IV/5

Ravi en Dieu




Dans cet état d'union à Dieu, l'esprit se détache de lui-même et de toute créature. Car il perd, dans l'unité divine, toute multiplicité, étant élevé au-dessus de la multiplicité. (21)

Là, l'esprit est si délicieusement entraîné, si totalement pénétré et inondé par la divinité, tellement ravi en Dieu, que, dans cette unité de Dieu, il perd toute diversité. (43)


L’esprit se fond ici tout entier en Dieu en même temps qu’il se détache de soi-même. Il est entraîné dans le feu ardent de la Charité qui est, essentiellement et par nature, Dieu lui-même.
(24)

Tant que l'homme ne revient pas à l'état de pureté qui était le sien lorsqu'il coula de sa source originaire, pour passer de ce qu'il était avant sa création vers son état de créature, jamais il ne rentrera en Dieu. Tant qu'il n'a pas extirpé toute inclination, toute attache, toute complaisance en lui-même et toute possession ayant souillé son fond; tant qu'il n'a pas fait disparaître tout ce qu'il a jamais possédé volontairement avec jouissance, dans son esprit ou dans sa nature, ou encore toutes les choses désordonnées qu'il a jamais acceptées volontairement et librement; tant qu'il ne s'est pas débarrassé complétement de tout cela pour se retrouver dans le même état qui était le sien lorsqu'il est sorti de Dieu, il ne rentrera pas dans son principe. (44)

Dans ce mystère l'esprit créé est ramené dans la pureté de son néant d'avant sa création, où il était de toute éternité. Bien que n'étant en lui-même que créature, il s'y reconnaît comme Dieu en Dieu. (59)

C'est chose insondable. Laissez donc vos bavardages, vos commentaires et vos discussions à ce sujet. C'est le mystère caché dans l'esprit transfiguré, dans le fond, en Dieu. (32)


Il y a des personnes qui ne questionnent plus. Ce sont les âmes parfaites. Elles ont franchi le stade où l'on interroge. Mais où les trouve-t-on ? En ces âmes il n'y a plus de curiosité. Augustin et Aristote disent en effet que c'est la curiosité qui pousse à interroger. En celles-ci il n'y a plus de curiosité, car elles sont parvenues au-delà de toute curiosité. En elles il n'y a plus de curiosité puisque la vérité les a pénétrées. (83)

L’esprit est tellement plongé en Dieu, dans l’unité divine, qu’il perd tout ce qui le distinguait. Tout ce qui l’a amené à ce degré telles son humilité, ses intentions, sa personnalité même, tout cela perd alors son nom. Il n’y a plus qu’une simple, paisible et mystérieuse unité sans aucune distinction. Ah ! mes enfants, ici les bonnes intentions et l’humilité ne sont plus qu’une simplicité, une calme et essentielle obscurité, dont on peut à peine prendre conscience. Ah ! ne demeurer là qu’une heure, un seul instant, ce serait mille fois plus utile et plus agréable à Dieu que de demeurer quarante ans dans les pratiques de son choix.
(7)

Nous sommes tous appelés, invités. Tout est préparé pour l’union de Dieu avec l’âme aimante, avec sa fiancée. C’est là une chose tellement inexprimable. L’amour est si proche, si intérieur, si familier, si amical, si aimable, que cela dépasse toute intelligence.
(73)

Cette noce d’où le Seigneur vient a lieu au plus intime de l’âme, dans son fond, là où se trouve la noble Image. Dans ce fond, quel contact intime l’âme a avec Dieu et Dieu avec elle. Quelle œuvre merveilleuse Dieu fait là, et quelle jouissance et quelle joie il y trouve ! Cela dépasse tout sentiment et toute intelligence. Pourtant l’homme ordinaire n’en sait rien et n’en éprouve rien.
(77)



