La naissance de Dieu en toi

 

Ils ont de ces façons, les mystiques rhénans, de nous plonger sans ménagement dans le creux du mystère. Ainsi notre frère Johan Tauler (1300 – 1361) qui commence ainsi son sermon de Noël. "Un enfant nous est né, un fils nous est donné." Aujourd’hui, dans la sainte chrétienté, on célèbre une triple naissance... La première et la plus sublime naissance est celle où le Père céleste engendre son fils unique dans l’unité de l’essence divine, dans la distinction des personnes. La seconde naissance célébrée aujourd’hui vient de la fécondité maternelle advenue à la chasteté virginale dans sa véritable pureté. La troisième naissance est celle par laquelle Dieu, tous les jours et à toute heure, naît en vérité, spirituellement, par la grâce et l’amour, dans une âme bonne

Noël. Le mystère de Dieu jubile de la joie des engendrements et cette jubilation n'a pas de limite. L'événement biblique que nous célébrons annuellement en Eglise prend alors sa dimension cosmique. A travers la grande verticale qui relie les hauteurs divines aux extrêmes profondeurs humaines. C'est aujourd'hui qu'un certain temps rejoint tous les temps pour se retrouver en éternité. C'est maintenant que la nativité de Jésus il y a deux mille ans unit l'éternel engendrement du Fils dans le sein du Père à l'incessante et actuelle naissance de Dieu en toi.


L’absolue transcendance rejoint ici l’absolue immanence.
Le mystère de Dieu commence pour toi avec ton mystère. Tu as beau l'ignorer ou le fuir derrière mille mécanismes de défense. Mais il est plus grand que toi. Dans les grandes profondeurs de toi-même tu n'es plus seul maître à bord. Tu es béant de la béance de Dieu. Dans tes extrêmes profondeurs abyssales l’Autre appelle. « L’Abîme appelle l’abîme » selon la parole du psaume 41. L’autre Abîme, l’Abîme divin, t’appelle en ton abîme.
Alors, dit Tauler, l'un se perd dans l'autre et il n'y a plus qu'un seul UN. Un néant dans un autre Néant. Tu nais divin dans cette unité.

Entre donc dans ton néant. Livre aux parenthèses ton 'je pense'. Laisse-toi tomber... Tu tombes au coeur du mystère. Tu tombes au coeur de TON mystère dans sa ‘naïveté’ première, dans sa ‘nativité’, tel que sorti des mains de Dieu, à son image et à sa ressemblance, au premier matin de la création et tel que vagissant dans l’Esprit sa divine filiation de grâce. Cet Esprit du Fils qui se joint à notre esprit pour crier: Abba, Papa.

Alors viens à la crèche, tout simplement. Laisse le petit enfant au fond de toi s'émerveiller et retrouver la sainte marmaille des angelots qui jubilent. Jubile avec eux. Gloire à Dieu... Paix aux hommes...