II/5
Le saint Esprit te vide et te comble
Dieu tombe en l’homme et l’homme tombe en Dieu. Selon
une gravitation quasi ‘naturelle’. Pourquoi, alors, ne
tombons-nous pas spontanément en sainteté ? Pourquoi la
‘native’ béance de notre 'cœur' se bouche-t-elle ?
La raison profonde tient à nos encombrements.
Les
encombrements
Mes
chers enfants, comment peut-il donc se faire que la précieuse raison
qu’est l’œil intérieur soit si pitoyablement aveuglée qu’elle
ne voie pas la vraie lumière ? Voici d’où vient ce mal
pernicieux. Il y a tendu sur cet œil une peau épaisse et grossière,
une méchante toison: c’est l’inclination et l’amour qu’on a
pour les créatures, pour soi-même ou pour n’importe quoi qui vous
touche. Voilà ce qui rend les hommes aveugles et sourds, en quelque
état qu’ils vivent, dans le monde ou dans l’Eglise. Et c’est
avec cela qu’ils vont recevoir le saint corps de notre Seigneur.
Plus ils y vont, plus ils deviennent sourds et aveugles, plus la peau
s’épaissit. (51)
Mes
enfants, quand on n’est pas touché, il ne faut pas l’imputer à
Dieu comme le font certains en disant dans leur aveuglement: "Dieu
ne m’a pas touché et poussé comme les autres." Dieu touche,
pousse, avertit et désire également tous les hommes. Il veut avoir
également tous les hommes. Mais son action, ses avertissements, ses
dons, sont reçus et acceptés d’une façon bien inégale. Quand
Dieu se présente avec ses touches et ses dons, il trouve chez
beaucoup la place encombrée. Il y trouve d’autres hôtes et il
doit s’en retourner sans pouvoir entrer. (20)
Ce
Judas est en nous. C’est la misérable appropriation qui vole et
trahit tout le bien que Dieu, dans la spontanéité de sa pure bonté,
opère en l’homme. Le Judas qui est en nous s’attribue ce bien
tout à fait à tort, comme si c’était son bien propre.
(22)
En conséquence du
poison que la faute originelle a mis dans la nature, celle-ci est en
toutes choses repliée sur elle-même. (23)
Ce
fond de fausseté qui réside dans l’esprit et dans la nature se
trouve souvent là où l’on pense que c’est Dieu qui commande.
Pourtant là aussi se retrouve cette inclination empoisonnée du
retour sur soi. C’est soi-même que l’homme cherche dans toute
son activité. (23)
C’est
vraiment l’hiver quand le cœur est si refroidi et si endurci que
ni la grâce de Dieu, ni Dieu lui-même, ni les choses divines n’y
ont plus de place. On n’y trouve que froide neige et gelée,
c’est-à-dire les fâcheuses créatures, desséchantes et
corruptrices, qui, par l’amour et la jouissance, ont pris
possession du cœur. Elles y éteignent entièrement le feu d’amour
du saint Esprit et y soufflent un étrange froid qui éteint et toute
grâce et toute consolation et toute amoureuse intimité avec Dieu.
(13)
Il y a dans l’homme
un méchant hameçon bien caché, un vilain leurre, c’est-à-dire
la manie de tout s’approprier et de tout rapporter à soi, la
fausseté de tirer à soi tout ce qu’on peut prendre en Dieu et
dans les créatures. (27)
Une
fois le temple vide, une fois que tu aurais chassé cette troupe de
vendeurs, les imaginations qui l’encombrent, tu pourrais être une
maison de Dieu, mais pas avant, quoi que tu fasses. Tu aurais alors
la paix et la joie. Plus rien ne te troublerait, rien de tout ce qui
maintenant ne cesse de t’inquiéter, de te déprimer et de te fait
souffrir. (46)
Ces
gens sont dans un trouble continuel et ils ne savent pas eux-mêmes
ce qui leur manque. C’est que leur temple est plein de commerce:
ils ne veulent pas s’abandonner eux-mêmes. (46)
Cette
petite chose t’enlève ton grand Dieu et empêche l’aimable
enfantement qu’il voulait tellement accomplir en toi.
