L’Abîme appelle



Abyssus abyssum invocat. L'abîme appelle l'abîme. La profondeur de l’abîme que tu es en tant que créature attire l'Abîme béant du Créateur. Alors l'un se perd dans l'autre et il n'y a plus qu'un seul un. Un néant dans un autre Néant. (51)


Cette connaissance est tout d'abord voilée. Les facultés ne peuvent pas atteindre ce fond. Elles ne peuvent même pas s'en approcher à la distance d'un millier de milles. L'étendue qui se présente dans le fond n'a pas d'image qui la représente, pas de forme, pas de modalité déterminée. On n'y distingue pas un ‘ici’ et un ‘là’. C'est
un abîme insondable en suspension en lui-même. Sans fond. (44)


On dirait des eaux qui bouillonnent en écumant. Tantôt elles
s'engouffrent dans un abîme et il semble qu'il n'y ait absolument plus d'eau. Un instant après, elles surgissent de nouveau en tumulte, comme si elles allaient tout engloutir. (44)


On s'engouffre dans un abîme. Et
dans cet abîme est l'habitation propre de Dieu. Beaucoup plus que dans le ciel ou en toute créature. (44)


C'est ainsi que
le néant créé s'abîme dans le néant incréé. Mais c'est là une chose qu'on ne peut ni comprendre ni exprimer. (41)


Rien ne peut combler ce fond; rien de créé ne peut le sonder; rien ne peut ni le satisfaire ni le contenter.
Personne ne le peut que Dieu. Avec toute sa démesure. A cet abîme correspond seul l'Abîme divin. "Abyssus abyssum invocat". (44)


C'est ici que se vérifie la parole du prophète dans le psaume: "Abyssus abyssum invocat.” – “L'abîme appelle l'abîme." L'abîme créé appelle en soi l'abîme incréé, et
les deux abîmes ne font plus qu'une seule unité, un pur être divin. Là, l'esprit s'est perdu dans l'esprit de Dieu. Il s'est noyé dans la mer sans fond. (41)