Englouti dans le délicieux gouffre


Mes enfants, je ne veux rien vous dire de plus qu'une petite histoire qui vient ici bien à propos. Je connais une Cananéenne – je puis bien l'appeler ainsi; cela est arrivé il n'y a pas quatre ans, et elle vit encore – qui fut ravie hors de ses sens et élevée si haut qu'elle vit Dieu, notre Dame et tous les saints. Quand elle eut vu tout cela elle se vit elle-même dans un inexprimable éloignement de Dieu. Elle en éprouva dans son esprit une indicible et incroyable souffrance et se trouva dans un supplice d'enfer à cause de cet éloignement. C'est, en effet, la plus grosse peine de l'enfer qu'on se sache loin de Dieu. Dans l'inexprimable détresse où se trouvait cette âme elle se tourna vers notre Dame et vers tous les saints et les pria tous ensemble de la secourir. Mais elle vit qu'ils étaient tous si fascinés et si fortement abîmés en Dieu qu'ils n'accordaient même pas un clignement d'œil à son appel. Si grandes étaient leurs délices et leur joie qu'ils n'entendaient pas ses invocations et n'y donnaient aucune attention. Elle invoqua encore, et c'est bien humain, la sainte Passion, les saintes souffrances de la mort et les plaies de notre Seigneur Jésus Christ. Pour toute réponse il lui fut demandé comment elle pouvait invoquer ce qu'elle n'avait jamais honoré. Alors, voyant que ni notre Dame, ni les saints, ni la sainte Passion de notre Seigneur ne lui seraient d'aucun secours, elle s'adressa au Seigneur lui-même. Voici ce que dit l'esprit de cette femme: "O Seigneur, puisque personne ne me vient en aide, considère, Dieu tout aimable, que je suis ta pauvre créature et que tu es mon Dieu. Juge-moi d'après ta très chère volonté. Si donc tu veux me tenir éternellement en cette insondable souffrance d'enfer, je m'abandonne complétement en cela, mon cher Seigneur, à ton entière volonté." Alors elle se livra bien à fond pour l'éternité. A peine s'était-elle livrée que déjà elle se voyait emportée bien loin au-dessus de tout intermédiaire et attirée complétement dans l'abîme divin. Elle fut vraiment engloutie dans la merveilleuse divinité. Quel délicieux gouffre que celui-là ! (9)


Qui veut vraiment trouver Dieu, c’est là qu’il doit le chercher et nulle part ailleurs. Celui qui y parvient s’aperçoit qu’il a cherché trop loin et par de longs détours. Là l’esprit est alors ravi au-dessus de toutes les facultés, dans un désert sauvage dont personne ne peut parler, dans les secrètes ténèbres du bien, hors de tout mode déterminé. Là l’esprit est conduit tellement près de l’unité, de l’Unité, simple et sans mode déterminé, qu’il perd la possibilité de toute distinction, même celle des objets et des sentiments. Car dans l’Unité on perd toute multiplicité. L’Unité unifie toute multiplicité.
(11)

Dans cet état d’union à Dieu l’esprit se détache de lui-même et de toute créature. Car il perd, dans l’unité divine, toute multiplicité, étant élevé au-dessus de la multiplicité.
(21)


Dieu ne veut plus rien savoir de leurs fautes

Il est possible que des pécheurs soient tombés plus bas que les autres, en plusieurs affreuses fautes mortelles. Le nombre et la gravité de ces chutes ne m'intéressent pas ici. L'essentiel c'est qu'ils s'approchent à fond de notre Seigneur. Ils sont en train, à moins que cela ne soit déjà fait, de se détourner foncièrement de tout ce qui n'est pas purement et simplement Dieu ou de ce qui est obstacle à sa manifestation. Ils ont donné leur cœur et leurs faveurs à Dieu au point de l'aimer et de le chercher plus que toutes les autres choses. Ils désirent, de tout leur fond, n'aimer et ne chercher que lui, plus que tout. En ces dispositions ils se livrent à Dieu, extérieurement et intérieurement, afin qu'il les traite comme il voudra. Pour les péchés de telles personnes Dieu ne demande aucun compte. Il n'en veut rien savoir. Comme ils se sont complétement détournés de ces péchés, Dieu, lui aussi, s'en est complétement détourné. Et comme ils n'en veulent plus rien savoir, Dieu, non plus, n'en veut plus rien savoir. (36)

Mais les autres nobles hommes, ceux qui se laissent préparer par Dieu, ces hommes abandonnés, précieux et heureux, sont élevés au-dessus d'eux-mêmes. Et voilà pourquoi, dès la première attaque ou la première prise de conscience du péché, ils se hâtent de porter leur mal à Dieu. Ainsi il n'y a plus péché. Ils sont dans une divine liberté. (5)


Ils reçoivent tout d’une façon immédiate. Voici que tombent prières, représentation des saints, pratiques de dévotion, exercices. Mais que l’homme se garde pourtant de rejeter ces pratiques avant qu’elles ne tombent d’elles-mêmes. L’esprit s’abîme au point de perdre toute pensée distincte. Il ne fait plus qu’un avec la douceur divine si bien que son être est tout pénétré de l’Etre divin et qu’il s’y perd comme une goutte d’eau dans un grand fût de vin.
(7)

L’homme le plus intérieur n’a pas d’activité propre puisqu’en lui l’activité est celle-la même de Dieu et qu’il doit se tenir purement passif sous l’action de Dieu. En ce recueillement, parfois, peuvent bien arriver jusqu’à lui quelques images rapides au sujet des bonnes pratiques auxquelles il s’est adonné auparavant, touchant la passion de notre Seigneur, ses fautes à lui, ou les demandes à faire pour quelque mort ou vivant... A travers tout cela, il ne faut que passer et essayer de pénétrer en Dieu simplement, purement, et bien dépouillé de tout.
(66)