(55)
Le souci des choses
extérieures cause à l’homme un triple dommage. D’abord il
aveugle la raison et l’intelligence. Puis il éteint le feu de
l’amour, le privant de sa force et de son ardeur. Enfin il obstrue
et barre la voie intérieure qui conduit vers Dieu, tout comme un
mauvais brouillard ou une épaisse fumée qui, en s’élevant, nous
coupe la respiration. (62)
Vous
voulez toujours posséder en même temps Dieu et les créatures et
c’est impossible. Jouir à la fois de Dieu et des créatures, quand
bien même tu pleurerais des larmes de sang, c’est impossible.
(55)
Comment peut-il se
faire que tant d’hommes prient, prient tous les jours de leur vie,
sans que le pain de vie leur soit accordé ? Mon enfant, je vais
te le dire. Leur fond est occupé par un amour étranger...
(17)
Mes enfants, ne vous
leurrez pas vous-mêmes. Ce n’est pas à moi que vous ferez dommage
si vous me trompez; c’est vous-mêmes qui serez véritablement les
dupes puisque le dommage sera pour vous et non pas pour moi. Il
existe, cela ne fait aucun doute pour moi, des milliers d’hommes
qui ont les apparences de grande sainteté et de spiritualité
extraordinaire, qui ont passé tous leurs jours dans une vie
spirituelle intense, qui courbent bien bas leur tête, et qui
mourront sans avoir entrevu, ne serait-ce qu’un instant, ce qu’est
le véritable abandon. (83)
Là
où la bouche et le cœur sont en contradiction, là il y a mensonge.
(70)
C’est
un des signes les plus authentiques que le saint Esprit est là en
vérité, lorsque son jugement est vraiment signifié en nous. Mille
fautes que tu reconnais réellement et dont tu t’avoues coupable
seraient pour toi moins périlleuses et moins nuisibles qu’un seul
péché que tu refuserais de reconnaître, dont tu ne voudrais pas te
laisser reprendre, dont tu n’aurais ni chagrin ni angoisse, voulant
au contraire te persuader pleinement que tu as eu raison.
(16)
Pourquoi
donc y a-t-il tant de murmures et chacun se plaint-il de ce que sa
charge lui est obstacle, alors qu’elle vient de Dieu et que Dieu ne
met obstacle à la sanctification de personne ? D’où viennent
alors ces malaises dans telle ou telle conscience alors que c’est
l’Esprit de Dieu qui ordonne tout cela ? Pourquoi donc ces
tourments et ces mécontentements ? Très cher enfant, sache-le,
la cause de ce mécontentement ce ne sont pas tes œuvres, non,
absolument pas. C’est le désordre avec lequel tu les fais. Si tu
faisais tes œuvres comme il est juste et convenable, tu n’y
chercherais que Dieu seul, en toute pureté, et non pas ta
satisfaction personnelle. Tu ne désirerais ni ne craindrais de
plaire ou de déplaire, tu ne chercherais ni utilité ni joie, mais
seulement la gloire de Dieu. Si l’on faisait ainsi ces œuvres pour
Dieu seul, il serait impossible qu’elles deviennent un sujet de
blâme ou de remords de conscience. (47)
Couper,
émonder, déraciner...
