Recueillement



Il faut rappeler toute dispersion à la concentration. (1)


Le souci des choses extérieures cause à l'homme un triple dommage. D'abord il aveugle la raison et l'intelligence. Puis il éteint le feu de l'amour, le privant de sa force et de son ardeur. Enfin il obstrue et
barre la voie intérieure qui conduit vers Dieu, tout comme un mauvais brouillard ou une épaisse fumée qui nous coupe la respiration. (62)


Pour que la naissance puisse s'accomplir, il faut un vigoureux retour en soi, un recueillement, un
rassemblement intérieur de toutes les puissances, les inférieures aussi bien que les supérieures. (1)


Voilà précisément ce que fait
l'homme intérieur et transfiguré. Intérieurement il est à sa jouissance contemplative. Pourtant, grâce à la lumière de sa prudence, d'un coup d'œil il surveille les facultés extérieures et leur indique à chacune la tâche à accomplir. Mais il reste intérieurement plongé et comme noyé dans la jouissance de son attachement à Dieu, sans que la liberté de cette jouissance soit aucunement gênée par ses œuvres. (40)


Pourquoi se disperse-t-on ainsi? Pourquoi est-on ainsi désemparé? La cause, c'est que Dieu n'a pas pénétré ton fond avec ce qu'il est réellement. Mais
tu t'es fait un Dieu imaginaire, un Dieu tel que tu en as besoin, et non pas un Dieu tel qu'il est réellement lui-même. (72)


La raison en est dans l'étroite union de ces facultés. Cette union rend la dispersion si facile que l'âme est toujours prête et disposée à se répandre entièrement dans les choses sensibles et qu'elle
se détourne ainsi des réalités éternelles. (1)


L'homme ne se réduit pas à la sensibilité. De là vient que l'homme peut accomplir toutes ses opérations sans s'y engager lui-même tout entier. C'est grâce à cela que, dans la multiplicité, il garde Dieu présent et demeure lui-même en dehors de la multiplicité. (72)


Le serviteur de Dieu
ne sera pas lui-même entraîné dans la multiplicité. Il ne se laissera jamais troubler par les contingences qui le touchent, si nombreuses soient-elles. Même si Dieu ne lui était pas si fidèlement présent dans sa raison, il lui est pourtant aussi proche et intime que possible, dans son ‘gemüt’. (72)


C'est bien le propre d'un homme parfait, bien intériorisé et transfiguré,
que l'action et la jouissance contemplative aillent de pair, et que l'une n'empêche pas l'autre, tout comme en Dieu. (40)


Ces âmes doivent se garder elles-mêmes d'interroger des maîtres qui ne les comprendraient pas. Ceux-ci pourraient les mettre en grand trouble, si bien qu'
après avoir été emmenées loin au-dehors, elles ne pourraient plus rentrer, même au bout de vingt ou de quarante années. (43)


Au cours de cette vénérable fonction sacerdotale,
quand l’homme est ainsi entré seul dans le Saint des saints et s’y tient avec ses facultés tendues à l’extrême, sans prononcer de parole, alors l'ange de Dieu qui s'appelle Gabriel se tient debout près de l'autel, là où s'accomplit la vénérable et divine fonction. (43)


Si l'âme se recueille en son fond elle devient divine et vit d'une vie divine. Tant que l'homme, au contraire, s'occupe de choses extérieures et sensibles et opère avec elles, il ne peut rien savoir de cette recherche.
Il ne peut même pas croire qu'il porte cela en soi. (53)


Cette angoisse fait courir beaucoup à Aix-la-Chapelle, à Rome, parmi les mendiants ou dans les ermitages. Mais
plus ils courent au-dehors, moins ils trouvent! (61)