La lumière dans la Lumière

"Il est venu pour rendre témoignage à la lumière. La lumière dont il a été un témoin, c’est une lumière essentielle qui surpasse toute connaissance et toute réalité. Cette lumière luit dans le plus intime et le plus profond du fond de l’âme humaine. Mais quand cette lumière et ce témoignage viennent chez l’homme et commencent à le toucher, celui-ci, au lieu d’être attentif à sa présence, se détourne du fond, renverse l’ordre et veut courir au dehors, à Trèves ou je ne sais où... Dans ce fond inaccessible à la raison on voit "la lumière dans la lumière".
(44)

Rapporte tout au fond d’où tout est sorti. Ne t'attardes à rien de créé. Mais écoule-toi, avec toutes choses, en ce même fond. C’est là que naît la vraie louange de Dieu. Elle porte en vérité son fruit dans ton fond. Là, fleur et fruit sont une seule et même chose. Là, Dieu est en Dieu, lumière dans la lumière. C’est là qu’il te faut porter tout ce qui t’arrive du dehors et du dedans, quoi que ce soit et d’où cela vienne. Rapporte tout à Dieu en offrande. Et toi avec. (21)

Mais cela n’est pas encore suffisant pour arriver à la pureté totale. L’esprit doit en plus recevoir de la lumière de grâce une forme supérieure. Peut-être dès cette vie sera-t-il accordé une échappée sur le plus haut degré de cette surélévation à l’homme recueilli dans son fond intérieur, parfaitement ordonné et pleinement soumis à cette transformation. Il faut savoir cependant que personne ne peut arriver en Dieu ni connaître Dieu si ce n’est dans la lumière incréée qui est Dieu lui-même. “Domine, in lumine tuo videbimus lumen.” (44)

Quand la vraie lumière, c’est-à-dire Dieu, se lève, la lumière créée doit s’éclipser. Quand la lumière incréée commence à briller et à rayonner, la lumière créée doit nécessairement s’assombrir et s'obscurcir. De même que le clair éclat du plein soleil matériel rend sombre et obscure la lumière de la chandelle. (42)

L’homme intérieur prend son envol pour retourner à son origine, à l’état où il était avant la création, et là il devient lumière dans la lumière. En cette lumière s’éteignent d’une certaine façon, devenant pour ainsi dire ténèbres, toutes les lumières naturelles et infuses qui ont jamais brillé en l’homme intérieur. L’éclat des étoiles pâlit quand le clair soleil paraît. En ce moment les étoiles ne sont pas moins belles au firmament qu’elles ne l’étaient la nuit dernière, mais la puissante lumière du soleil les a éclipsées. C’est ainsi que la lumière qui brille ici dans le fond assombrit et éclipse toutes les lumières créées qui ont jamais pu y briller. Il y a alors tant de clarté dans le fond que cette clarté dépasse toute la capacité de l’esprit, et que cette surabondance de lumière lui fait l’effet de ténèbres, parce qu’elle dépasse la capacité visuelle de l’homme comme de toute créature. (68)

Mais voilà que des raisonneurs s’en viennent avec leurs lumières naturelles. Et avec cette lumière naturelle ils regardent à l’intérieur, dans leur fond mis à nu, vide et sans image, et ils jouissent là de leur lumière naturelle comme d’un bien qui leur appartiendrait et comme si c’était Dieu lui-même. Ce n’est là, cependant, rien d’autre que leur nature elle-même. Ici on trouve plus de jouissance que dans tous les plaisirs sensibles. Mais dès lors que ces hommes ne restent que ce qu’ils sont, retenant cette lumière comme un bien qui leur serait propre, ils deviennent de tous les vivants les plus méchants et les plus nuisibles des hommes. (43)

Certains s’en viennent avec leur manière raisonneuse, prennent de grands airs et pensent qu’on leur a révélé le bien le plus pur quand ils ont entendu dans un sermon débiter des extravagances qui ne portent en elles ni vie, ni leçon de vie. A leur parole on reconnaît ce qu’ils sont. Ce sont des hommes stagnants. Ils s’en tiennent à leur lumière naturelle, en tirent vanité, alors qu’ils n’ont jamais fait la traversée de l’adorable vie de notre Seigneur Jésus Christ, ni même brisé leur nature par la pratique de la vertu. Ils n’ont point passé par le chemin de la vraie charité. (52)

Tout cela naît dans le fond le plus intime de l’homme transfiguré. Mais la lumière en rayonne également au dehors sur les deux autres hommes, sur l’homme de raison et sur l’homme extérieur, de telle sorte que l’homme paraît si divin, si bien ordonné et si bien établi dans la vertu qui l’apaise et le calme, qu’on ne voit jamais en lui aucun désordre de parole ou d’action. Ces hommes se tiennent eux-mêmes pour pur néant et ne s’enorgueillisent pas plus de ces faveurs que si tout cela ne s’était jamais accompli en eux ou s’ils en étaient encore éloignés de milliers de milles. De tout ce que Dieu opère en eux ou peut y opérer, ils ne retiennent rien et ne s’attribuent rien. Car ils ne s’arrêtent plus à rien qu’à leur pur néant. Et ils se mettent au-dessous de tous les hommes. (67)