Mais
le vigneron s’en ira bientôt tailler dans sa vigne les pousses
folles. S’il ne le faisait pas et s’il les laissait sur le bon
bois, sa vigne ne donnerait qu’une méchante piquette. Ainsi doit
faire l’homme noble. Il doit s’émonder lui-même de tout ce qui
est désordre, le déraciner à fond, quelles que soient les
modalités ou les préférences, que cela lui plaise ou non,
c’est-à-dire tailler les mauvais défauts. Cela ne brise ni tête,
ni bras, ni jambe. (7)
Quand
un jardin ou un champ a été débarrassé des mauvaises herbes, il y
reste parfois, profondément en terre, des radicelles de mauvaises
herbes qu’on ne remarque pas. Le champ est alors bien hersé et
bien semé. Quand la bonne semence est sur le point de lever, la
mauvaise pousse aussi, cette méchante mauvaise herbe qui sort des
mauvaises radicelles restées au fond. Elle étouffe et fait périr
les bonnes et nobles plantes. Voilà ce que j’avais appelé le
chiendent. Ce sont les mauvais défauts qui restent dans le fond. On
ne les a pas tués, on n’a fait que herser, grâce à la confession
et la pénitence. On a passé sur elles la charrue des bons
exercices. Mais l’inclination, la mauvaise racine est restée au
fond: orgueil ou impureté, haine ou jalousie, et autre inclination
du même genre. Ces racines poussent des rejetons. Et quand la vie
divine et vertueuse devrait s’épanouir, alors cette mauvaise
végétation, ce mauvais chiendent, vient faire périr cet aimable
fruit et cette aimable vie. Faire connaître et arracher cette racine
nuisible, tel est le but que Dieu vise dans tout ce qu’il décide
de donner ou de prendre à l’homme. Tant que cette racine demeure
en toi tu n’as pas de repos; elle poussera sans aucun doute ses
rejetons au moment où tu t’y attends le moins. On a vu cela chez
nombre de grands et de Pères qui avaient passé
trente ou quarante ans dans le désert, occupés à de saintes
prouesses et à de bonnes œuvres; ils n’avaient pas pris garde au
mauvais chiendent et ne l’ont pas arraché. Finalement ils sont
tout à fait tombés dans le péché et se sont perdus.
(74)
Mais
pour ceux qui débarrassent ce fond, le nettoient et en écartent les
images afin que le soleil puisse y répandre sa lumière, le joug de
Dieu est plus doux que le miel ou toute autre douceur. Tout ce qui
n’est pas ce joug leur est insipide et amer.
(6)
Orgueil
Cependant,
voici que des gens ignorants s’en viennent et se donnent des airs
comme s’ils avaient complétement pénétré le mystère. Ils
parlent si merveilleusement de ce dont aucune créature ne saurait
parler. Eh ! non, mes chers enfants, ne prétendez pas à une
haute sagesse comme le demande saint Paul. Laissez les grands clercs
étudier ces questions et en disputer. En dépit de leur impuissance,
il faut bien qu’il leur soit permis de balbutier, pour que la
sainte Eglise ne soit pas mise en péril par les hérétiques.
(28)
Dix fautes que
l’homme tient pour fautes et dont il s’accuse justement ne lui
font pas tant de mal qu’un seul péché qu’il ne veut pas
reconnaître, ni tenir pour faute, et dans lequel il voudrait
demeurer avec une coupable opiniâtreté. (69)
J’aimerais
mieux me mordre douloureusement la langue que de juger qui que ce
soit. Ce jugement vient de l’orgueil et de la complaisance en
soi-même. C’est une semence diabolique cachée. Et le saint Esprit
n’est plus là. (16)
Et
lorsque l’homme a fait ainsi régner en lui-même une paix
tranquille, quand tout bruit a cessé, le Seigneur vient comme il l’a
fait pour Elie, dans un chuchotement à peine perceptible, dans un
murmure, et jette un éclair dans l’esprit. Et quand l’esprit
prend conscience de la présence de Dieu, il lui arrive précisément
ce qui advint à dame Esther. Quand elle fut arrivée en présence du
roi Assuérus et l’eut regardé, elle perdit connaissance et tomba
en défaillance. La même chose arriva aussi à Elie, quand le
Seigneur fut présent devant lui, bien qu’il eût tiré son manteau
pour couvrir son visage. Dès que l’âme a remarqué la présence
du Seigneur, elle est tout hors d’elle-même et perd connaissance.
