La personne

 

La résonance de l’esprit dans ‘mon’ corps se dit ‘je’. Et chaque fois qu’un ‘je’ se dit en vérité, émerge une présence originale. La personne est cette émergence. Elle fait résonnercharnellement la totalité spirituelle de l’homme comme cela s'expérimente dans l’émotionprofonde d'une ‘sainte colère’ par exemple. Lorsque ça déborde et explose... Ce n’est pas le corps qui proteste véhémentement face à une injustice ou une valeur bafouée. C’est l’esprit. Mais le corps s’y reconnaît comme l’absolu complice de l’âme en révolte.

Chaque fois qu’un ‘je’ se dit, émerge une présence originale. La
personne est cette émergence.

Il s’y célèbre l’alliance du ‘dehors’ et du ‘dedans’. La communion entre l’âme, l’esprit et le corps, Le ‘cœur’ est l’instance de cette communion.

Incarnation

L’homme judéo-chrétien reste inintelligible sans cette unité qui trouve sa pointe extrême dans la foi en la ‘résurrection de la chair’. Derrière des expressions qui semblent parfois dichotomiser l’humain, le ‘dualisme’ n’est jamais ontologique mais simplement méthodologique.

On pourra appeler cela ‘matérialisme’ tant qu’on voudra, mais, en perspective chrétienne, la corporéité de l’humain est absolue. Elle est même éternelle.

Pourrais-je être ‘Je’ sans corps ? Sans ‘mon’ corps à travers lequel je m’identifie. Nous n’avons aucune expérience possible d’un ‘je’ sans corps. Je peux, à la limite, me concevoir avec un corps seulement virtuel, mais ce corps virtuel n’est pas sans mon corps réel !

L’esprit se dit ‘je’ à travers un corps. A travers ‘mon’ corps. Il faudrait reprendre ici tout ce qui a été dit au volume VI de ‘Meta-noia’ à propos de l’esprit. Cet esprit qui refuse la définition et qui n’est qu’à travers.

La
personne est esprit incarné. L’esprit devenu ‘je’. Le ‘cœur’ en est le centre. A la croisée de l’horizontale et de la verticale.

Le ‘cœur’, loin d’être une ‘partie’ d’un tout, est ce ‘tout’ lui-même en tant qu’il s’exprime dans la réalité de notre condition d’
incarnation.
Le ‘cœur’ est l’absolue réconciliation de mon esprit avec mon corps et de mon corps avec mon esprit. Dans l’unité du ‘moi’.

Le ‘cœur’ signifie l’essentielle
unité de toutes les composantes et de toutes les ‘puissances’ (ou potentialités) de l’homme. Corporelles, psychologiques, intellectuelles, spirituelles, sociales, culturelles... Toutes s’y enracinent et y puisent leur sève.

L’âme prend corps... Le corps épouse l’esprit... La réalité spirituelle s’expérimente en même temps charnelle. Et la dimension charnelle, spirituelle. Le corps se vit comme un microcosme traversé par la béance. Il se fait médiateur entre l’horizontale et la verticale.

L’esprit qui dit ‘je’, est l’esprit qui prend conscience de soi comme un unique. Cet unique tend à se partager en communion en créant la réciprocité des uniques.


La personne vit de ses profondeurs.
La personne est dissidence.
La personne n'est pas règle mais exception.
La personne refuse le masque du
per-sonare.
La personne ne se démontre pas, elle se montre.
La personne est en route.
La personne est dans le dépassement de l'individu.
La personne surgit dans l’étreinte du charnel et du spirituel.
La personne n'arrive jamais à faire le tour complet de son propre mystère.
La personne n'est jamais épuisée par ce qui l'exprime.
La personne n'est jamais asservie par ce qui la conditionne.
La personne est unique et irremplaçable.
La personne grandit en réciprocité.
La personne n'est jamais méprisable même si sa caricature risque de l'être.
La personne veut être libre ‘avec’ et non pas ‘contre’.
La personne sait se salir les mains.
La personne reste optimiste au-delà des raisons d'être pessimiste.
La personne a horreur du plein.
La personne sait être ailleurs.
La personne respire l'humour.
La personne est ce qui en l'homme ne vieillit pas.
La personne s'accomplit dans le choix de valeurs qui valent plus que la vie.
La personne est riche de ce qui lui reste dans la nudité.
La personne reste en grande proximité avec l’enfant qu’elle ne cesse d’être.
La personne est un absolu au cœur de la contingence.
La personne est grâce incarnée.