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Tauler, Sermon III pour le treizième dimanche après la Trinité


De quelle couleur est ta volonté ?

C’est dans la volonté que réside le mal. La volonté couvre les yeux intérieurs de même qu’une membrane ou une pellicule peut recouvrir l’œil extérieur et l’empêcher de voir. C’est pourquoi l’œil doit être sans aucune couleur, afin de voir toutes les couleurs. De même l’œil intérieur doit être net et pur de tout vouloir ainsi que de tout non-vouloir s’il veut voir bien et clair. La volonté a plus d’une couleur dans les cœurs mondains. Elle y est grossière et tout orientée vers le dehors. Dans le cœur religieux, au contraire, elle a sa couleur à elle.

La volonté propre.

Mes enfants, la volonté propre doit disparaître ainsi que le dit notre Seigneur: “Je ne suis pas venu pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de mon Père.” Aussi longtemps et autant que tu demeures en ta propre volonté, sache-le, tu seras privé de cette félicité. Car tout vrai bonheur vient du véritable abandon, du détachement de la volonté propre. Tout cela naît dans le fond de l’humilité. C’est là que la volonté propre se perd. Car la volonté est précisément comme un pilier sur lequel repose toute l’ordonnance de l’édifice. Si nous pouvions abattre ce pilier, tous les murs de cet édifice s’écrouleraient.

Trois vouloirs.

On peut dire, en effet, de l’homme qu’il est composé de trois hommes qui ne font cependant qu’un seul. Le premier est l’homme extérieur, animal et sensible. Le second est l’homme raisonnable avec ses facultés raisonnables. Le troisième est le ‘gemüt’, la partie supérieure de l’âme. Tout cela réuni ne fait qu’un seul homme. De même il y a diversité dans la volonté, chacun de ces trois hommes voulant à sa façon.

Qui peut le plus, peut aussi le moins.

Cher enfant, si Dieu te donne un royaume, il te donnera bien aussi un couvent. S’il te donne cette grande grâce, à plus forte raison il t’accordera aussi tout ce dont tu as besoin.

Connaissance et amour.

Au sujet de cet amour les maîtres discutent beaucoup la question de savoir lequel des deux actes, de connaître ou d’aimer, est le plus élevé. Laissons cette discussion de côté. Il n’est pas douteux que la charité soit beaucoup plus méritoire et plus utile que la connaissance, car l’amour pénètre là où la connaissance doit rester dehors. La charité n’a d’ailleurs pas besoin d’une grande et subtile connaissance, mais simplement d’une foi pure et vivante se manifestant dans une vie chrétienne.

Heureux le regard sur le mystère de l’intériorité.

“Bienheureux sont les yeux qui voient ce que vous voyez.” Quels sont ces yeux bienheureux ? Ils signifient d’abord le regard intérieur, spirituel, sur la grande et étonnante noblesse en laquelle réside notre singulière parenté avec Dieu, cette parenté dont Dieu a doté le fond de notre âme. Heureux ce regard, et justement heureux ! Il comble le cœur de l’homme d’un grand bonheur.

Gemüt.

Qu’est le ‘gemüt’ ? Il est bien plus élevé et beaucoup plus intérieur que les facultés. C’est, en effet, du ‘gemüt’ que les facultés reçoivent leur puissance d’action. Elles sont en lui; elles sont sorties de lui; pourtant il leur est immensément supérieur à toutes. Il est tout à fait simple, essentiel, formel.

Gemüt.

Le ‘gemüt’ de l’âme est si noble qu’il est continuellement actif, pendant le sommeil comme pendant la veille, que nous en ayons conscience ou non, et qu’il a, faisant retour vers Dieu, une perpétuelle et éternelle inclination déiforme.

Gemüt.

Proclus, un maître païen, nomme cela un sommeil, un silence, un divin repos. Il dit: "Nous avons une secrète recherche de l’Un qui dépasse de beaucoup la raison et l’intelligence." Si l’âme se recueille en cela elle devient divine et vit d’une vie divine. Tant que l’homme, au contraire, s’occupe de choses extérieures et sensibles et opère avec elles, il ne peut rien savoir de cette recherche. Il ne peut même pas croire qu’il porte cela en soi.

Gemüt.

Le ‘gemüt’, le fond, s’enracine comme une plante dans l’âme avec un tropisme éternel et une force d’attraction vers l’intérieur d’elle-même.

Gemüt.

Le ‘gemüt’, le fond, a une éternelle et foncière inclination à revenir à son origine. Cette inclination ne s’éteint jamais, même en enfer. Et c’est la plus grande souffrance des damnés que cela leur soit éternellement refusé.

Gemüt.

Le ‘gemüt’ donne sa mesure à tout le reste. C’est lui qui donne sa forme, sa pesanteur, son poids. Il pénètre tout de sa vertu: habitus mentis.

Le regard intérieur sur une singulière noblesse.

"Bienheureux sont les yeux qui voient ce que vous voyez." Quels sont ces yeux bienheureux ? Ils signifient d’abord le regard intérieur, spirituel, sur la grande et étonnante noblesse en laquelle réside notre singulière parenté avec Dieu, cette parenté dont Dieu a doté le fond de notre âme. Heureux ce regard, et justement heureux ! Il comble le cœur de l’homme d’un grand bonheur.

Le témoignage des maîtres.

De cette noblesse intérieure, cachée dans le fond, beaucoup de docteurs ont parlé, anciens et modernes: l’évêque Albert, maître Dietrich, maître Eckhart... L’un l’appelle une ‘étincelle de l’âme’, un autre un ‘fond’ ou une ‘cime’, un troisième un ‘principe originaire’. Quant à l’évêque Albert, il appelle cette noblesse une ‘image’ dans laquelle est représentée et qui contient la sainte Trinité. Cette étincelle s’élance si haut, lorsque tout est en ordre, que l’intelligence ne peut pas la suivre, car elle ne s’arrête pas avant d’être rentrée dans le Fond d’où elle s’est échappée, et où elle était avant la création. Les maîtres qui ont parlé de cela ont poursuivi la connaissance de cette vérité par la pratique de leur vie en même temps qu’avec leur intelligence. Ils l’ont vraiment expérimentée.

L’âme se reconnaît Image de Dieu.

Quand tout est ainsi apaisé, l’âme voit se voit elle-même en même temps que toutes ses puissances. Elle se reconnaît comme l’image raisonnable de Celui dont elle est sortie.

La merveille des merveilles.

"C’est la merveille des merveilles qu’on découvre alors, dit l’évêque Albert, ce qu’il y a de plus pur, de plus sûr, ce qui peut le moins vous être enlevé, ce qui rencontre le moins d’obstacles, ce qu’on peut le moins vous retenir." Dans cette félicité il n’y a plus aucune contrariété, car il n’y a ici ni figure, ni rien de sensible, ni rien de temporel, ni rien de périssable...

 

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