Esther s’affaissa et s’inclina, et le roi dut la soutenir. Ainsi
en va-t-il de l’homme. Il sort tout à fait de lui-même et perd le
sens, c’est-à-dire tout appui. Entièrement dépouillé de tout,
de lui-même et de toutes choses, il se plonge pleinement en son pur
néant. L’élévation vient de l’abaissement. Car plus on
s’abaisse, plus on sera élevé. (65)
Les
peaux
Dieu
tombe en toi... Tu tombes en Dieu... Selon une gravitation quasi
‘naturelle’. Pourquoi, alors, le ‘gemut’ ne garde-t-il pas
ouverte sa ‘native’ béance ? Pourquoi ne tombons-nous pas
spontanément en sainteté ? N'avons-nous pas bouché l’accès
aux profondeurs d’authentique divinité en même temps que
d’authentique humanité ? Il faut crever les peaux.
C’est de façon très concrète que Tauler les évoque. Ces peaux
multiples, épaisses, noires, gluantes, nauséabondes, qui, dans
l’incroyable enchevêtrement de leurs excroissances, recouvrent et
obstruent les profondeurs de l’homme.
Mes
enfants, d’où vient, pensez-vous, que l’homme ne parvient
d’aucune façon jusqu’à son fond ? En voici la cause. Ce
fond est recouvert de multiples peaux, horriblement épaisses. Il y
en a d’épaisses comme le front des bœufs. Ces peaux ont si bien
recouvert le plus intime de son âme que ni Dieu ni lui-même ne
peuvent y entrer. Tout est complétement obstrué par ces
excroissances. Sachez-le, il y a de ces hommes qui peuvent avoir
jusqu’à trente ou quarante de ces peaux. Des peaux épaisses,
grossières, noires, comme des peaux d’ours. (51)
Il
y a maintes peaux qui ont recouvert le fond de l’homme et en ont
bouché l’accès par de multiples excroissances, si bien que
l’homme se cache à lui-même la vérité, qu’il demeure pour
lui-même un inconnu et qu’il ne sait rien de lui-même. Il connaît
tant d’autres choses, mais lui-même ne se connaît pas ! Il y
a là comme trente ou quarante peaux, des couennes qui ressemblent à
des fronts de bœufs, tant elles sont épaisses et dures. On pourrait
encore les comparer aux oignons qui sont composés tout entiers de
peaux amères, accumulées l’une sur l’autre jusqu’au centre.
De cela vous ne pouvez pas, comme vous vous l’imaginez, vous en
défaire par la confession. Qu’est-ce donc que ces peaux ? Ce
sont toutes les choses dans lesquelles c’est toi et ce qui est tien
que tu possèdes, que tu aimes, à quoi tu penses, que tu recherches,
dont tu jouis. Toutes les choses dont Dieu n’est pas la vraie cause
ni le vrai but. Tout cela ce sont des idoles, les images des choses,
ta jouissance personnelle, ta volonté propre, la satisfaction de tes
sens dans la nature. Et l’homme les retient, ces idoles, comme dame
Sarah qui alla s’asseoir dessus. C’est la présomption, le manque
d’abandon, l’inattention, la négligence dans toutes les choses
divines. Voilà qui fait croître ces peaux. (80)
Les
peaux... Ton
essentielle béance bouchée. Tes clôtures bétonnées. Très
certainement et très profondément un mécanisme de défense contre
l’Autre, contre l’Alliance, et contre toi-même en ta liberté
vraie. Il s’agit d’une profonde perversion de ton projet
existentiel. Car ce qui se trouve directement atteint, coupé de sa
Source profonde, c’est le ‘gemut’, surgissement originaire de
notre liberté, racine de nos décisions, orientation foncière de
notre être, source de nos puissances spirituelles. Etonnante vision
de Tauler six siècles avant nos modernes ‘psychologies des
profondeurs’ et sans doute plus pertinente qu’elles puisque
dévoilant comme par avance les raisons profondes de leurs clôtures !