Il naît à chaque instant et sans cesse en nous


Agapè est plus séduit par les semailles que par les moissons. Les chantiers. Les commencements. Les surgissements. Les émergences. Les éclosions. Les ouvertures. Les éveils... Dieu aime tellement les naissances que son éternité se confond avec l’incessant engendrement de son Fils, et avec lui et en lui, la mise au monde d’une infinité de fils et de filles.


Tournez-vous vers le vrai fond, là où se fait la vraie, la divine naissance et d’où vient à toute la chrétienté, oui, à la sainte chrétienté, une si grande joie.
(43)

Dans cette naissance Dieu se donne à l’âme et vient lui appartenir à un point tel que rien ne lui a jamais été en si intime possession. Le texte ne nous dit-il pas: "Un enfant nous est né; un fils nous est donné" ? Il est nôtre. Tout à fait nôtre. Nôtre plus que tout autre bien. Il naît à chaque instant et sans cesse en nous. (1)

"Hodie genui te. Aujourd’hui je t’ai engendré de nouveau." Si l’esprit se plonge pleinement avec ce qu’il y a de plus intime, dans le plus intime de Dieu, et fusionne avec lui, il y sera recréé et renouvelé. Et l’esprit est d’autant plus inondé et supérieurement transformé par l’esprit de Dieu qu’il a suivi plus régulièrement et avec plus de pureté ce chemin, et qu’il a mis plus exclusivement son intention en Dieu. Dieu se répand alors en lui comme le soleil naturel répand sa lumière dans l’air et que l’air devient lumière de part en part. (70)

"Un enfant nous est né, un fils nous est donné." Aujourd’hui, dans la sainte chrétienté, on célèbre une triple naissance... La première et la plus sublime naissance est celle où le Père céleste engendre son fils unique dans l’unité de l’essence divine, dans la distinction des personnes. La seconde naissance célébrée aujourd’hui vient de la fécondité maternelle advenue à la chasteté virginale dans sa véritable pureté. La troisième naissance est celle par laquelle Dieu, tous les jours et à toute heure, naît en vérité, spirituellement, par la grâce et l’amour, dans une âme bonne (1)

Noël. Le mystère de Dieu jubile de la joie des engendrements et cette jubilation n'a pas de limite. L'événement biblique que nous célébrons annuellement en Eglise prend alors sa dimension cosmique. A travers la grande verticale qui relie les hauteurs divines aux extrêmes profondeurs humaines. C'est aujourd'hui qu'un certain temps rejoint tous les temps pour se retrouver en éternité. C'est maintenant que la nativité de Jésus il y a deux mille ans unit l'éternel engendrement du Fils dans le sein du Père à l'incessante et actuelle naissance de Dieu en toi.


L’absolue transcendance rejoint ici l’absolue immanence.
Le mystère de Dieu commence pour toi avec ton mystère. Tu as beau l'ignorer ou le fuir derrière mille mécanismes de défense. Mais il est plus grand que toi. Dans les grandes profondeurs de toi-même tu n'es plus seul maître à bord. Tu es béant de la béance de Dieu. Dans tes extrêmes profondeurs abyssales l’Autre appelle. « L’Abîme appelle l’abîme » selon la parole du psaume 41. L’autre Abîme, l’Abîme divin, t’appelle en ton abîme. Alors, dit Tauler, l'un se perd dans l'autre et il n'y a plus qu'un seul UN. Un néant dans un autre Néant. Tu nais divin dans cette unité.

Entre donc dans ton néant. Livre aux parenthèses ton 'je pense'. Laisse-toi tomber... Tu tombes au cœur du mystère. Tu tombes au cœur de TON mystère dans sa ‘naïveté’ première, dans sa ‘nativité’, tel que sorti des mains de Dieu, à son image et à sa ressemblance, au premier matin de la création et tel que vagissant dans l’Esprit sa divine filiation de grâce. Cet
Esprit du Fils qui se joint à notre esprit pour crier:
Abba, Papa.

Alors viens à la crèche, tout simplement. Laisse le petit enfant au fond de toi s'émerveiller et retrouver la sainte marmaille des angelots qui jubilent. Jubile avec eux. Gloire à Dieu... Paix aux hommes...



