Des plénitudes précèdent

 

Ton humanité n’est pas à partir de rien. Elle ne s’écrit pas sur une tabula rasa. Des plénitudes précèdent. Déjà de l’absolu t’englobe. Déjà tu es porté sur les genoux de ce qui ne dépend pas de toi qui te dépasse.

Où jeter l’ancre de l’espérance ? La masse des symptômes de désespérance, aujourd'hui, ne doit pas occulter les ressources d’espérance.

De l'absolu nous englobe. Il y a du réfractaire à la désespérance et à l'absurde. Des fonds résistants. Cela ne dépend pas de nous. Cela nous dépasse. Ce qui dépend de nous, c'est de jeter l'ancre.

Les ressources d'espérance sont là, au plus profond de l’humain. Elle sont données avec l’humain. Personne ne peut les détruire. Aucune critique ne les atteint dans leur racine. La désespérance elle-même ne fait que conforter leur inviolabilité.

Et même Dieu n’arrive à rien faire d’autre avec l’homme que de partir de là. Si large que soit l’espace gagné par la désespérance, il y a irréductiblement l’humain. Et cet humain est plus large que lui-même. Parce qu'il déborde du côté du divin.

Il est impossible de sauter par-dessus un ‘déjà’ qui nous précède. Un ‘déjà’ qui, avant même que nous ne le voulions, résiste et refuse de céder aux désespérances. Une sorte d’insistante certitude que rien n’est jamais irrémédiablement perdu.

Une ouverture, si minime soit-elle, en chaque homme, fût-il le plus déchu ou le plus perverti, à une voix qui dit l’autre. Ce point mystérieux en chaque être humain où les énergies spirituelles ne sont pas complètement coupées de leur source.

En un mot, le miracle de l’humain avec ses dimensions d’éternité et ses virtualités infinies. Cet extraordinaire humain qui est déjà là avant même que nous ayons prise sur lui.

Déjà

Déjà est l’existence. La stupéfiante rencontre avec le verbe ‘exister’ en son plus simple appareil.
Qu'il y ait quelque chose plutôt que rien !

Déjà est la nature. En l’homme et autour de lui. Comme la 'matrice' qui le porte. Dynamique imperturbable. Avec ses cycles de renouvellement et ses rythmes qui font rentrer les choses dans l’ordre. Avec ses durées qui guérissent et corrigent les erreurs. Avec ses sommeils qui rechargent les énergies.

Déjà insiste le sens. D’où peut venir que cela proteste avec tant de véhémence en nous lorsque nous côtoyons le non-sens ou que nous essayons de cohabiter avec l’absurde ?

Déjà, au cœur de nos relativités, et au-delà des 'raisons' que nous pouvons donner, s'impose l'absolu de 'la' raison.

Déjà nous précède l'exigence éthique. Même lorsqu'on ne sait plus ce qui est bien et ce qui est mal. La protestation inconditionnelle
qu’il doit y avoir une différence entre le bien et le mal.

Déjà est la possibilité créatrice. La capacité de faire surgir à partir de rien ou de peu le monde nouveau de la riche variété de tant d’œuvres et de chef-d’œuvres de l'humain à travers l’espace et le temps.

Déjà est la parole. Elle fait de l'homme le démiurge des significations du monde et lui permet de les partager en dialogue.

Déjà est l'inaliénable mystère personnel. Avec sa destinée unique et sa liberté irremplaçable. Avec ses profondeurs où ne peut pas ne pas resplendir la vérité.

Déjà est la dignité de l'homme. Elle précède l'humain comme son absolu. Il est possible de la bafouer mais personne ne peut se sentir le droit d’en disposer.

Déjà l'humain est béant sur l'autre. La blessure de l’inachevé et de l’inachevable au flanc de l’humaine condition n'est pas pour l’absurde.

Déjà est la souveraine possibilité de crier ‘non’. C’est-à-dire de refuser les choses telles qu’elles sont et le monde tel qu’il est pour se révolter au nom de la différence.

Déjà est le refus radical de se laisser enfermer dans le ‘réel-réel’. Cette faim et cette soif d’un ‘plus-que-réel’ sous les espèces de l'aventure, du risque, de l'élan, du projet, du rêve, de l'utopie...

Déjà est le questionnement. La pro-vocation infinie à décompacter les solides compacités de l’être.

Déjà est l'humour. D’où peut nous venir cette divine capacité qui transcende si radicalement le sérieux des nécessités du monde ?

Déjà sont les sources. Tu crois qu'elles sont toutes polluées ? Descends simplement assez profond au cœur de toi-même.

Déjà est le sourire de l'enfant. Il reste si peu de traces, en notre monde, du paradis perdu. Une seule, manifestement, n’a jamais pu être effacée. Le sourire du Royaume reste vivant sur les frimousses de nos petits.

Déjà existe quelque chose comme la confiance. Tu te dis mécréant. Est-ce à dire que tu ne fais confiance absolument à personne ? Même les criminels se veulent fidèles à la parole donnée.

Déjà l'amour te précède. Alors même que tu désespères de l’amour, es-tu si sûr qu’il ne reste personne pour t’aimer ? Même si tu te sens profondément refroidi, es-tu si sûr que la source d’amour en toi est tarie pour toujours ?

Déjà est la générosité. Elle appelle du côté de la gratuité.

Déjà t'habite une profonde nostalgie d’être pardonné et de se retrouver en communion totale avec soi-même, avec les autres, avec la nature, avec le monde et avec Dieu.

Déjà appelle la transcendance. Cette voix qui ne cesse d’insister que l’homme passe l’homme infiniment. Qu’un ailleurs de l’humain reste toujours ouvert et que les transfigurations ne sont pas impossibles.

Déjà est cette radicale incapacité de t'
installer dans la désespérance...