Il
arrive que Dieu n’a plus aucune envie d'entrer chez toi. Pas plus
que toi-même.
Voici
que la noble demeure dans laquelle Dieu devrait si merveilleusement
habiter est si malpropre, si souillée, si pleine de fumier
nauséabond, que Dieu n’a aucune envie d’y entrer.
(38)
Ils tombent parce
qu’ils n’ont pas pénétré à l’intérieur. Et s’ils
entrent, ils trouvent un chien crevé gisant à l’intérieur, une
charogne. Ce chien pue ! Jette-le dehors, il est mort...
(69)
Ton
cœur, ton esprit et l’Esprit...
Il
y a en effet une étonnante parenté
entre ton esprit et l'Esprit de Dieu. Dès
lors, tout péché
contre l’Esprit
est aussi un péché contre l’homme et d’abord contre le 'cœur'
de l’homme qu’il coupe de ses sources, l’enfermant dans sa
schizoïdie. Et tout péché
contre l'homme,
aussi un péché contre l'Esprit. Ce n’est pas le cœur qui peut
dire: “L’enfer, c’est les autres.” A moins qu’il soit
perverti. Car l’Autre est grâce. Et avec Lui, tous les autres.
Le
profond appel de chaque homme est de totale humanité, d’humanité
d’avant les enfermements, de divine humanité. Telle que créée à
l’image et à la ressemblance de Dieu. Telle que rassemblée dans
le plérôme christique. Cet appel prend voix d’homme. Il prend
voix de Dieu. Dans l’Incarnation du Verbe. Il se fait clameur, en
nous, de l’Esprit qui crie Abba ! et atteste que, loin
d’être orphelins, nous sommes de race divine et de famille
Trinitaire.
Pourquoi
ne faut-il pas oublier le mot grec ? ‘Pneuma’
désigne dans le Nouveau Testament une réalité très
spécifique face à d’autres termes comme ‘psychè’ ou ‘noûs’
qui, eux aussi, peuvent se traduire par ‘esprit’. Mais le mot
‘esprit’ risque d’être marqué de son histoire païenne et
‘mondaine’ et, partant, chargé d’unilatéralités et de
réductions. N’en va-t-il pas de même du mot ‘agapè’ seul
capable de traduire sans trahir l’originale réalité chrétienne
de l’amour ?
Entre
les mystérieuses profondeurs divines de l’homme et sa réalité
plus phénoménale telle que la traduisent les niveaux de l’homme
animal et de l’homme rationnel, à la pointe extrême de ce qui est
encore humain et déjà divin, il y a le pneuma.
Le pneuma est comme une troisième dimension qui met le reste en
relief. Il situe tout l’humain dans la différence.
Le
pneuma est la dimension essentielle de ton être, ton fondamental
mystère personnel, qui risque en même temps de rester pour toi le
plus étranger ! Tu le connais par la Parole révélée. Tu ne
le découvres toi-même qu’en l’expérimentant. Sa
réalité-pour-toi est existentielle. Tu la découvres dans la mesure
où tu en vis. Ta liberté profonde est engagée dans cette recherche
et cette découverte.
Le
pneuma, l’ ‘esprit’,
la dimension divine en l’homme, situe tout l’humain dans la
différence. Que serait l’homme sans cette ‘autre’ dimension ?
En quoi serait-il autre chose qu’un simple animal ? L’homme
est un animal qui a mal à son animalité. Un animal traversé par la
verticale. Elle est massive, à travers toute la Bible, l’affirmation
de la différence radicale entre l’homme et la bête, ces
êtres psychiques qui n’ont pas d’esprit. (Jude
19).