L’homme divin


Mes enfants, mes enfants, mes enfants, il en est de ces hommes comme du bois de la vigne. Extérieurement il est noir, sec et de bien peu de valeur. A qui ne le connaîtrait pas il semblerait n'être bon qu'à être jeté au feu et brûlé. Mais au dedans, au cœur de ce cep, sont cachées les veines pleines de vie et la noble force qui produit le fruit le plus précieux et le plus doux que bois et arbre aient jamais porté. Ainsi en est-il de ces personnes, les plus aimables de toutes, qui sont abîmées en Dieu. A l'extérieur, en apparence, elles sont comme des gens qui dépérissent. Elles ressemblent au bois noir et sec car elles sont humbles et petites au dehors. Ce ne sont pas des sujets à grandes phrases, à grandes œuvres et à grandes pratiques. Elles sont sans apparence et ne brillent en rien. Mais celui qui connaîtrait la veine pleine de vie qui est dans ce fond où elles renoncent à ce qu'elles sont par leur nature propre, où Dieu est leur partage et leur soutien, ah ! quelles délices leur procurerait cette connaissance.
(7)

La porte sera ouverte à quelques-uns tout d'un coup, à d'autres après une certaine attente dans l'abandon. Ici se réalise la parole de saint Paul : ici Dieu manifeste ce que l'œil n'a jamais vu ni l'oreille entendu et ce qui n'est jamais venu au cœur. Jamais l'homme ne s'imaginera devoir devenir parfait, pour autant que cela est possible ici-bas, sans que l'homme extérieur ne soit absorbé dans l'homme intérieur. C'est là que l'homme est introduit dans la demeure, dans le fond divin. C'est là que s'accomplit un tel prodige; c'est là qu'une telle richesse est manifestée. (15)

De tels hommes deviennent tellement inébranlables dans leur fond et si établis dans une paix divine, que ni l'agréable ni le désagréable, ni le dur ni le tendre, ne peuvent les troubler. Ainsi parle saint Paul: "Ni la mort, ni la vie..." Cent morts ne pourraient ni les troubler ni les démonter. C'est comme si l'on faisait à un moribond n'importe quel honneur ou n'importe quelle honte; cela lui serait complétement égal étant tout occupé à autre chose. Ainsi en est-il du fond intérieur complétement tourné vers Dieu. Il est un trône si solide pour Dieu que rien ne peut l'ébranler. (67)

Christ veut dire onction. Quand Dieu trouve le fond ainsi préparé et tourné vers lui, le Christ-onction s'y répand et y habite de telle sorte que ces hommes ne sont plus capables d'aucune dureté. Là où, dans le fond, on trouve les trois vertus d'abandon, de transparence et de détachement, l'onction du Christ coule dans cesse et rend le fond doux et amène. Si ces hommes pouvaient eux-mêmes se transformer en onction qui pût se répandre en tous, ce serait leur joie. Leur charité devient si expansive, si large ! Elle voudrait rendre tous les hommes heureux.
(63)


L’homme devient un homme divin

C’est avec une grande humilité qu’on doit se soumettre à la volonté divine. Dieu exige alors de l’homme un détachement plus complet que jamais, mais aussi plus noble, beaucoup plus noble qu’auparavant: une plus grande pureté, une plus grande simplicité, une plus grande et une plus authentique liberté et unité, un plus grand silence intérieur et extérieur, une plus profonde humilité ainsi que toutes les vertus propres aux facultés inférieures. Alors l’homme devient l’intime de Dieu. De là naît un homme divin. (11)

Où ce reflux s’accomplit de façon parfaite, toute dette est complétement acquittée, oui, même si elle égalait celle de tous les hommes qui ont vécu depuis le commencement du monde. Toute grâce et toute félicité sont en même temps infusées. L’homme devient un homme divin. Ce sont là les piliers du monde et de la sainte Eglise. (19)

Et ainsi tout dans l’homme est déifié à tel point qu’il ne ressent, ne goûte et ne connaît rien aussi vraiment que Dieu, d’une connaissance foncière qui surpasse de beaucoup la science et le mode de connaissance rationnelle. (7)

Un tel homme peut être dit à juste titre déiforme. Qui le verrait, le verrait comme s’il était Dieu. Dieu seulement par grâce, assurément ! Car Dieu existe et vit en lui, il y fait toutes ses œuvres et il jouit de lui-même en cet homme. (41)

Et cependant, mes enfants, ces hommes sont en meilleure situation qu'on ne peut le comprendre et le concevoir. Cet homme devient alors un homme si profondément humain. (41)


Noblesse


Le profond appel de chaque homme est de totale humanité, d’humanité d’avant la grande schizoïdie, de divine humanité. Telle que créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Telle que rassemblée dans le plérôme christique.

Cet appel prend voix d’homme. Il prend voix de Dieu. Dans l’Incarnation du Verbe. Il se fait clameur, en nous, de l’Esprit qui crie "Abba !" et atteste que, loin d’être orphelins, nous sommes de race divine et de famille Trinitaire. La mesure de l’homme n’est donc pas l’homme mais la démesure. Nous sommes créés pour des choses démesurément grandes.

