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Tauler, Sermon pour Noël
Triple Naissance.
"Un enfant nous est né, un fils nous est donné." Aujourd’hui, dans la sainte chrétienté, on célèbre une triple naissance... La première et la plus sublime naissance est celle où le Père céleste engendre son fils unique dans l’unité de l’essence divine, dans la distinction des personnes. La seconde naissance célébrée aujourd’hui vient de la fécondité maternelle advenue à la chasteté virginale dans sa véritable pureté. La troisième naissance est celle par laquelle Dieu, tous les jours et à toute heure, naît en vérité, spirituellement, par la grâce et l’amour, dans une âme bonne.
La Naissance du Fils en nous.
Dans cette naissance Dieu se donne à l’âme et vient lui appartenir à un point tel que rien ne lui a jamais été en si intime possession. Le texte ne nous dit-il pas: "Un enfant nous est né; un fils nous est donné" ? Il est nôtre. Tout à fait nôtre. Nôtre plus que tout autre bien. Il naît à chaque instant et sans cesse en nous.
Dieu veut se partager.
La surabondance de la richesse suressentielle de la bonté divine ne permettait pas à Dieu de se tenir enfermé en lui-même. Il devait se répandre et se communiquer.
Rentrer et sortir de soi.
Ce mouvement par lequel le Père rentre en lui-même et en sort doit se retrouver dans la personne humaine qui veut devenir mère spirituelle de cette naissance divine. Il doit à la fois rentrer en soi et ensuite sortir de soi.
Retour vers le centre de l’âme.
Pour que cette naissance puisse s’accomplir, il faut un vigoureux retour en soi, un recueillement, un rassemblement intérieur de toutes les puissances, les inférieures aussi bien que les supérieures. Il faut rappeler toute dispersion à la concentration, car ce qui est uni devient plus fort. Si un tireur veut atteindre sûrement son but, il ferme un œil pour que l’autre vise plus juste. Celui qui veut comprendre une chose à fond y emploie tous ses sens et les ramène en ce centre de l’âme d’où ils sont sortis. De même que tous les rameaux viennent du tronc de l’arbre, ainsi, qu’elles soient sensibles, émotionnelles ou actives, toutes nos puissances sont unies aux facultés supérieures dans le fond de l’âme. Voilà ce qu’est l’entrée en nous-mêmes.
L’âme, image de la sainte Trinité.
L’âme a trois nobles puissances qui en font véritablement une image de la sainte Trinité: la mémoire, l’intelligence et la volonté libre. Grâce à ces puissances l’âme est capable de saisir Dieu et d’en être impressionnée de telle sorte qu’elle peut recevoir tout ce que Dieu est, possède et peut donner. C’est ainsi qu’elle regarde déjà dans l’éternité.
L’âme entre temps et éternité.
Car l’âme est entre le temps et l’éternité. Par ses facultés supérieures elle appartient à l’éternité. Par sa partie inférieure, par ses facultés sensibles ou animales elle appartient au temps. Mais actuellement l’âme se répand dans le temps et les choses temporelles, aussi bien par les facultés supérieures que par les inférieures. La raison en est dans l’étroite union de ces facultés. Cette union rend la dispersion si facile que l’âme est toujours prête et disposée à se répandre entièrement dans les choses sensibles et qu’elle se détourne ainsi des réalités éternelles.
Au milieu du silence, la Parole de Dieu.
Dum medium silentium fieret... “Alors que l’on était en plein silence, que toutes choses étaient dans le plus grand calme et que la nuit était au milieu de son cours, c’est alors, Seigneur, que de ton trône royal descendit la parole toute-puissante”. La Parole éternelle sortant du cœur de son Père. C’est au milieu de ce silence, au moment même où toutes les choses se taisent profondément et où le vrai silence règne, c’est alors qu’on entend en vérité cette Parole. Car si tu veux que Dieu parle, il faut te taire. Dieu doit-il entrer, toutes choses doivent sortir.
Savoir sortir de chez toi.
On dit communément que l’enfant élevé en foyer clos est au dehors comme un veau. Ce proverbe se vérifie ici. Les hommes qui ne sont jamais sortis de chez eux, qui ne se sont pas élevés au-dessus de la nature et de ce que les sens peuvent apporter par la vue, l’ouïe, les sentiments, les émotions, qui ne sont pas allés au delà et au dessus de leur petit monde habituel et de la région des choses naturelles, n’ont pas plus d’intelligence pour les choses élevées, pour les choses de Dieu, que des veaux ou des bovins. Leur fond intérieur est comme une mine de fer où ne pénètre jamais un rayon de lumière. Dès que la sensibilité, les images, les formes viennent à leur manquer, ils ne savent plus rien et ne sentent plus rien. Ils sont encore chez eux. C’est pourquoi ils ne sentent pas la naissance dont nous parlons.
Se taire pour que la Parole de cette naissance puisse être prononcée en toi.
Si l’homme préparait ainsi la place, s’il préparait son fond, il n’y a aucun doute que Dieu serait obligé de le remplir. Complètement. Sinon le ciel se romprait plutôt pour remplir le vide. Mais Dieu peut encore beaucoup moins laisser les choses vides. Ce serait contraire à sa nature et contraire à sa justice. C’est pourquoi tu dois te taire. Alors la Parole de cette naissance pourra être prononcée en toi et tu pourras l’entendre. Mais sois bien sûr que si tu veux parler, lui doit se taire. On ne peut mieux servir la Parole qu’en se taisant et en écoutant. Si donc tu sors complètement de toi-même, Dieu entrera tout entier. Autant tu sors, autant il entre. Ni plus ni moins.