A la verticale

 

L'acte de foi fondateur de notre modernité va au ‘progrès’. Il nous fait croire, un peu trop naïvement sans doute, que tout, l'être comme l'avoir, la valeur comme le bien-être, le sens comme la connaissance, n'est qu'en croissance, par accumulation, le long de la ligne du temps. Plus et mieux aujourd'hui qu'hier. Plus et mieux demain qu'aujourd'hui. Cette fuite en avant dans l’extériorité, hors de nous-mêmes, nous laissera-t-elle longtemps sans que nous brûle la soif de l’authentique ? 

Laisse-toi aller à ta
 
source. Elle n’est pas à chercher au-dehors. Elle n’est pas à chercher dans une fuite en avant. Elle est en toi. Ce n’est pas dans les superficies horizontales que tu trouves la grande jubilation. Tu la trouves à la verticale de toi-même. C’est là que Dieu jubile en toi et que tu jubiles en Dieu.

Ce n’est pas dans les superficies horizontales que tu trouves la vérité. C’est uniquement à la
verticale de toi-même et du monde.

L'acte de foi fondateur de la modernité va au ‘progrès’. Il nous fait croire, un peu trop naïvement sans doute, que tout, l'être comme l'avoir, la valeur comme le bien-être, le sens comme la connaissance, n'est qu'en croissance, par accumulation, le long de la ligne du temps. Plus et mieux aujourd'hui qu'hier. Plus et mieux demain qu'aujourd'hui.

Cette fuite en avant
dans l’extériorité, hors de nous-mêmes, nous laissera-t-elle longtemps sans que nous brûle la soif de l’authentique  ? Le prix de l'eau n'est apprécié que lorsque dure la sécheresse. La valeur de l'air croît avec l'essoufflement. Devant nos soifs essentielles, les choses très simples de l'existence sont aussi les plus précieuses. Nous redécouvrons ce que veut dire source.

Laisse-toi aller à ta source. Elle n’est pas à chercher au-dehors. Elle est en toi. Tu la trouves à la verticale de toi-même. Ce n’est que là que tu te retrouves authentique. C’est-à-dire
ouvert sur les extrêmes qui te dépassent et t’accomplissent en même temps.

De qui es-tu fils ou fille  ?

Nous risquons, aujourd’hui, de ne plus le savoir. Nous nous croyons tellement sortis de la cuisse de Jupiter que nous avons oublié notre généalogie vraie. Alors nous restons flottants dans les conjectures. Orphelins du Hasard et de la Nécessité  ? Orphelins de l’Absurde ?

L'espérance moderne s’était nouée sur l’
homme en son autonomie souveraine. Puis vint le soupçon. Jusqu’aux affirmations de la ‘mort de l’homme’. Moins d’un siècle après la proclamation de la ‘mort de Dieu’. Et si l’humain n’était qu’une illusion trompeuse ? Et si l’homme se réduisait à une ’rationalité sans sujet’  ? Et si la conscience n'était qu'une ‘illusion de stabilité’ répondant à notre illusoire ‘besoin d'absolu’ ?

Dès lors que faire de cette ‘illusion métaphysique’ ? Nietzsche la soupçonne de n'être qu'invention sophistique, effet du langage trompeur, factice substantification d'actes psychologiques, bref, une ‘fiction’. A évacuer ! Psychanalyse et structuralisme, par ‘inconscient’ interposé, s'en occuperont avec acharnement. Voilà le sujet personnel réduit à n'être plus que l'écume devenue consciente de plus fondamentales pulsions, de plus fondamentales structures, de plus fondamentaux mécanismes inconscients. Le ‘je’ lui-même n'a plus que la consistance du phénomène flottant, fictif et illusoire, sur un magma d'épaisses solidités telluriennes. Simplement ‘ça’.
Ça désire. Ça parle. Ça fonctionne. Neutre structure et aveugle mécanique inengendrée qui s'auto-engendre ! Là où Freud situait une dynamique pulsionnelle comme originaire motricité humaine, un plus en-deçà se découvre: le règne du pur discursif et des lois aveugles de la discursivité. Point zéro du manque. Fonctionnement du désir insensé dans le vide du sens évacué.

