Symbole - diabole - parabole


Pour vous, qui suis-je ? Pierre fait cette extraordinaire profession de foi : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant." (Mat. 16, 15-16)

Comme si cette profession était trop forte, trop rapide, trop absolue, à partir de ce jour Jésus commença de montrer à ses disciples qu'il lui fallait s'en aller à Jérusalem, y souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter.


Cela est trop fort pour Pierre : "Dieu t'en préserve, Seigneur ! Non, cela ne t'arrivera point !"


La réaction de Jésus est terrible: "Passe derrière moi, Satan ! tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes !" Le futur roc de l'Eglise, un satan ?


Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes... Une opposition abrupte entre les pensées de Dieu et les pensées des hommes... Et ce clivage fait très mal... .

Après tout, quelle était l'intention de Pierre ? Ne cherchait-il pas le meilleur pour Jésus ?

Jésus jette ainsi le trouble dans le meilleur de l'homme. Et en même temps l'incompréhension. Pas seulement pour Pierre. Pour nous aussi. Cet intolérable antagonisme, inlassablement vécu et revécu, qui torture aussi les saints et les mystiques.


Entre proportion et disproportion, entre la 'similitudo' et le 'dissimilitudo' augustinienne, entre la 'convenance' et la 'disconvenance' si prégnantes dans la mystique d'un Tauler...



Symbole


Ce clivage va-t-il dans le sens de la création ? Est-il conforme au projet de la rédemption ? Non, la rupture, la division, le clivage ne sont pas d'origine. Car à l'origine il n'en était pas ainsi. Le livre de la Genèse souligne que l'homme est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. L'homme est créé
symbole vivant de Dieu...

Il faut revenir aux
étymologies, c'est-à-dire à l'acte de naissance des mots et donc de l'esprit... Sumbolon, syn-ballein, mettre ensemble. Et ça "colle" ! Originairement deux moitiés d'un tesson brisé. Lorsqu'elles se retrouvent, mises ensemble, elles correspondent et se correspondent. Les deux moitiés deviennent signes de reconnaissance et d'authentification.


Diabole


Mais ce symbole de l'homme-divin est cassé. Tout de suite après les origines. Une faille, un clivage, une rupture originelle... Les deux bouts ne collent plus...

Intervient le
diabole. Dia-ballein, Dia-bolos.... le diable... Dia: Il sépare à l'infini les deux extrémités, l'humain contre le divin. Il les monte en antagonismes...

Va au diable... Arrière Satan !


Parabole


Hélas ! Une fois le
diabole chassé, le
symbole ne nous est pas forcément rendu. Nous restons livrés à la tâche infinie de la parabole... Para-bole... Para-ballein. Para: ça risque de passer à côté... mais ça se rejoint... ça converge...

Entre symbole et dia-bole, entre concordance et discordance, nous sommes livrés à la parabole. Jésus nous y habitue... Les nombreuses paraboles de l'Evangile... Les paraboles racontées... Mais aussi les paraboles actuées. Jérémie, par exemple, avec sa ceinture de lin si rapidement pourrie, ne servant plus à rien.
(13:1).

La fonction prophétique doit nous réconcilier avec le symbole. Pour cela il faut commencer par ne pas avoir peur des paraboles... D'ailleurs toutes nos tâches d'annoncer l'Evangile ne sont-elles pas au fond de l'ordre parabolique ? Une mauvaise théologie se construit à partir d'erreurs sur la parabole, lorsqu'elle veut passer trop vite des pensées de l'homme à celles de Dieu. Et oublier la différence...
La tâche parabolique est spécifiquement humaine. Et elle est infinie. Nous n'avons jamais fini de recoller les morceaux disparates du mystère qui nous entoure et de nos compréhensions...


Une parabole en acte


Comment recoller les morceaux ? Comment réconcilier l'endroit et l'envers, droite et gauche, divin et humain ?

J'ose une parabole en acte... Prenez une bande de papier... reliez les deux extrémités... Après avoir fait faire un demi-tour à l'une des extrémités...




Brusquement il n'y a plus d'endroit ni d'envers. Il n'y a plus de côté droit ni de côté gauche. Une fourmi marchant le long de la bande parcourt indéfiniment toute la surface sans devoir changer de face. De même, marchant sur le côté, elle reste toujours sur le même trottoir.

Cela s’appelle une ‘bande de Moebius’.

La belle ordonnance du cercle est rompue... Il fallait ce retournement pour que l'endroit et l'envers fussent réconciliés. Image de la metanoia, de la révolution intérieure.

La parabole rejoint tout un condensé de notre condition.


Symbole - ça colle

Diabole - ça ne colle plus

Parabole - Il faut recoller