Dans
le fin-fond de ton 'gemut'
se célèbre la grande alliance entre l’Esprit de Dieu et ton
esprit. Béant sur la Béance des insondables profondeurs divines, le
‘fin-fond’ de ton ‘cœur’ est ton être même à sa source,
tel que sorti des mains de Dieu, à son image et à sa ressemblance,
au premier matin de la création et tel que vagissant dans l’Esprit
sa divine filiation de grâce.
C’est
le Royaume de Dieu que tu découvres. Il croît en toi selon sa
logique propre dont Jésus parle si souvent dans l’Évangile,
lorsqu’il est question de terrain, de semailles, de germination, de
croissance, de maturation, de récolte...
Le
témoignage du Saint Esprit en toi
C’est
ici que se manifeste le vrai témoignage. "Le saint Esprit rend
témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu."
Nous trouvons donc le vrai témoignage en nous-mêmes. (29)
Dans
le ciel, c’est-à-dire dans le ciel intérieur, il y a trois
témoins: le Père, le Verbe et l’Esprit. Voilà ceux qui
t’attestent et te donnent vrai témoignage que tu es enfant de
Dieu. Et ils t’éclairent dans le fond et le fond te rend
témoignage à toi-même. (29)
Et
ce même témoignage témoigne aussi contre toi et tout ce qui est
désordre en toi. Il éclaire ton discernement, que tu le veuilles ou
non, et il te rend témoignage au sujet de toute ta vie, dans la
mesure où tu veux bien l’accepter. (29)
La
forme supérieure donnée à notre esprit par l’Esprit
Le
chemin le plus haut et le plus sublime auquel Dieu puisse nous
appeler consiste à imiter le merveilleux modèle de son Fils aimé
entre tous, extérieurement et intérieurement, activement et
passivement, avec le secours des images ou dans la contemplation qui
dépasse toutes les images. (65)
La
forme supérieure donnée à l’esprit créé par l’Esprit Incréé
est d’autant plus haute que l’homme a davantage marché dans la
digne imitation de l’adorable modèle de notre Seigneur Jésus
Christ, en toute patience, humilité et douceur. Le degré de la
transformation correspond à celui de l’imitation, ni plus ni
moins. (65)
Les
uns reçoivent le saint Esprit avec leur sensibilité d’une manière
sensible et imaginative. D’autres le reçoivent d’une manière
beaucoup plus noble, bien au-dessus des sens, dans leurs facultés
supérieures, dans leurs facultés rationnelles et de façon
rationnelle. D’autres, enfin, ne le reçoivent pas seulement ainsi
mais dans l’abîme caché, dans le royaume secret, dans le fond
délicieux où gît cachée la noble image de la sainte Trinité, et
qui est ce qu’il y a de plus précieux dans l’âme. Oh, avec
quelle joie le saint Esprit y trouve sa place ! (23)
Cet
Esprit tel que l'Evangile révèle
Ne
savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit
Saint de Dieu habite en vous ? (1 Corinthiens 3:16).
Le
temple de Dieu est sacré. Et ce temple c’est vous. (1
Corinthiens 3:17).
Vous, vous n’êtes
plus dans la chair mais dans l’esprit, puisque l’Esprit de Dieu
habite en vous. (Romains 8:9).
Dieu
nous a marqués d’un sceau et a mis en nos cœurs les arrhes de
l’Esprit. (2 Corinthiens 1:22).
Que
votre être entier, l’esprit,
l’âme
et le corps,
soit gardé sans reproche à l’Avènement de notre Seigneur Jésus
Christ. (I Thessaloniciens 5:23).
L’homme
qui n’a que ses forces d’homme ne peut pas saisir ce qui vient de
l’Esprit de Dieu; pour lui ce n’est que folie, et il ne peut
comprendre, car c’est par l’Esprit qu’on en juge. Mais l’homme
qui est animé par l’Esprit juge de tout, et lui ne peut être jugé
par personne. (1 Corinthiens.
2:14-15).
