide... Polysémie
où n’importe quoi signifie à la limite n’importe
quoi... Tautologique auto-production du signe par le référent
et du référent par le signe... Relativité... Ce
que parler ne veut plus dire.
Les
maîtres penseurs du soupçon. Au
moment même où l’homme avait cru boucler la boucle
de sa propre divinité, déjà se levaient les
‘maîtres penseurs’ du soupçon. Marx.
Nietzsche. Freud. Les Maîtres penseurs du soupçon
n’avaient pas fini d’annoncer la mort de Dieu que déjà
les Maîtres penseurs de l’absurde annonçaient la
mort de l’homme.
Innombrables...
Voyez nos `Maîtres Penseurs'
qui se battent à occuper si verbeusement l'avant-scène
de notre caverne... Il y a les trompettistes des prétendus
`lendemains qui chantent' et qui ne font que déchanter !
Il y a les vertueux dénonciateurs de l'opium du peuple dont le
peuple, bien vite, se met à dénoncer l'opium ! Il
y a les sentencieux qui prennent la myopie de leurs visions pour le
dernier mot de l'histoire. Il y a les petits esprits qui ne doutent
pas des `horizons indépassables' de leurs étroitesses.
Il y a les éboueurs des `poubelles de l'histoire' qui ne
finissent pas de vider les poubelles. Il y a les charlatans habiles à
vous déclarer malades de complexes mythiques pour vous vendre
leurs placebos. Il y a les coprophages...

Le
Discours de base. Derrière
les discours au pluriel se tient chaque fois un
Discours au singulier qui les englobe. La
multiplicité des discours d’une culture se profèrent
interactivement sur fond de murmure de ce Discours. Donateur de
cohérence, d’unité, de totalité, de valeur
et de sens, délimitant à chaque moment du devenir
humain l'espace épistémologique et pragmatique du
possible et de l'impossible. Ce Discours
de base est plus diffus qu’exprimé.
Plus inconscient que conscient. Plus implicite qu’explicité.
Plus sous-jacent que manifesté. En lui-même, ce Discours
s'apparente plutôt au silence. 'Non-dit' derrière le
'dit'. Il porte et informe les mille discours plus particuliers.
Englobant des discours. Système des systèmes
discursifs. Contenant, donc, plutôt que contenu. Un espace.
Fondamentalement, ce Discours de base se situe entre les deux
possibilités contraires du clos
et de l'ouvert.
Il peut ouvrir l'humain à l'infini. Il peut aussi l'enfermer
en se prenant pour l'horizon
indépassable à tel moment
de sa diction historique...
Le Discours dominant. Derrière l'infini du dire qui surabonde dans chaque espace culturel se tient un Discours aux prétentions totalitaires. Le Discours dominant. Il ne s'explicite que très rarement et pourtant il est omniprésent. Un Discours derrière les discours. Le grand `souffleur' de nos mises en scène. C'est lui qui dicte ce qui est sortable et ce qui ne l'est pas, ce qui est `correct' et ce qui ne l'est pas. Le non-dit est son expression habituelle. Il ne prolifère que derrière les démissions personnelles. Le `on' est son empire.

L'allégorie
de la caverne
de Platon au Livre Septième de la
République. Cette caverne symbolise avec beaucoup de
pertinence notre univers mental. C'est-à-dire notre 'culture
prisonnière de son 'horizon indépassable' selon
l'expression de Sartre, le grand spécialiste de nos
enfermements modernes. Avec un terrible soupçon. La vérité
vraie est-elle seulement ce que les hommes en expérimentent
dans l'espace `naturel' qui est le leur depuis leur naissance ?
Une
étrange mise en scène... Une
demeure souterraine en forme de caverne. Des hommes enchaînés
là depuis leur naissance. De solides liens qui les
empêchent de bouger et de tourner la tête et les obligent
à ne voir que devant eux. Une lumière qui vient
d'un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux.
Une route élevée et ce petit mur qui passe
entre le feu et la caverne. Des porteurs d'objets divers qui parlent
ou se taisent, laissant leurs voix se répercuter en écho...
Ils sont tous esclaves du Maître de la caverne.
C'est-à-dire de ce Discours qui fonctionne dans l'horizon
indépassable de la caverne. Il
représente la logique la plus pertinente de la grotte. Il
s'identifie à la bonne conscience de la caverne. Il est
promoteur du consensus de la caverne. Il fait la loi dans la caverne.
Il est garant des euphories de la caverne. Il est détenteur
des secrets de la caverne. Il meuble l'imaginaire de la caverne. Il
porte les lumières de la caverne. Il instruit les magiciens
des fictions de la caverne. Il donne voix aux ténors des
polyphonies de la caverne. Il dicte les chroniques de la caverne. Il
garantit le succès aux jeux et concours de la caverne. Il
inspire les propagandistes des utopies de la caverne...
Qu'on
libère un de ces prisonniers. Il
y faudra la force. On le fera souffrir. Il se plaindra. Tant proteste
la nature. Aussi bien la première que la seconde. C'est
pourtant le prix à payer pour découvrir la pertinence
du dehors et
de passer de l'obscurantisme à la lumière.
Retour
dans la caverne. Il faut encore
imaginer cet homme redescendre dans la caverne et s'asseoir à
son ancienne place. N'aura-t-il pas les yeux aveuglés par les
ténèbres en venant brusquement du plein soleil ?
Imaginons-le entrer à nouveau en compétition pour juger
ces ombres, avec les prisonniers qui n'ont point quitté leurs
chaînes, dans l'état où sa vue est encore confuse
et avant que ses yeux se soient remis. Ne prêtera-t-il pas à
rire à ses dépens? Ne diront-ils pas qu'étant
allé là-haut il en est revenu avec la vue ruinée?
Et donc que ce n'est même pas la peine d'essayer d'y monter!

La
caverne
représente notre espace humain avec ses
limites et dans sa clôture. L'homme y est enchaîné
par les nécessités `naturelles' de
sa condition. Son regard et sa manière d'être sont
conditionnés par les multiples contraintes qui lui viennent de
naissance et, ensuite, par acquis: ses possibilités physiques
et physiologiques, son héritage culturel, son éducation,
les réflexes naturels et acquis, ses habitudes mentales, le
mimétisme social... L'illusion d'une caverne infinie oblitère
les chances du dehors.
Les ombres
sont l'alibi du `réel'
lorsqu'il n'y a plus d'autre réel. Elles
révèlent et cachent en même temps. Elles
témoignent de la lumière à condition de voir
au-delà. Dans les limites de la caverne leur évidence
s'impose. La lumière
au loin n'est pas visible immédiatement car
elle éblouit. Elle est la raison invisible des reflets.
Ainsi donc la
réalité de la fiction peut-elle être pour l'homme
plus réelle que le réel ! Il
ne reste aux cavernicoles que la `réalité' virtuelle
qui occupe l'essentiel de leur temps. `Métro, boulot, dodo'
comme on dira un jour. Toute une palette d'activités
`sérieuses'. Des concours, des examens et des promotions avec
leur cortège de diplômes et de médailles.
Sans
référence à l'autre. Peuvent-ils
avoir le moindre doute sur ce qui leur paraît être le
`réel' ? Manquant de toute référence à
l'autre,
ce même s'impose
à eux comme un absolu. Il est seul à faire la loi sans
la différence.

Irruption
de l'Autre. La
parole
prophétique
signifie l’irruption de l’Autre au beau milieu de notre
existence. L’Autre qui vient pro-voquer nos clôtures pour
les ouvrir à l’infini
a u t r e s j a l o n s