Il faut noter l’insistance de Tauler, ici et ailleurs, sur la ‘noblesse’. A agacer des oreilles post-révolutionnaires ! Et non sans raison, certes, puisque ce qui est signifié ainsi, n’est pas seulement fait de grandeur morale et de générosité magnanime. mais de quelque chose qui les précède et les porte. Une sorte de qualité aristocratique. Comme le chien de race, d’instinct différent du corniaud. Un certain ‘flair’.
"Ainsi font les nobles hommes qui ont flairé le noble et pur bien"...

Les nobles chiens qui sentent la trace du gibier s’en vont, eux, à travers le feu et l’eau, les javelots et les piques, à travers tout, jusqu’à ce qu’ils aient atteint la bête. Ainsi font les nobles hommes qui ont flairé le noble et pur bien. Ils le poursuivent et finissent par l’atteindre. Cependant que les autres restent en arrière. Et tous ceux qui se sont arrêtés ici-bas loin du but en resteront éternellement éloignés. Aussi longtemps que durera l’éternité de Dieu ! (20)


Montre-moi ton pedigree. Quelle est ta généalogie ? Depuis Christ le plus pauvre des hommes peut témoigner que le divin l’habite jusque dans sa chair. Il peut certifier qu’il est de la race de Dieu. Dans le renversement des valeurs mondaines, la divine noblesse se fait banale. Mais l’exigence de son code d’honneur reste infinie. De si grande noblesse et pourtant de si grande simplicité !

Ce qui est extraordinaire dans la perspective mystique de Tauler c’est que l’extrême sublime rejoint si immédiatement la simple quotidienneté de l’existence pour la transfigurer. De choses extraordinaires, point. Pas de miracles, ni de lévitations, ni d’autres phénomènes supranaturels. Comme si cela n’avait pas d’importance face à l’essentiel incomparablement plus profond.

Le chemin de ta noblesse vers ta plus grande noblesse peut faire l’économie des longues médiations philosophiques et théologiques dans la mesure où ton ‘flair’ va immédiatement au théologal. Dans l’approche du mystère il y a même antagonisme entre la voie intellectuelle et la voie mystique. L’une se laisse prendre au charme de ses propres détours et se complaît dans ses prouesses. L’autre ne contourne pas l’abîme mais s’y laisse choir et aspirer par l’Absolu. Nul doute que cette dernière est la voie royale vers l’infinie Rencontre.

Que l’éveil à ta fondamentale grandeur, cependant, ne te grise pas. Les commencements sont hantés par une tentation qui peut être spirituellement mortelle. Elle s’appelle présomption.


De cette noblesse intérieure, cachée dans le fond, beaucoup de docteurs ont parlé, anciens et modernes: l’évêque Albert, maître Dietrich, maître Eckhart... L’un l’appelle une ‘étincelle de l’âme’, un autre un ‘fond’ ou une ‘cime’, un troisième un ‘principe originaire’. Quant à l’évêque Albert, il appelle cette noblesse une ‘image’ dans laquelle est représentée et qui contient la sainte Trinité. Cette étincelle s’élance si haut, lorsque tout est en ordre, que l’intelligence ne peut pas la suivre, car elle ne s’arrête pas avant d’être rentrée dans le Fond d’où elle s’est échappée, et où elle était avant la création. Les maîtres qui ont parlé de cela ont poursuivi la connaissance de cette vérité par la pratique de leur vie en même temps qu’avec leur intelligence. Ils l’ont vraiment expérimentée.
(53)


Ta béance devient plénitude

Nous voulons toujours en rajouter. C’est le contraire qui est important. Il faut enlever... dépouiller... vider... Car la vie de l’Esprit commence non par un plein mais par un vide. Dieu veut naître en toi. Aucune autre naissance ne peut s’accomplir en même temps. Voilà pourquoi le Saint Esprit fait deux choses en l’homme. D’abord il le vide. Ensuite il remplit ce vide autant et dans la mesure où il en trouve. Ce vide n’est pas pour lui-même. Il est pour l’Autre. Il est pour la Rencontre. Tu entres en grâce.

Etonnante perspective... Dieu peut donc manquer de quelque chose que l’homme seul peut lui donner ! Face au manque, nous pensons tout de suite développement par construction et progrès par accumulation. C’est dans leur contraire, dans la négation, dans l’absence, dans le vide, que Tauler voit l’essentiel de notre tâche d’hommes. Et ce qui donne sens à tout le reste.

Tous les réflexes d’abondance de notre monde, aujour'hui, crient leur horreur de ce vide-là. Mais quand on a perdu l’Alliance il faut bien couvrir sa nudité avec des expédients de fortune. Alors, vidé, vidé surtout de son avoir et de son paraître, que peut-il bien rester à l’homme ? Symptomatique de notre misère, la tendance de questionner à partir de nos trous à boucher là où Tauler, partant de la surabondance de Dieu en nous, voit des encombrements à éliminer.