L'homme révélé divin par grâce ne refuse pas cette grâce sans faire la bête. Lorsque l'homme se détourne de la Source de son être, fatalement lui reste sa radicale facticité. Une étendue d'absurde.

Tu es mon fils


La joie de Dieu surabonde dans l'engendrement. Il trouve ses délices dans le débordement de la famille trinitaire vers une multitude de filles et de fils. Fils et filles de Dieu non par nature mais par grâce. Plus que la biologie, c’est l’
alliance qui décide de l’authentique filiation. Elle se dit. De toute éternité le Père lui dit: Tu es mon fils. (Psaume 2,7). Il dit cela au premier-né des fils d’homme. Il le dit à l’archétype de toute humanité. Il le dit donc à tout homme qui naît en cet univers.

Dans la généalogie du Christ que donne saint Luc en son Evangile, remontant de génération en génération jusqu’aux origines, il y a cette finale extraordinaire:
... Seth, fils d’Adam, fils de Dieu. (Luc 3,38). Sans autre forme de transition ! Le Christ: fils d’Adam, fils de Dieu ! Tout homme donc: fils d’Adam, fils de Dieu ! Le dernier chaînon de ta généalogie t’est rendue en Christ.

Il leur donne de pouvoir devenir enfants de Dieu. De cette émergence de filiation divine, c’est-à-dire d’authentique humanité, il ne peut exister de confirmation ‘scientifique’. Le fait ne s’inscrit pas dans l’horizontalité de l’évolution. Il la traverse verticalement. On peut imaginer cependant... Un merveilleux animal longuement, amoureusement, façonné par la main divine à travers des millénaires d’évolution. Un beau jour, Dieu le regarde avec encore plus d’amour et ne peut s’empêcher de s’écrier: “Tu es mon fils”. Fils de Dieu. Commencement d’humanité. Et Adam... Il balbutie: “Abba !”

Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils. Et la preuve que vous êtes des fils, c'est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils qui crie: Abba, Père ! (Galates. 4,6).
Tu es béance béante sur un infini Vers l’expérience du fin fondEmotion spirituelleProfondeurs jubilantes
Refoulement

Contre ce vertical enracinement créateur d'humanité, antagonisme radical de la schizoïdie, l'acharnement s'est fait extrême. Là, de cette intériorité, Dieu devait être chassé avec beaucoup plus de violence que de toutes les extériorités. Mais de là, justement, Dieu ne se laisse pas chasser. C'est ontologiquement impossible. Vous ne pourrez jamais l'expulser. De même qu'un arbre ne peut se séparer de ses racines. De même qu'une rivière ne peut nier sa source. C'est impossible. Vous pouvez seulement le
refouler. Et l'entreprise de refoulement s'est mise à fonctionner, à travers notre Histoire, avec l'implacable logique et la farouche énergie des désespérés. La gloire de l'homme était en cause, et sa puissance, et sa liberté. Aux massives mécaniques de refoulement et aux lourds mécanismes de défense on s'est efforcé de prêter la solidité scientifique. Une méta-histoire des ‘sciences’ dites humaines, depuis leurs plus lointaines origines, révélerait sans doute la finalité occulte de leurs lucididés et l'ampleur de l'acharnement thérapeutique pour ‘sauver’ l'homme de lui-même, c'est-à-dire pour le ‘sauver’ de sa filiation divine.

De guérison point, cependant. On croyait que l'homme enfin délivré de son mystère retrouverait son innocence. On croyait que l'homme enfin rendu, sans illusions, à la pure immanence s'épanouirait comme le plus bel animal dans le plus beau jardin zoologique. C'est seulement un étrange mal qui se mit à proliférer...

On ne refoule pas impunément Dieu. On refoule encore moins impunément ce refoulement lui-même. Ce péché contre l'Esprit est promis à la mort. L'homme est sans doute trop grand pour être offert aux augures des maîtres penseurs de ce temps. Le mystère des profondeurs humaines, même barricadées, est trop saint pour être livré aux trafiquants du temple. Alors qui nous sauvera ? Et si l'homme d'aujourd'hui, l'homme occidental, malade comme un chien, malade de Dieu, savait ne pas désespérer ! Et suivre le mince fil d'eau qui, au travers de l'incroyable amoncellement de défenses obstruant ses divines profondeurs, continue à sourdre, témoin de la Source.