Eschatologie chrétienne

 

C'est aux extrêmes que culmine la foi. La mort, le cataclysme final, l'au-delà, le nouvel ordre, signifient l'alter absolu au milieu de l'immanence. La différence extrême au coeur de l'existence. La vision des 'choses ultimes' – ta eschata, en grec – s'appelle eschatologie. Qu'est-ce qui est 'au-delà' ? Qu'est-ce qui advient `après' ? Au-delà des limites de l'espace et du temps de notre condition humaine. Au-delà même du pensable.

Dans le judaïsme, l'eschatologie est plutôt pour la 'fin' des temps. Dans le christianisme, la totalité des temps est déjà accomplie en Jésus Christ. Dès lors c'est le 'maintenant' – le kaïros – qui se fait eschatologique. Sans doute y a-t-il aussi un futur eschatologique qui apporte du nouveau. La parousie. La résurrection de la chair. Le Jugement dernier. Le règne cosmique de Dieu. Mais dans le Christ et par le Christ ces événements sont déjà 'actuels'. Ils nous 'arrivent' dans le 'maintenant' existentiel de la foi. Il y a donc une unité
foncière de l'eschatologie chrétienne entre le `maintenant' de la foi et le 'demain' de la pleine révélation. Jésus est déjà 'maintenant' l'accomplissement de l'eschatologie. Demain cet accomplissement sera cosmiquement manifeste et visible par tous. Déjà 'maintenant' le salut se réalise dans la miséricorde du Christ. Demain il sera universellement manifeste. La tension entre 'est' et 'sera' n'existe qu'au sein de la temporalité. L'éternité, elle, ne connaît ni passé ni futur. Seulement un présent éternel qui rejoint notre actualité. L'éternité traverse verticalement la temporalité en chaque 'maintenant' historique et la provoque à la décision.

La foi vit dans la tension eschatologique. Le monde est déjà sauvé. En même temps il reste à sauver. L'essentiel est déjà accompli. En même temps, cet essentiel reste à accomplir. Dans la tension de cet entre-deux urge l'actualité de la décision. Maintenant.