Traversée pascale

 

Pierre: «Moi je ne succomberai jamais.» — Jésus: «Avant que le coq ne chante, tu m'auras renié trois fois.» — Pierre: «Dussé-je mourir avec toi, non, je ne te renierai pas.»

Quelques heures après... Pierre: «Je ne connais pas cet homme !». Aussitôt le coq chante. Le regard de Jésus croise celui de Pierre. Pierre se souvient. Et, sortant dehors, il pleure amèrement.

Quelques jours après... Jésus: «Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ?» La question est trois fois répété. Comme un fer remué dans la plaie. Chaque fois plus profond et plus cruel. Pierre fut peiné. — Il n'y a pas d'amour s'il n'est traversé de la souffrance. L'amour blessé provoque une triple confession: Pierre: «Oui. Tu sais bien que je t'aime.» Le pauvre Pierre se rend à l'amour. — Jésus: «Tu es Pierre, et sur cette pierre...» C'est trois fois confirmé: «Paie mes brebis... Paie mes agneaux...»

C'était en Galilée au bord du lac. La troisième rencontre de Jésus ressuscité qui laisse sa signature: une très grosse pêche. 153 poissons. (Le livre de Guiness des records n'existait pas encore !) — Jean: «C'est le Seigneur.»

Déjà l'Inconnu avait préparé le déjeuner. Aucun des disciples n'osait lui demander: «Qui es-tu ?» Ils savaient que c'était le Seigneur...



L'inouïe audace du Felix culpa de la nuit de Pâques.


La traversée pascale est une traversée victorieuse des négativités et du péché.
Pâques révèle un lien mystérieux entre péché et amour. Voyez Marie-Madeleine: Elle a beaucoup péché et beaucoup aimé. Voyez Pierre: Il a beaucoup renié. Et ce reniement se transmue en amour.

Pâques nous provoque à convertir notre compréhension et notre regard sur le mal et le négatif en nous et autour de nous.


Que serait la grâce sans le péché ?
Que serait Agapè sans toute la misère du monde ? Une question impossible.

Cette mystérieuse dialectique ne s'explique pas. On peut cependant essayer de trouver des lumières par analogie...En l'occurrence du côté de la thermodynamique.


Parabole de la Source chaude et du Puits froid.


Pour qu'il y ait énergie, aussi bien l'énergie
matérielle que l'énergie spirituelle, il faut une différence énergétique entre un (+) et un (-). Les enfants qui construisent un barrage sur un ruisseau savent cela. Il faut une chute, si minime soit-elle, c'est-à-dire une différence entre un haut et un bas, entre une entrée d'eau et son écoulement.

De façon plus générale on peut appeler cela une différence de potentiel entre une
Source chaude et un Puits froid. Toute énergie fonctionne sur ce principe. Ainsi de la foi vivante : entre certitude et recherche. Ainsi de l'espérance : entre promesse et désir. Ainsi de l'amour : entre plénitude et manque.


Sans cette différence de potentiel règne la
non-différence, c'est-à-dire l'indifférence ! Et finalement la mort.

Notre source chaude: Dieu en nous et autour de nous... Cette certitude au départ de notre foi... Cette promesse au départ de notre espérance... Cette plénitude au départ de notre amour... Notre puits froid: Notre Béance, c'est-à-dire du négatif qui s'ouvre en appel. Dis-moi donc ton puits froid ! De profundis... Des profondeurs je crie vers toi.

Question quasi impie: Que serait Dieu sans notre Puits froid ? Simplement une source chaude en l'air, débranchée, inutile ? Abandonné à l'indifférence...

Mais nous savons qu'il est miséricorde. Et il n'est "miséricorde", il ne peut être "miséricorde" que grâce à la béance de nos négativités.

Et dire que nous ne cessons de nous prêcher à nous-mêmes et aux autres
la perfection ! Etre parfait - per-fectum - fait, accompli de part en part, impeccable. Nous oublions que l'impeccabilité est un idéal païen. Un idéal sans Dieu. Impeccabilité signifie absence de différence de potentiel et finalement absence d'amour. Par impossibilité !

Autre question impie: Que pourrait-il bien faire, Dieu, avec notre "perfection" ? Que supplément apporterait-elle réellement à ce qu'il est ? La perfection n'a de sens chrétien que lorsqu'elle se traduit par miséricorde. C'est la miséricorde qu'il veut. Soyez parfait comme votre Père. Soyez miséricordieux.

Dieu n'est miséricordieux, donc parfait, (Source chaude) qu'en face de nos négativités (Puits froid). Scandaleux Agapè qui a besoin de nos puits froids !


Il m'est arrivé d'affronter la mécréance ambiante. "Les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres." Je réponds: "Ils sont pires !". Et heureusement.


Dans la lumière du Ressuscité
, n'ayons plus peur de nos négativités, ayons peur de notre perfection. Ayons peur de notre indifférence. C'est-à-dire de notre non-différence.