Faut-il le rappeler ? L’aventure mystique, pour Tauler, n’est pas là pour apporter un complément, un supplément ou un perfectionnement. Elle est là pour assurer l’être authentique de l’homme. Il ne s’agit pas essentiellement de faire; il s’agit d’être. Il ne s’agit pas tellement de rendre l’homme meilleur; il s’agit d’abord de le constituer humain. La morale suivra. Son projet a d’emblée une signification ontologique.

Etre d’abord homme... Devenir réellement cet être, devenir réellement humain, ne tolère pas de demi-mesure. C’est une question du tout ou rien. Fondamentalement, derrière le large éventail de masques qui prolifèrent sur la scène du monde, il n’y a pas d’intermédiaire possible entre l’homme animal et l’homme divin ! Or cet être doit traverser le néant. Pas seulement la négativité. Il s’agit ici d’une traversée pascale radicale. Non seulement exode et passage à travers le désert, non seulement voie négative de descente en vue d’une rencontre, mais rupture absolue. Mort et Résurrection.

La
dialectique, encore une fois, essentiellement dynamique constituante de la judéo-chrétienne aventure de l’Alliance, avant de s’être constituée simple ‘processus’. Mais n’avons-nous pas désappris, depuis plus de deux siècles, à la lire ainsi dans sa profondeur ? L’être lui-même crucifié, à travers son néant, pour son absolue transcendance. Prisonniers de l’immanence, n’ayant plus d’autre ‘transcendance’ disponible que celle qui se loge dans la longueur du temps, l’articulation ternaire n’est plus pour nous que: être – non-être – devenir là où, en vérité, il faut qu’elle soit: être – non-être – transcendance.

Ce qui est profondément en jeu c’est la possibilité d’authentique altérité. L’ ‘autre’ est-il seulement l’aménagement différent du ‘même’, sa différence simplement phénoménale, ou bien est-il radical autre, autre à travers sa rupture, autre à travers sa mort et sa résurrection, autre à travers sa Pâque ?

Ce n’est que rompue, comme le pain, que la création peut entrer, autre, dans le Royaume en célébrant la grande liturgie de Pâques. Et plus il y a de pain à rompre, plus grande est la fête. L’aventure de l’Alliance, de la Nouvelle Alliance, s’achève ainsi en transsubstantiation du monde ! Une festive création nouvelle.

Mais le monde est lent à risquer ses sécurités d’immanence. Il préfère articuler, désarticuler et réarticuler à l’infini ses certitudes installées. Il résiste à sa transfiguration. Ce que notre modernité, piégée par ses enfermements schizoïdes et par sa vision sédentaire du bonheur de l’homme, est si viscéralement incapable de comprendre, un regard qui fait sa Pâque, un regard nouveau-né, le perçoit simplement. Dieu aime l’être dans sa traversée du néant. Dieu aime la création se faisant nouvelle. Dieu aime l’homme en résurrection.

Notre monde, pourtant, insiste. Grandeur de l’homme ? Mais quelle étrange grandeur qui doit passer par son autre ! Aliénation plutôt ! Et de protester pour l’homme. Tout l’homme. Rien que l’homme.

L’homme total, soit. Cependant, ne sommes-nous pas aujourd’hui, culturellement, promoteur d’un homme qui se veut total – plus total que jamais – et qui, très curieusement, s’interdit en même temps, en les refusant a priori, des ouvertures et des dimensions essentielles ? Notre projet d’humanité est tellement obnubilé par sa réalisation totale que nous oublions les fautes contre la totalité du projet lui-même. Plutôt que d’accomplir ne fut-ce que partiellement notre totalité, nous préférons réaliser totalement notre partialité.

Quant à savoir ce qu’est l’homme ainsi à réaliser, notre modernité se trouve littéralement au rouet. Après avoir désespéré des essences, le concept d’humanité – mais les autres concepts importants comme la vie, la mort, la justice, et beaucoup d’autres, souffrent de la même précarité – risque de n’être jamais que la somme tronquée des perspectives aussi bien particulières que partielles. Vibration d’une mode idéologique. Résonance de l’espace socioculturel. Echo du discours dominant. Image émotionnelle. Moyenne statistique. Plus bas dénominateur commun du plus grand nombre... Bref, quelque chose comme un consensus mimétique sur un minimum d’ ‘humanité’. Avec des chances de court-circuiter les dimensions essentielles.

Tauler parle de l’homme dans la lumière de Dieu. Si obscure que soit au quotidien cette lumière, elle n’en est pas moins fondamentale certitude. La modernité, il est vrai, ne peut trouver cela qu’impertinent. Heureuse impertinence, pourtant, qui porte en soi tant de méconnue pertinence !