L’Esprit lui-même
intervient pour nous par des cris inex-primables. Et Dieu, qui voit
le fond des coeurs, connaît les intentions de l’Esprit. il sait
qu’en intervenant pour ses fidèles, l’Esprit veut ce que Dieu
veut. (Romains 8:26-27).
Personne
à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans
le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair n’est que chair; ce
qui est né de l’Esprit est Esprit. (Jean
3:5-6).
Tous ceux qui se laissent
conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. L’esprit
que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui
ont encore peur; c’est un Esprit qui fait de vous des fils. Poussés
par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant "Abba !"
(Romains 8:14-15).
Et la
preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos
cœurs l’Esprit de son Fils qui crie: Abba, Père ! (Galates.
4:6).
C’est donc l’Esprit Saint
lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de
Dieu. (Romains 8:16).
Et
l’espérance ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été
répandu dans nos cœurs par le saint Esprit qui nous fut donné.
(Romains 5:5).
“Si
quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui
croit en moi ! Comme dit l’Ecriture: Des fleuves d’eau vive
jailliront de son coeur.” En disant cela, il parlait de l’Esprit
saint... (Jean 7:37-39).
Veni
sancte spiritus
“Ceux
qui sont activés par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont les fils de
Dieu.” Toutes les œuvres que tous les hommes et toutes les
créatures ont jamais pu faire ou feront jamais jusqu’à la fin du
monde, si grandes qu’on puisse les imaginer ou les réaliser, tout
cela réuni n’est encore qu’un pur néant vis-à-vis de la plus
petite de toutes les œuvres que Dieu opère en l’homme pour le
mettre en action. (45)
Cet
aimable saint Esprit vint avec une grande richesse et avec une
plénitude débordante dans les disciples et dans tous ceux qui
étaient prêts à le recevoir, en les inondant intérieurement.
C’est comme si brusquement on enlevait un barrage qui retient les
eaux du Rhin. Le fleuve se répandrait alors à pleins flots jusqu’à
déborder sur les rives, menaçant de tout inonder et de tout noyer,
remplissant toutes les vallées et tous les fonds sur son passage.
C’est ainsi qu’a fait le saint Esprit pour ses disciples et tous
ceux qu’il trouva prêts à le recevoir. C’est ce qu’il fait
encore à toute heure et sans cesse. Il remplit et inonde tous les
fonds, cœurs et âmes, où il trouve quelque place pour les combler
de grâce, d’amour, de dons et d’une richesse qu’on ne saurait
décrire. C’est ainsi qu’il remplit les vallées et les
profondeurs. (25)
Le saint Esprit fera de grandes
choses dans l’homme ainsi recueilli en soi alors même que cet
homme n’en saurait absolument rien. De même que l’âme fait
mystérieusement son œuvre dans le corps sans que le corps en sente
rien ni en prenne conscience, ainsi le saint Esprit opère dans
l’esprit et dans le fond de l’homme à son insu. (25)
Alors,
dans une charité et une joie inexprimables et débordantes, se
répand le saint Esprit qui inonde et pénètre le fond de l’homme.
(29)
Le cri d’appel de l’esprit porte à mille fois
mille lieues et plus. C’est un soupir qui vient comme d’une
profondeur sans fond. Cela dépasse de beaucoup la nature. C’est le
saint Esprit qui doit lui-même proférer en nous ce soupir, comme le
dit saint Paul : "Le saint Esprit prie pour nous avec
d’inexprimables soupirs". (9)
Quand,
par sa présence, le saint Esprit peut, sans intermédiaire, répandre
dans le fond sa suave splendeur et sa divine clarté, quand peut se
produire la douce infusion de l'Esprit qui s'appelle à juste titre
le Consolateur, oh ! quelle douce jouissance naît de là !
C'est vraiment la fête. La cuisine sent si bon et les précieux et
succulents mets qu'on y prépare ont un fumet si extraordinairement
délicieux et si merveilleusement appétissant ! C'est vraiment
le mois de mai en pleine floraison ! (24)