Difficile abandon



Combien en trouverez-vous et en verrez-vous de ces gens qui auront fait de grandes œuvres, se seront livrés à de grandes pratiques et auront ainsi acquis grand renom et grande apparence! Mais voici que la complaisance exagérée qu'ils y auront mise les aura dépouillés de tout, si bien qu'ils devraient se montrer encore bien reconnaissants s'ils étaient rangés parmi les gens grossiers, ignorants et incultes. (77)


Et combien d'hommes pauvres et simples dont personne, à cause de leur attitude humble, ne considère ni l'apparence ni les œuvres, dépasseront les premiers d'une telle hauteur qu'on pourra à peine les apercevoir encore, tellement ils seront montés haut. (77)


Je trouve quelque chose de ce fond qui s’abandonne chez les jeunes gens. Mais
chez les vieux ce fond est gâté, car ils s'appuient trop lourdement et avec trop d'attachement sur leurs petits règlements de vie et à leurs vieilles habitudes. Ils sont grincheux et remplis de préjugés... (63)


Mes enfants, pour tout l'abandon qui ne se traduit pas en actes je ne donne pas une fève. Il ne vaut rien s'il n'a pas été conquis véritablement, par les œuvres, à l'encontre de la nature malicieuse qui dispose de plus de mille ruses et détours où elle se complaît. Un tel faux abandon est là une
contrefaçon du véritable abandon. (83)


Il existe, cela ne fait aucun doute pour moi, des milliers d'hommes qui ont les apparences de grande sainteté et de spiritualité extraordinaire, qui ont passé tous leurs jours dans une vie spirituelle intense, qui courbent bien bas leur tête, et qui mourront
sans avoir entrevu, ne serait-ce qu'un instant, ce qu'est le véritable abandon. (83)


Aurais-tu souffert les martyres que tous les martyrs ont soufferts,
aurais-tu fait tout le bien qui s'est jamais fait dans toute la chrétienté ou qui s'y fera jamais jusqu'à la fin du monde, dans la mesure où tu aurais pour cela quelque attache et affection ou bien que tu y trouverais une quelconque satisfaction, tout cela tu devrais le compter pour rien... (14)


Te laisserais-tu attacher à la roue plusieurs fois par jour,
mille fois par jour te laisserais-tu passer au fil de l'épée en revivant ensuite, ne mangerais-tu que des pierres et des ronces, tu ne pourrais pas y arriver! (14)


Plonge-toi bien plutôt dans la profonde et
insondable miséricorde de Dieu. (14)


Certaines personnes sont si totalement réfractaires à l'abandon et si portées à s'attacher, qu'elles doivent
être traitées comme une aire qu'on veut préparer pour le battage. Cette aire est d'abord raboteuse et bosselée. En pareil cas, on doit prendre un balai fort et rude et la balayer en la grattant sans ménagement jusqu'à ce qu'elle devienne bien lisse et bien égale. (37)


Or certaines personnes sont tellement raboteuses et si peu abandonnées que
Dieu doit employer avec elles le balai dur et raide de multiples tentations et de la souffrance afin de leur apprendre à s'abandonner. Mais pour celles qui sont égalisées et abandonnées, le balayage se fait tout seul. (37)


Mes chers enfants, en cet abandon total il peut cependant bien encore arriver qu'il vous échappe une parole vraiment dure. Ne t'en effraie pas.
Dieu l'a permis pour ton plus grand bien, afin que tu t'enfonces davantage dans ton néant. (64)


De même il peut bien se présenter aussi quelque mouvement de colère. Tout cela c'est pour t'amener à un plus complet reniement de toi-même.
Tout est là: se plonger sans mesure dans un néant sans fond. (64)


Voici que sœur Chamaille t'accoste avec des paroles blessantes.
Si alors tu pouvais t'abandonner à la volonté de Dieu et accepter cette contrariété, sache que ce serait là l'œuvre du saint Esprit. (25)


Enfants, cela ne peut pas se faire en un jour ni en un an. Ne vous effrayez pas.
Cela prend du temps. Et il y faut de la simplicité, de la pureté, de l'abandon. La porte sera ouverte à quelques-uns tout d'un coup, à d'autres après une certaine attente dans l'abandon. (15)