Cette plénitude qui en ta béance advient... Ton accomplissement divin. En infinie distance. En infinie transcendance. Absolu qui condamne tout compromis et te livre à ta radicale décision: ou homme animal ou homme divin.

Déjà tu es divin ! Par naissance. Par race. Par nature. Et c’est véritable péché contre nature que de ne t’accomplir point en cet être divin. Non pas que la grâce doive le céder à la nature. Car la grâce est première. Déjà la nature est fondamentalement grâce par Création et destinée à la grâce par Alliance et par Rédemption. La nature n’est antithétique à la grâce que par clôture. Dans son ouverture, elle se révèle identiquement don d’Agapè. La dualité ne signifie donc pas dichotomie ontologique mais antinomie dialectique d’une aventure humano-divine à travers l’espace et le temps. Entre le clos et l’ouvert se déploie l’espace où un donné encore indécis est livré à la décision de l’homme.

Mais déjà l’indécis en toi est décidé dans l’ouvert à Dieu. Tu ne décides jamais qu’à partir de cette décision de grâce en tes profondeurs. Pour ou contre.

Comme la flèche dans une chair saine, des choses peuvent ne pas être à leur place en toi. Sous peine de gangrène. Corps étrangers. Contre nature. Tout ce qui n’est pas Dieu. Tout ce que tu décides contre Dieu. Toutes ces naissances étrangères dans ton "gemut" qui empêchent que tu participes à la naissance de Dieu en toi.

Ce Dieu jaloux te veut tout entier. Aucune autre naissance ne doit s’accomplir en ton être. Tu es trop grand pour cela. Et trop grande ta fondamentale noblesse.

Tu es trop grand pour t’encombrer des mondaines abondances. Tu es trop grand pour ne t’appartenir qu’à toi-même !

Tel est le radicalisme théocentrique de Tauler qui prend si violemment notre schizoïdie moderne à contre-courant. Quelle surabondance pourtant. Autre. Ta plénitude t’advient en proportion de ta béance. Ce vide n’est pas phobie de l’impur ni fuite du monde. Il n’est pas négativiste manie d’hygiène spirituelle. Il n’est pas suprême raffinement esthétique de total dépouillement des formes. Il n’est pas nihiliste ivresse d’absolu. Il n’est pas vertige mystique. Ce vide est d’abord profonde parenté avec Dieu en son mystère de transcendance qui est identiquement son mystère de la kénose. Ce vide appelle ton vide pour une autre plénitude. L’Abîme divin appelle ton abîme pour la Résurrection.

Un si grand paradoxe reste lettre morte pour l’intelligence mondaine. Sa fécondité ne se dévoile qu’à l’expérience foncière du "gemut" qui, parvenu à l’extrême de sa ‘Gelassenheit’, de son parfait abandon, se livre en réciprocité de totale transparence à l’Absolu de Dieu.

Exercice toujours périlleux puisqu’en te vidant tu risques de rester plein encore de ton vide. Il faut abandonner ton abandon lui-même ! Autant dire que c’est impossible. A moins que tu ne laisses Dieu préparer lui-même ton fond.

Le ‘gemut’ devient alors plus expert en silence qu’en parole. Riche de l’infinie Distance, ce silence est lourd d’une certitude incroyablement forte. Lui, tout pauvre homme qu’il soit par ailleurs, porte en soi ce qui est plus fort que tout. Dut-il en témoigner contre tous, lui seul, unique, monos, monachos.

A ce monde, le nôtre, qui a presque tout et qui se découvre n’avoir rien, ne faudrait-il pas retrouver ce presque rien pour que lui soit rendu le tout ?

Oui, pour tous ceux qui ont jamais goûté à de telles joies, le monde entier est un fiel amer. Car lorsqu’on a goûté à de telles joies, ce noble fond appelle et attire si fort que la moelle en sort des os et le sang des veines. Et où cette image s’est vraiment formée, toutes les autres images se détachent et s’évanouissent.
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Laissez le vin nouveau déborder


Ces âmes doivent se garder elles-mêmes d'interroger des maîtres qui ne les comprendraient pas. Ceux-ci pourraient les mettre en grand trouble, si bien qu'après avoir été emmenées loin au-dehors, elles ne pourraient plus rentrer, même au bout de vingt ou de quarante années. Ces personnes doivent bien veiller sur elles-mêmes, car la joie est si grande qu'elle monte, intérieurement, comme du vin nouveau qui bouillonne dans le tonneau. Mais il vaut encore mieux qu'elle s'échappe ainsi plutôt que de courir le risque de rendre malade la nature. Car alors le sang jaillit de la bouche et du nez. Ceci est cependant encore très loin du plus haut degré et reste dans la nature inférieure, dans la sensibilité. (43)