Divertissement et frivolités



A considérer le monde dans sa totalité, on voit que la plus grande partie des hommes du monde entier sont malheureusement ennemis de Dieu. (45)


Sache ceci: de même que dans le cimetière il y a beaucoup de morts, ainsi y a-t-il dans la sainte Eglise bien des hommes morts.
Ils paraissent vivants, mais en réalité ils sont morts. (69)


Quelles inexprimables ténèbres il y a sur terre, chez les religieux comme chez les gens du monde! C'est un spectacle désolant.
Les païens règlent mieux leur vie que nous. (75)


Ah!
que de choses surprenantes on verra plus tard arriver à ceux qui se croient maintenant en excellente posture! (47)


C'est vraiment une chose lamentable et déplorable qu'un homme de vie spirituelle vive trente, quarante ans, et s'en aille se lamentant et se plaignant qu'il mène une vie parfaitement vaine et
ne sache pas encore, à l'heure qu'il est, à quoi s'en tenir. (83)


Vous suivez ainsi votre
petit train-train pendant plus de vingt ou trente ans. Pendant ce temps vous avez eu l'apparence d'une vie religieuse. Mais vous n'êtes ni plus loin ni plus près que le premier jour. C'est une misère, incontestablement! (73)


Il y a des hommes qui servent Dieu par contrainte, des hommes qu'on doit forcer au service de Dieu. Le peu qu'ils font, ils ne le font point par amour de Dieu et par dévotion, mais par crainte. Ce sont
ces gens d'Eglise sans grâce et sans amour qui ont besoin d'être forcés à se rendre au chœur et à beaucoup d'autres exercices. (45)


Ils
se reposent sur leurs pratiques, sur leur entendement, sur leurs œuvres et sur leur grande apparence. Mes enfants, aussi longtemps que le temps est au beau fixe et qu'ils jouissent de leur paix à eux, tout ce qu'ils font paraît beau et même meilleur que ce que font d'autres hommes bons et justes. Mais que tombent sur eux le vent et l'orage, les voilà complètement abattus. (45)


Ah! mes enfants, à l'heure de la mort, quelle angoisse et quelle misère apparaîtront là où Dieu ne sera pas trouvé essentiellement présent dans le fond de l'âme, mais
seulement à l'état de fiction! (45)


Il y a des personnes qui se tiennent en bas de l'arbre et s'agrippent à son écorce. Mais ils
refusent de monter sur l'arbre. (45)


Il y a de ces âmes qui passent leur existence dans une
apparence de vie religieuse, enfermées dans les pratiques de leur choix, sans savoir où elles en sont. Elles ne goûtent et ne sentent pas Dieu et laissent ainsi aller les choses. Elles pensent en elles-mêmes que c'est là de l'abandon. En fait, il n'y a là qu'inattention et qu'insouciance. (72)


C'est une grande honte et une ignominie
que l'homme connaisse tant de choses et ne se connaisse pas lui-même. Personne ne doit rester dans le doute concernant sa vie éternelle. Nous devons savoir, et non pas simplement avoir une opinion, de quelle façon Dieu est en nous et où nous en sommes par rapport à Lui. (72)


Quant aux raisonneurs, ils arrangeront tout ceci à leur façon et se l'approprieront dans la subtilité de leur raison. Mais quand viendra l'heure de la mort,
ils trouveront leur fond vide de Dieu et entreront en grande détresse. (74)


Combien le monde entier est plein de ces marchands! Il y en a parmi les prêtres et les laïques, parmi les religieux, les moines, les nonnes... Ces gens sont dans un trouble continuel et ils ne savent pas eux-mêmes ce qui leur manque. C'est que
leur temple est plein de commerce: ils ne veulent pas s'abandonner eux-mêmes. (46)


On trouve des gens qui se livrent à une fausse passivité et renoncent à toute activité. Ils vont jusqu'à éviter intérieurement les bonnes pensées. Ils disent qu'ils sont arrivés à la quiétude. Ils ne pratiquent pas non plus les œuvres de vertu sous prétexte qu'ils sont montés plus haut.
Ces gens-là ont un diable assis chez eux qui les garde en cette fausse quiétude. (77)


Dans une grande communauté, il y a
peut-être à peine une ou deux personnes qui consentent à prendre ce chemin. Toutes les autres qui se trouvent avec elles devraient coopérer à les préparer à cette œuvre. Oui. Au lieu de cela, il arrive qu'on les maltraite et qu'on leur parle durement. (77)


Couvents et ermitages sont pleins de cet esprit qui pousse à
toujours vouloir être et paraître quelque chose. (83)


Ah! mes chers enfants, combien on trouve de ces
pharisiens et parmi les religieux et parmi les gens du monde! La terre en est pleine, pleine, pleine... gens en habits noirs et rouges, gris et bleus, qui en raison de leur richesse et de leur parenté, de leur science, de leur talent ou de leur intelligence, de leurs aumônes ou de leurs apparences de plus grande sainteté, et d'autres choses semblables, pensent que c'est vers eux qu'on devrait se tourner avec déférence. (83)


Pourquoi donc ces tourments et ces
mécontentements ? Très cher enfant, sache-le, la cause de ce mécontentement ce ne sont pas tes œuvres, non, absolument pas. C'est le désordre avec lequel tu les fais. (47)


Ceux qui ne sont pas allés au delà et au dessus de leur petit monde habituel et de la région des choses naturelles,
n'ont pas plus d'intelligence pour les choses élevées, pour les choses de Dieu, que des veaux ou des bovins. (1)


Tous ceux qui n'arrivent pas à cette transparence intérieure et en qui, par conséquent, le fond mystérieux de l'âme ne peut pas se découvrir et se manifester
ne sont que des marmitons. (6)


C'est un gros affront et une honte que nous, pauvres arriérés que nous sommes, nous qui sommes chrétiens et avons à notre disposition de si grands secours,
nous tournions en rond comme des poules aveugles, sans nous connaître nous-mêmes ou ce qui est en nous, et sans rien savoir de tout cela! (44)


Vois donc comme
les bêtes sans raison sont mieux dotées que toi dans leur nature. Il leur pousse des vêtements qui leur suffisent pour le froid et pour le chaud. Mais toi, tu dois leur emprunter ton vêtement! Et de cette indigence tu oses faire une source de plaisir, de jouissance et d'orgueil! (51)